dimanche 9 novembre 2008

Barcelone, le fort de Montjuic

Le fort de Montjuïc est situé à 170 mètres d’altitude sur la butte du même nom localisée au sud, à proximité immédiatement de la vieille ville. Sa situation offre une vue panoramique à 360 degrés.
Les Bourbons édifièrent le château de Montjuïc au XVIIIe siècle, sur les ruines d'un fort bâti en 1640 et détruit en 1705. Lors de la guerre civile, les partisans de Franco y exécutèrent le président de la Catalogne, Lluís Companys.
Le fort de Montjuïc est une forteresse bastionnée aux contours polygonaux. Le corps de bâtiment principal est en forme de pentagone de 100 mètres de côté entièrement ceinturé par un chemin couvert menant aux bastions. Côté mer, les bastions sont à flanc de falaise, côté terre un large fossé avec contrescarpe et glacis protège le fort.

photos :
http://remybrauneisen.free.fr/cap_ouest/barcelone_fortdemontjuic/

Barcelone, la Casa Mila


L’appartement a été entièrement restauré, d’une façon remarquable, en respectant le style original de Gaudi. Le mobilier ne provient pas de l’appartement mais est celui qu’on pouvait trouver dans les maisons bourgeoises du début du siècle.
Dans les combles se trouve une intéressante exposition sur l’œuvre en général de l’architecte. La terrasse suit les changements de niveau imposés par les arcs caténaires de la toiture, ce qui lui confère un parcours varié et ludique.

samedi 8 novembre 2008

Barcelone, le parc Güell

Le parc devait être un lotissement pour les familles aristocrates fortunées de Barcelone. Seules deux maisons furent construites dont une fut habitée par Gaudi. Le coût du projet s’envola et fut stoppé par manque d’acheteurs. La ville récupéra le terrain pour lui conférer le statut de parc.

photos :
http://remybrauneisen.free.fr/cap_ouest/barcelone_parcguell/

vendredi 7 novembre 2008

Barcelone, la Sagrada Familia


L’essentiel de l’œuvre se trouve à l’extérieur. La façade de la Passion est la plus récente, moderne et dépouillée elle possède un immense porche avec six colonnes qui rappelle les arcs caténaires chers à Gaudi. La façade de la Nativité a été construite par Gaudi, d’un style néo-gothique dont la thématique biblique est décorée d’innombrables sculptures et moulures représentant fruits et végétation exubérante. Inauguration vers 2030…

jeudi 6 novembre 2008

Barcelone, l'étonnante

Un style quasi stalinien !

Le récit d’un séjour dans la capitale catalane, n’aurait-il pas sa place sur ce blog ? A part son regard tourné vers l’est, il me paraît vain d’établir un quelconque rapprochement avec la thématique habituellement abordée ici. Mais pourquoi ne m’autoriserais-je pas une légère digression pour continuer à alimenter ce blog en livrant mes impressions à qui veut l’entendre, sur Barcelone qui m’a laissé tout sauf indifférent.
C’est ce sentiment mi-figue mi-raisin ressenti durant toute la durée de mon séjour qui me pousse à écrire. Barcelone s’est-elle transformée au point d’en perdre son âme, en eût-t-elle jamais possédé ? S’agit-il simplement d’une vision tronquée résultant du développement de l’industrie du tourisme ou la propagation des effets de la crise financière ?
La ville, un temps centre intellectuel et artistique, est devenue une espèce de fastfood au prix d’un étoilé du guide Michelin pour nourrir des touristes avides de culture divertissante et tous les plaisirs associés. Peu importe, pourvu que le tiroir-caisse crépite.
Le point culminant de cette ineptie est atteint sur La Rambla, mais toute la vieille ville est d’ores et déjà contaminée.
La Rambla, cette longue avenue qui va de la place de Catalogne au vieux port, je l’ai parcourue plusieurs fois sans comprendre la raison qui pousse les marées humaines à y déferler nuit et jour. Les pizzas, à près de 15 euros, avalées assis entre les flux continus des piétons. Les kiosques des marchands de journaux, fleuristes et animaleries et les statues humaines qui se succèdent, tout cela me laisse perplexe. La Rambla n’est non plus spécialement belle et le spectacle se situerait plutôt dans les ruelles adjacentes.
Les pickpockets ne sont pas rares et paraissent particulièrement audacieux. Sur l’escalator qui me ramenait vers la sortie du métro, j’en sentais un me tripoter le sac à dos. Quelques pas plus loin, sur l’escalier cette fois eut lieu une deuxième tentative de sa part. A l’extérieur, il continuait à me tourner autour, jusqu’au moment où je l’ai fixé droit dans les yeux pour lui signifier que je ne voulais plus jouer avec lui. Avec son livre sous le bras, il donnait l’impression d’un étudiant bien sage.
En fait, l’intérêt de la ville ne réside pas uniquement dans son patrimoine historique datant plutôt des XIXe et XXe siècles. Parfois on lit ici et là des commentaires vantant la merveilleuse Barcelone. Tout n’est que question de critères choisis. Je n’ai pas ressenti la sympathie des commerçants et restaurateurs, sauf peut être à quelque endroit éloigné du centre ville, là où les touristes se font rare.
Barcelone est le pendant de Rome, avec les richesses antiques à entretenir en moins. L’hôtellerie n’y est pas moins abordable, mais quand on aime on ne compte pas. La restauration adaptée aux touristes, c’est à dire d’un rapport qualité-prix digne d’un restoroute en France. Les musées et les transports publics sont déconseillés aux chiens et aux familles avec enfants. Pour aller du centre-ville au fort Montjuïc séparés de moins de 3 kilomètres, soyons mesquin, cela ne coûtera que 1,30 euro pour le métro, plus 1,30 euro pour le funiculaire et 5,70 euros pour le téléférique, soit 8,30 euros par personne et par trajet, une bagatelle, je vous laisse faire le calcul. A la Sagrada Familia on s’octroie le droit de déambuler le long d’une des deux nefs latérales délimitées par des panneaux de chantier, pour la modique somme de 10 euros, l’accès aux escaliers pour monter dans les flèches est fermé et les ascenseurs payants en panne.

La location d’un studio situé dans la vielle ville coûta près de 80 euros par jour avec une caution de 300 euros. C’était la première fois d’ailleurs que l’on me réclama le versement d’une caution pour une location à court terme. Certes, l’immeuble a conservé une apparence typique. Les couloirs et les escaliers sont sombres et étroits mais on arrive tout de même à croiser les gens arrivant dans l’autre sens. Le studio est meublé avec goût par IKEA, les poignées de porte sont souples, un rien déglinguées et vous restent parfois entre les mains. Le rideau de douche un peu trop court transforme toute la pièce en pataugeoire. Il est connu que les Espagnols sont un tant soit peu bruyants et l’isolation phonique des appartements virtuelle est adaptée à ce tempérament. On partage aussi bien les discussions de son colocataire, que les scènes de ménage de l’appartement voisin, les discussions des touristes allemands du dessus par la gaine de ventilation de la salle d’eau et même les conversations de l’appartement de l’immeuble voisin situé à 2 mètres de l’autre coté de la rue. Les passants et noctambules de tout genre apportent leur participation aux divertissements nocturnes. Grâce à l’étroitesse des ruelles, et jusqu'à tard dans la nuit, les rires, discussions bruyantes et martellements des chaussures à talon des dames remontent vers les étages des immeubles et réjouissent vos oreilles.
Alors que reste-t-il à Barcelone ? Picasso et son musée, mais au fait, l’artiste, n’était-il pas davantage français que catalan ? Son climat, peut-être, aussi mais très certainement l’œuvre d’Antoni Gaudi avec le parc Güell, la Sagrada Familia, la Casa Mila, le palais Güell et son style si étonnant saupoudré un peu partout dans la ville qui valent vraiment le détour.

samedi 25 octobre 2008

Retour par Vilnius



Mon séjour en Biélorussie se terminait. A six heures trente du matin, le train numéro 305 en provenance de Moguilev quitta la gare de Minsk pour Vilnius. Je partageais le compartiment platzkart avec un couple de Biélorusses. Âgés tous deux d’une trentaine d’années, ils partaient en Lituanie pour une semaine de vacances. Lui était cadre dans une banque biélorusse rachetée par une banque russe appartenant elle-même à une banque française. Il me raconta que quelques jours avant, il avait fait visiter, à travers le pays, les succursales biélorusses à un groupe de cadres français.
Il n’était pas sept heures du matin que ce même voisin prit son petit déjeuner sous la forme d’un demi-litre de bière.
Le passage des douanes biélorusse et lituanienne se fit cette fois-ci sans surprise.
De la gare de Vilnius, je rejoignis l’aéroport en bus. Après avoir embarqué, je constatai au travers du hublot un attroupement autour du réacteur droit de l’avion de la Czech Airlines qui devait me ramener en France. Après un premier report de quinze minutes du décollage suivi d’un second de trente minutes, on nous demanda de descendre de l’avion. La compagnie aérienne répartit tous les passagers sur les vols du lendemain et nous transporta vers différents hôtels pour la nuit. Le mien était situé dans une tour de verre du quartier de Šnipiškės, la ville nouvelle de Vilnius située sur la rive nord de la rivière Néris. Le bar panoramique m’offrait une vue superbe sur la ville. Sur le Baltasis titlas (le Pont blanc), je rencontrai un groupe de jeunes filles élégamment vêtues. Elles fêtaient l’enterrement de vie de jeune fille d’une amie.

vendredi 24 octobre 2008

Zaslavl



Zaslavl est située sur la ligne ferroviaire Minsk-Molodetchno à environ une demi-heure de la capitale.
A l’entrée du bourg se trouvent réunies trois habitations traditionnelles de la fin du XIXe siècle reconstituées selon les maisons traditionnelles de Russie blanche.

Je pénétrai dans la pièce discrètement éclairée par une lampe à pétrole reconvertie par les circonstances en lampe électrique. Cette isba, comme les autres, est entièrement meublée et restitue l’ambiance campagnarde qui pouvait y régner un siècle auparavant. Par ici se trouve un samovar posé sur une épaisse table en bois massif dressée devant les banquettes-lits et par-là, un four traditionnel et un vaisselier entièrement garni. Un escalier grinçant me mène au premier étage où se trouve un moulin à grains. Seule l’absence de quelques moujiks nous ramène à la réalité.

La ville s’étend sur une colline et possède deux belles églises. La première est catholique et malgré une façade à la peinture écaillée elle se dresse fièrement dans le ciel dégagé. La seconde, orthodoxe se trouve à proximité des ruines d’un château entouré d’une légende mystérieuse, dont seules des traces restent visibles. L’église est cernée d’un curieux talus de hauteur variable.


mercredi 22 octobre 2008

Viazynka



Viazynka est un village situé à trente kilomètres au nord-ouest de Minsk. C’est à cet endroit que le poète biélorusse, Yanka Koupala naquit et passa son enfance.
De son vrai nom Ivan Loutsévitch (1882-1942), le poète est célébré dans toute la Biélorussie pour son œuvre et est considéré comme le père fondateur de la langue littéraire biélorusse. Universités et parcs portent son nom dans tout le pays. A Minsk, dans le parc Yanka Koupala se trouve, outre une monumentale sculpture en bronze à sa gloire, le musée fondé par son épouse et qui lui est dédié.
A la gare de Minsk, je pris le train régional en direction de Molodetchno. Le tortillard roula durant une bonne heure avant qu'il ne se soit arrêté à la gare de Viazynka, réduite à un simple arrêt, perdue dans une forêt; seules quelques babouchkas venues du village voisin bavardaient sur le quai. Une énorme pierre polie sur laquelle est gravée une citation de Yanka Koupala m’indiqua la direction.
En arrivant par le chemin, un puits à balancier attira mon attention. C’était le premier du genre que je voyais. Très courant depuis le moyen-âge on les trouvait de la France au Japon et cette technique est encore utilisée de nos jours en Afrique. Actuellement, les puits dans les villages sont plutôt à poulie ou équipés d’une pompe à main. Plus loin en retrait se trouvait la maison familiale du poète. Elle a été restaurée en respectant les techniques originales et transformée en musée. L’isba date du XIXe siècle et est construite avec des rondins de bois superposés et emboîtés. La toiture est recouverte de bardeaux et la demeure est, par endroits, entourée d’une palissade en bois qui complète le tableau.
L’endroit est idyllique et devait favoriser l’inspiration du jeune poète. L’isba est construite à quelques pas d’un étang. La verdure éclatante met en valeur le plan d’eau. Quelques beaux saules pleureurs et autres arbres tortueux produisent des reflets magnifiques dans l’eau.
L’intérieur de l’isba est constitué de plusieurs pièces en enfilade. Les deux premières faisaient office de dégagement et de stockage d’outils et des provisions. La pièce du fond plus grande concentrait le coin-cuisine, le coin-repas et le couchage de la famille.

dimanche 19 octobre 2008

Narotch




Le taxi me laissa au cimetière militaire allemand qui se trouve à l’extérieur du village. Un carré délimité par des chaines concentre les croix militaires. 1200 soldats allemands y sont enterrés mais seule une partie des croix sont restées en place. Au bout de ce carré se trouve un monument en grès sur lequel se trouve l’aigle impérial en bronze, ailes déployées. Une plaque datée de juillet 1916 dédie ce monument aux soldats du XXIe Corps d’armée tombés pour la mère patrie. J’investiguai les tombes pour déterminer les régiments d’origine des victimes. Elles étaient issues principalement de régiments de chasseurs montés.
Le village de Narotch se trouve à trois kilomètres au nord du lac du même nom. L’état-major allemand de la division se trouvait là au moment où fut lancée l’offensive du lac Narotch en mars 1916. C’est pour répondre aux appels du général Joffre que le tsar Nicolas II choisit la région du lac Narotch pour faire baisser la pression à Verdun. L’armée russe concentrait à cet endroit 350.000 hommes et seulement 75.000 Allemands de la Xe Armée leur faisaient face.
Mais depuis des mois les Allemands avaient fortifié leurs positions en vue d’une offensive ennemie.
Le 18 mars 1916, les tirs d’artillerie russes débutèrent. Pendant deux jours, mille canons pilonnèrent les positions allemandes mais leurs tirs imprécis ne causèrent pas de dégâts importants. Il s'en suivit l’offensive par les fantassins. Les Russes sortirent des tranchées, avancèrent par groupes serrés sur des terrains à découvert et se firent balayer par les mitrailleuses allemandes. Le premier jour, les Russes accusèrent la perte de 15.000 hommes. En quelques jours de combat, les Russes n’arrivèrent à progresser que de quelques kilomètres sans réussir à enfoncer complètement les lignes de défense allemandes.
La tactique réussit car les Allemands cessèrent leur avancée vers Verdun et envoyèrent massivement depuis le front ouest des renforts vers le front est dans la région de Narotch. Paris était sauvé. Mais l’offensive se solda par une cuisante défaite des forces impériales russes et de lourdes pertes. Les Russes perdirent 120.000 hommes contre 20.000 aux Allemands.
Au cours des mois qui suivirent, grâce aux renforts provenant du front ouest, les Allemands reprirent tout le territoire si chèrement acquis par les Russes.
Le ciel était chargé de nuages et une pluie fine tombait. C’est chargé d’émotion que je rejoignis le village de Narotch. Je passai à côté d’une église catholique, reconnaissable à ses briques rouges, et allai trouver l’arrêt de bus au centre du village. Le manège des habitants passant à pied ou à vélo en tirant une boille de lait montée sur roue m’intrigua. Ils ne transportaient pas le produit de la traite mais revenaient de la laiterie située au bout de la rue avec du sérum de lait destiné à nourrir les cochons.
Le bus qui me ramenait, via Molodetchno, à Minsk longea sur plusieurs kilomètres le lac Narotch que le mauvais temps faisait disparaître au loin dans la brume.

voir les photos :http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/narotch/

samedi 18 octobre 2008

Postavy



Postavy est une ville de 20.000 habitants située dans la voblast de Vitiebsk. Le bus passa à côté d’un chasseur Mig-23 exposé à l’entrée de la ville rappelant qu’une ancienne base aérienne soviétique passée sous contrôle biélorusse s’y trouve.
Le seul hôtel de la ville était complet. Il avait été réquisitionné le jour même pour accueillir des sportifs et les clients tout simplement renvoyés… Une importante compétition devait avoir lieu durant la semaine.
La réceptionniste eut pitié de moi et essaya de trouver une solution pour me loger. Elle passa plusieurs coups de fil pour négocier mon gîte. La perspective de devoir passer une nuit à la belle étoile s’éloigna mais l’affaire ne semblait pas acquise. Ma nationalité posait-elle problème ? Elle raccrocha le combiné, griffonna une adresse sur une feuille de papier et me la tendit. Satisfait, je rejoignis la place centrale Alleya Plochad pour prendre le bus en direction du lieu indiqué, situé à l’autre bout de la ville.
Le centre-ville est construit autour de la rivière Madielka. A cet endroit, son lit s’élargit pour former deux petits lacs séparés par un goulet d’étranglement qui servait autrefois à alimenter la roue à aubes d’un moulin. L’église catholique Saint Antoine de Padoue, construite toute en briques rouges se trouve non loin du rivage du plus petit des plans d’eau.
Ici, le réseau de transport en commun est desservi par quelques autobus, et plus couramment par des camionnettes transformées en minibus. Celui dans lequel je pris place m’amena non loin d’une caserne. Un ancien tank de l’armée rouge était exposé au milieu de la place. Je sonnai à la porte et c’est un militaire en tenue qui m’ouvrit. Je réglai le prix de la nuitée et le militaire me guida vers la chambre. Celle-ci était vaste et comptait quatre lits et une salle d’eau.
Le soir, je pris mon dîner dans un restaurant de la place Alleya. J’étais l’unique client ce qui confirmait l’impression de semi-léthargie de la ville ressentie plus tôt dans la journée. Une crise économique était-elle responsable de cette situation ? La serveuse n’avait pas vingt ans et pouvait être la fille et la nièce des deux femmes corpulentes qui dégustaient des crèmes glacées en attendant d’hypothétiques clients. La serveuse, étant davantage préoccupée par la lecture de son livre que par le chiffre d’affaires du restaurant, prit son temps à prendre la commande et à me servir. La carte proposée était variée mais plusieurs plats n’étaient pas disponibles, les prix étaient par contre surprenants, bien inférieurs à ceux pratiqués dans les grandes villes. Je quittai le restaurant sans qu’aucun client supplémentaire ne fit son apparition.
Le lendemain, je me rendis au musée de la ville. La ville était encore endormie. C’était le week-end et la directrice ne travaillait pas. J’avais essayé de me rendre au bord du lac Spory mais j’abandonnai rapidement cette idée car je ne trouvai aucun moyen de transport pour m’y rendre rapidement. Je quittai Postavy en taxi pour me rendre dans le village de Narotch.


vendredi 17 octobre 2008

Miadel




Le matin de bonne heure, je partis en bus pour Miadel.
Le ciel chargé de cumulus dispersés laissait largement apercevoir sa couleur bleue et le soleil. L’espace infini s’étendait à perte de vue pour se perdre au-delà de la ligne d’horizon et donnait l’impression d’un ciel vaste mais bas.
Le bus arriva à la gare routière située à l’extérieur de la ville. Miadel compte 20.000 habitants et se trouve sur le bord du lac Batorin. Ce lac fait partie du groupe des lacs Narotch qui se trouve dans le raïon de Miadel. Le lac Narotch est, quant à lui, le plus grand du pays et couvre une surface de 80 km².
Je rejoignis le centre-ville à pied. De là, j’aperçus le lac Batorin. Les bâtiments de la ville ne se trouvent pas directement en bordure du lac mais un peu en retrait et la distance qui me resta à parcourir pour atteindre le rivage me surprit. Les larges espaces entre la ville et le rivage me firent davantage penser à une ville nouvelle avec une configuration urbaine à l'opposé de celle de Grodno façonnée au fil des siècles.
La bibliothèque était fermée. J’improvisai un déjeuner sur le bord du lac constitué de calmars séchés accompagnés de bière, puis de pain de seigle et de kolbassa, le saucisson sec local, ramenés de Minsk.
A 14h00, je me rendis à la bibliothèque d'où on me renvoya vers le musée. Svetlana Tcherniavskaya, la directrice du musée me montra rapidement un document en rapport avec mes recherches. Celui-ci listait les régiments des forces en présence entre Postavy et le lac Narotch, et précisait également leur lieu d’affectation. Le régiment R.I.R. 249 dans lequel servait mon grand-père était basé un peu plus au nord, peut être à proximité du lac Spory.



voir les photos :http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/miadel/

mercredi 15 octobre 2008

Smorgon - La ligne de front



Lorsque du musée nous revînmes à la bibliothèque, Vladimir Ligouta informé par Boumaï de mon arrivée nous attendait dans le bureau. Nous avons échangé nos points de vue avant de se quitter en fin d’après-midi. J’en ai profité pour visiter le centre-ville. L’église calviniste de l’archange St-Michel que j’avais vue complètement détruite sur les photos prises après les bombardements a été reconstruite à l’identique et se trouve au bout de l’avenue principale. A une encablure de là se trouve l’église orthodoxe magnifiquement située dans un parc à proximité d’un plan d’eau.
En début de soirée, nous partîmes visiter un cimetière militaire allemand situé dans la forêt de Smorgon. Boumaï s’était débrouillé pour emprunter la voiture à son fils et il tenait à me faire visiter quelques endroits qu'il jugeait en rapport avec mes recherches. L’hospitalité et la gentillesse des Biélorusses n’étaient pas mises en défaut.
Le cimetière se trouvait dans une petite clairière entourée par une forêt de pins. Les tombes étaient entre autres celles de soldat du Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 2 et datées principalement de début 1916. Le soleil déjà bas à cette heure-ci de la journée rallongeait l'ombre des croix sur le sol. Le calme et la lumière douce entouraient le lieu d'une douce sérénité.
Plus tard dans la soirée, nous parcourûmes en voiture une partie des lignes allemandes. A l’époque, les militaires allemands fortifiaient leurs positions avec des ouvrages en béton dont la plupart restent encore visibles. En particulier dans les surfaces cultivées où la vue est dégagée. Les ouvrages russes qui étaient construits avec du bois disparurent rapidement.
Le lendemain, je rencontrai Vladimir Prikhatch, professeur de mathématiques. Depuis plusieurs années, il effectuait des recherches sur les fortifications allemandes et s’occupait tout particulièrement de recenser les inscriptions présentes sur les ouvrages. Vladimir Ligouta nous rejoignit également. Ils étaient passionnés tous deux par cette période sombre de l’histoire et chacun me faisait part de ses connaissances sur la question. Vladimir Prikhatch me confirma qu’aucune trace n’existait de la présence des régiments F.R. 40 et R.I.R. 249 dans la région au sein desquels mon grand-père fut blessé en juillet 1916.
Il en déduisit qu’il devait probablement stationner près du Lac Narotch car, argumenta-t-il :
- En juillet 1916, la région de Smorgon était calme. Allemands et Russes campaient sur leurs positions. Par contre, près du Lac Narotch plusieurs attaques furent lancées par les Allemands pour reconquérir le terrain perdu en mars et avril 1916.
La réponse à mes recherches se trouvait peut être près du lac Narotch, et ma destination suivante fut toute trouvée, Miadel le chef-lieu du raïon.
Après avoir remercié et salué mes amis, je me rendis à la gare ferroviaire pour prendre le train de la ligne Vilnius-Moguilev pour un bref retour à Minsk. Je quittai Smorgon satisfait de mes découvertes et ravi des rencontres effectuées.

mardi 14 octobre 2008

Smorgon



Molodetchno et Smorgon sont distants d’une quarantaine de kilomètres à peine. Le bus filait sur une route secondaire traversant des paysages de prairies avec par-ci par-là quelque troupeau de vaches. Aux pâturages succèdent des forêts aux maigres bouleaux. On passe quelques rares villages aux isbas colorées. Ces maisons traditionnelles en bois et aux couleurs vives sont ornées de boiseries sculptées. Des palissades en bois entourent demeures et potagers. A un arrêt, une femme monta à bord, avec à chaque main un seau rempli à ras bord de baies rouges. Elle resta debout à côté du chauffeur, contente de soulager ses bras de son lourd chargement. Elle revenait peut-être des bois pour aller vendre les fruits de sa cueillette ou en faire de la confiture.
Le soleil fit son apparition et tapait contre les vitres du bus. La chaleur devenait suffocante. Déjà, le bus pénétrait le bourg. Smorgon est une ville de 40.000 habitants. Elle avait été entièrement détruite par l’artillerie allemande durant la Première Guerre mondiale. Je me rapprochai de l’endroit visé avec des doutes et seulement une certitude.
Doutes quant à la qualité des informations que j’allai pouvoir glaner sur place et la certitude que mon grand-père avait passé plusieurs mois, terré dans les tranchées quelque part sur la ligne Krewo-Smorgon-Lac Narotch-Tweretch longue d’une centaine de kilomètres. C'est quelque part sur cette ligne de front que mon grand-père fut blessé par un éclat d’obus en juillet 1916.
En 1916, la ligne de front formait un demi-cercle autour de Smorgon. La ville était tenue par les Russes mais les tranchées allemandes étaient à quelques centaines de mètres seulement de la ville et la touchaient même dans sa partie nord.
De l’arrêt de bus à la bibliothèque, j’avais marché sous un soleil de plomb. Arrivé devant la bibliothèque, je trouvai porte close. Elle était fermée pour la pause-déjeuner. Passablement déshydraté, je traversai la route pour m’installer à la table d’une terrasse. Elle se composait d’une tente en matière plastique rouge aux couleurs d’une marque de bière locale. La tireuse à bière était en panne. La serveuse avait les mains empêtrées dans les flexibles et je devinai à sa mine déconfite qu’un choix de substitution s’imposait. Je me rabattis sur un grand verre de kvas. Comme les faucheurs dans Anna Karénine de Tolstoï, je me désaltérai avec cette boisson fermentée à base de pain qu’on trouve couramment depuis le moyen-âge dans les territoires de l’ancienne Russie.
A la bibliothèque de Grodno, on m’avait conseillé de rencontrer Vladimir Ligouta, ex-colonel de l’armée et auteur de plusieurs livres ayant pour thème la Première guerre mondiale dans la région de Smorgon. J’espérai le trouver par l’intermédiaire de la directrice du musée du raïon de Smorgon ou du directeur de la bibliothèque.
Au lendemain de la Grande Guerre, la Tchéka avait été abritée dans le bâtiment de l’actuelle bibliothèque. Boumaï Alexeï Mikhailavitch, son directeur me reçut dans son bureau qui datait peut-être de cette période. Le pupitre en bois massif accusait l'âge, il supportait des tas de documents et un vieux téléphone à cadran en bakélite. Même celui de la chambre d’hôtel à Lida paraissait moderne en comparaison. Je me demandai s’il était encore fonctionnel mais il n’était pas enterré sous les piles de dossiers ou de livres qui se trouvaient tout autour. La réponse ne tarda pas à arriver car Boumaï décrocha le combiné et téléphona à deux reprises. Peu de temps après, une jeune femme, professeur de français dans une école des environs, nous rejoignit. Elle était venue à la demande du directeur et nous proposa ses services d’interprète. Le directeur suggéra de nous rendre au musée du raïon afin d’y rencontrer la directrice, Nadejda Markova. Le directeur, l’interprète et moi, nous fûmes reçus dans la salle d’exposition du musée.
En 1916, mon grand-père avait quitté le front de l’Artois pour le front russe. A cette occasion, il fut affecté au Füsilier-Regiment Fürst Karl-Anton von Hohenzollern Nr. 40 puis au Reserve Infanterie Regiment Nr. 249, formé la même année. Nadjda Markova n’a pas pu me confirmer que l’un ou l’autre de ces régiments était stationné autour de Smorgon par contre elle alla chercher avec son assistante un énorme panneau sur lequel figurait le plan du système de défense de l’armée russe. Il était riche d'enseignement, les lignes de défense successives et chaque tranchée y étaient représentées. Il avait été réalisé par les cartographes de l'état major russe et le tampon siékreti apparaissait visiblement.
La carte ne concernait que la partie sud allant du nord de Smorgon à Krewo. Il s’agissait d’une copie du plan dont l’original est conservé à Moscou aux Archives d’état de la guerre. La directrice m’expliqua que les combats entre 1915 et 1917 avaient été violents entraînant des pertes par dizaines de milliers.
voir les photos :

lundi 13 octobre 2008

Molodetchno



De Grodno, je retournai à Minsk pour aller à Smorgon, ma destination suivante. Minsk est le centre routier et ferroviaire à partir de laquelle la distribution en étoile se fait. Ainsi, il est parfois judicieux, voire nécessaire, de retourner dans la capitale pour repartir sur une autre branche de l’étoile. Molodetchno n’a été qu’une ville de transit. Hormis quelques églises et bâtiments publics dont le Palais de la Culture, elle ne m'a pas particulièrement séduite.
Molodetchno se trouve sur la route qu’emprunta l’armée napoléonienne lors de la retraite de Russie après son passage de la Berezina. A cet endroit, eurent lieu de violents accrochages entre les cosaques russes et l’arrière-garde française.
C'est en taxi, partagé avec d'autres voyageurs, que j'arrivai dans cette ville et quelques heures plus tard, je repartis en bus, pour Smorgon.

jeudi 9 octobre 2008

Grodno - Perle du Niémen

Maison où le poète biélorusse Maksim Bogdanovitch a grandi.

De la bibliothèque, je déambulai les rues étroites et j’aboutis sur la place Sovietskaya démesurément grande. Cette perception était d’autant accentuée que la place venait d’être refaite et les arbres qu’on y avait plantés étaient encore de taille modeste. De l’autre côté de la place, j’aperçus la cathédrale Saint François Xavier, majestueuse avec sa façade baroque blanche, construite par les Jésuites et toujours dévolue au culte catholique. Du côté droit la place verse vers le Niémen et les voilures en béton du théâtre dramatique se dressent avec arrogance vers le ciel. La place est fréquentée à toute heure de la journée et jusqu’à tard dans la nuit. Le soir venu, des groupes de jeunes se forment par-ci, par-là pour discuter ou pour des moments plus festifs.
Le parc Gilibert commence non loin du Théâtre. Le soleil et la verdure éclatante participent avec les nombreuses familles en promenade à son animation. Ses allées s’inspirent davantage du jardin à la française tandis que du côté de la place Lénine, « la vallée suisse » se termine en jardin à l’anglaise avec ses promenades sinueuses et paisibles le long de la rivière Gorodnitchanka.
Le parc porte le nom de Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814), médecin français qui fonda le Jardin botanique de Grodno, alors polonaise, durant la période où il fut chargé par le roi de Pologne Stanislas II de fonder une école moderne d’enseignement de la médecine.

mardi 7 octobre 2008

Grodno - Premier contact



De Lida, le train m’emmena à Grodno, ville de 320.000 habitants située à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière polonaise. Une importante minorité polonaise y vit. Dans la voblast de Grodno, elle représente près du quart de la population. La ville s’étale sur un plateau surplombant le Niémen, à une position stratégique qui la ballotta successivement d’un état à un autre. Rien qu'au siècle dernier, elle était au début attachée à l’Empire russe, puis elle fût conquise par l’Empire allemand lors de la Première Guerre mondiale, cédée par la Russie bolchévique à l’Allemagne en 1918, proclamée capitale du premier état biélorusse indépendant, intégrée à l’état polonais, incorporée à l’Union soviétique et depuis 1993 à la République de Biélorussie.
A mon arrivée, je ne suis pas tombé immédiatement sous le charme de la ville. L’intérieur du bâtiment de la gare a une atmosphère froide, peu de lumière naturelle y pénètre, la décoration est faite de motifs géométriques aux couleurs flashy et donne une ambiance vieillotte très seventies. En sortant du hall, on tombe face à une grande place faisant usage de parking. Des kiosques, où il est possible de se restaurer, sont alignés sur les trottoirs. Les immeubles face à la gare ont des façades mornes et tristes accentuant la grisaille du temps. Le reste de la ville était-il à l’image du quartier de la gare ? Je devais me soucier de l’hébergement et je repoussai le questionnement au sujet de la ville à plus tard. En bus, je me rendis à l’appartement que j’avais loué à l’opposé de la ville, dans un quartier populaire habillé d’immeubles de logements collectifs d’une dizaine d’étages.
Le lendemain, je voulus en savoir davantage concernant la forteresse. Selon les informations en ma possession à ce moment, Grodno est une ancienne forteresse impériale russe. J’avais décidé de venir ici suite à une conversation durant laquelle, Vladimir m’avait proposé de me mettre en relation avec son homologue biélorusse, historien de la forteresse. Depuis mon arrivée en Biélorussie, je guettai l’arrivée d’un courrier électronique me précisant les modalités de mon rendez-vous. Le courrier n’arrivant pas, la meilleure chose à faire était de trouver par mes propres moyens le spécialiste en me rendant à la bibliothèque de la ville.
Cette dernière occupe le nouveau château construit au XVIIIe siècle, autrefois palais du roi de Pologne. Celui-ci a été construit au sommet de la colline, vis-à-vis de l’ancien château. L’endroit offre une très belle vue sur le Niémen et la rive opposée en contre-bas. Grodno se présentait à moi sous une perspective nouvelle et révélait un potentiel qui ne demandait qu’à être découvert. Je décidai de prolonger mon séjour pour mieux la cerner. L’accueil à la bibliothèque était chaleureux. En passant par une inscription, je pouvais bénéficier des services de la bibliothèque. J’appris ainsi que l’historien que je souhaitais rencontrer était parti en vacances et ne serait pas de retour avant plusieurs semaines. Les renseignements les plus intéressants concernaient la forteresse, souvent confondue par les habitants de Grodno avec le château, dont certaines parties datent du XIIIe siècle. La conception de la forteresse impériale est plus moderne que celle de Kaunas puisqu'il était prévu de remplacer les ouvrages provisoires, construits à partir de 1887, par un ensemble de treize forts, vingt-trois ouvrages secondaires, un fossé, un aérodrome. Le tsar Nicolas II lança le projet en 1912. Il fut contrarié par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Seuls quatorze ouvrages furent commencés et aucun terminé au déclenchement des hostilités. Mon intérêt pour les forts devint moindre d’autant que leurs positions n’apparaissaient pas sur les cartes consultées de la ville et ne sont pas davantage connues du grand public. Je partis vers la vieille ville.

dimanche 5 octobre 2008

Lida - J2



Le lendemain, je remontai à pied Oulitsa Sovietskaya, l’artère centrale de Lida. En partant de l’hôtel on passe une église sur la droite, puis l'école pour enfants des Beaux Arts sur la gauche.
Au bout de l’avenue, je bifurquai à droite et j’arrivai une centaine de mètres plus loin au lac artificiel dont une partie du rivage a été aménagé pour l'agrément et la baignade. Le temps était au beau fixe depuis mon arrivée à Lida, et de nombreuses familles s’adonnaient aux joies de la baignade, les enfants jouant au ballon pendant que les parents prenaient un bain de soleil sur la plage de sable. Sur le plan d’eau quelques barques fendaient les eaux plates. A côté de la plage, un coin de forêt aménagé en promenade, avec des allées bordées de marches disjointes en béton et des bancs aux lattes tordues par les rigueurs du climat, accueillait quelques rares promeneurs.
Lida est une ville qui donne l’impression d’avoir souffert d’hypertrophie lors de la période soviétique et puis la faillite du système communiste l’a laissée sombrer dans un état de lente dégénérescence. Sans doute la ville n’aurait pas réussi à maintenir son outil industriel entrainant un retard à la modernisation.

samedi 4 octobre 2008

Lida



L’après-midi, j’arrivai à Lida en train. C’est une ville de 100.000 habitants située dans l’ouest du pays entre Grodno et Minsk, elle fait partie de la voblast de Grodno. Après avoir quitté la gare, je traversai des quartiers populaires pour me rendre à la gastinitsa Lida, le seul hôtel de la ville, où j’avais prévu de séjourner. L’espace d’un instant, je me crus dans une ville d’Ukraine. Le contraste entre Minsk et Lida était saisissant.
L’hôtel Lida est une barre parallélépipédique de six étages à la façade terne et monotone . A l’époque de sa construction, Staline devait être oublié et les architectes revenus sous le diktat de Khrouchtchev à un social réalisme tenant compte des besoins immédiats du peuple réalisent des constructions et oublient les considérations esthétiques. La marque qui fait la particularité de Minsk n’est quasiment pas visible ici.
J’accédai au hall d’entrée de l’hôtel par un large escalier en fin de rénovation. Je m'approchai de la réception. Les réceptionnistes au nombre de trois étaient retranchées à l’intérieur d’un aquarium vitré façon bureau de poste avec hygiaphone des années soixante-dix. Je demandai une chambre. La dame à qui je m’étais adressé, me réclama mon passeport. Je lui tendis la pièce, la réceptionniste se trouva occupée un bon quart d’heure par les contraintes administratives que je venais de lui imposer. Elle me délivra un laissez-passer à mon nom en forme de carte à doubles volets, document qui semblait revêtir un rôle important et qui pourtant ne m’a été d’aucune utilité durant le séjour. Elle me remit la clé de la chambre et m’indiqua la direction de l’ascenseur se trouvant au fond du hall. Les portes automatiques se refermèrent derrière moi, l’ascenseur trembla comme les trains russes au démarrage mais il fonctionnait. A l’étage, un long couloir central et rectiligne filait sur toute la longueur du bâtiment et distribuait des deux côtés vers les chambres.
La chambre était décorée dans un style soviétique remarquable. Un parquet en chêne massif usé par le temps était par endroits recouvert par des tapis russes aux motifs géométriques. Au mur était fixé un poste radio archaïque dépourvu d’interrupteur dont la mise en marche se faisait simplement en branchant la prise au secteur. Sur le bureau près de la fenêtre trônait un vieux téléphone à cadran en matière plastique rouge. La chambre comportait deux lits étroits. Des rideaux de couleur rose tamisaient agréablement la lumière. Je me dirigeai vers la fenêtre et tirai les rideaux. En raison de la chaleur, la fenêtre était ouverte. A l’extérieur, j’apercevais en face un immeuble d’habitation avec des commerces au rez-de-chaussée, à gauche la tour et le mur d’enceinte du château de Lida et à droite la longue Oulitsa Sovietskaya qui se perdait au loin.
Les origines du château de Lida remontent au XIVe siècle mais il a été reconstruit plus récemment suite à sa destruction au XVIIIe siècle.
Le soir, j’allai dîner au restaurant de l’hôtel. La salle paraissait immense et avait des airs de salle des fêtes communale. Je m’installai à une table au fond du restaurant, j’avais le choix, seule une table était occupée par le personnel du restaurant qui dînait et une autre par un couple. Lida est connue pour la qualité de ses bières, et je choisis une brune pour accompagner mon dîner. Je dégustai de délicieux zrazy. Il s’agit d’un plat préparé avec des pommes de terre, de la viande de porc et des champignons, puis cuit au four dans une terrine émaillée recouverte d’un couvercle façonné avec de la pâte à pain.


jeudi 2 octobre 2008

Minsk - Le marché Komarovski



En revenant de la bibliothèque, je passai au marché Kamarovski. C’est un marché alimentaire permanent ouvert tous les jours sauf le lundi.
A l’extérieur se trouve le marché aux fruits et aux légumes. L’organisation n’est pas laissée au hasard, les marchands s’installent à des étals fixes parfaitement alignés en plusieurs rangées. En cette saison, les étalages sont colorés et richement achalandés. Les produits sont frais et odorants, on y trouve en quantité pommes de terre, carottes et choux, les principaux ingrédients de la cuisine traditionnelle biélorusse mais également des herbes, des poivrons, des tomates, des fraises, des cerises, des champignons et toutes sortes de baies. Quelques stands proposent des produits préparés, à l’un, j’ai goûté aux cornichons Malossol qui se déclinent sous différentes formes, à l'autre j'ai testé des salades de choucroute différemment préparées.
Une petite zone regroupe quelques babouchkas portant des fichus colorés noués autour de la tête. Elles vendent les produits de leur cueillette dans les bois, essentiellement des baies et des champignons.
D’un étal à l’autre, les prix sont sensiblement les mêmes. Le consommateur choisit son étal en fonction de la qualité des pommes de terre ou de la taille des choux. Les étalages sont principalement tenus par des femmes vêtues d’un tablier bleu.
A l’intérieur du bâtiment se passe le marché à la viande et aux poissons mais on y trouve toutes sortes d’autres produits alimentaires, de la volaille, des saucissons secs et des fromages. C’est une immense halle où les étals réfrigérés forment de grands îlots à l’intérieur desquels s’activent les vendeuses aux tenues aux couleurs du stand. Tout autour de la partie centrale se trouvent des petites épiceries aux devantures surchargées dans lesquelles est empilé un échantillon de chaque produit en vente chez le commerçant.

mercredi 1 octobre 2008

Minsk - La Bibliothèque nationale



Le lendemain matin, je me rendis à la Bibliothèque nationale pour démarrer les investigations. De la station de métro Plostchad Pobedy, la ligne bleue m’emmena à la station Vostok située à proximité de la bibliothèque. Dès la sortie du métro, on aperçoit le bâtiment surnommé par les Minskois « le Diamant ». L’imposant édifice, un bâtiment circulaire surmonté d'un polyèdre complexe, a été inauguré courant 2006.
Le quartier de la bibliothèque est récent et la construction de nouveaux immeubles d’habitation se poursuit. Minsk possède un formidable pouvoir d’attraction sur les populations rurales et citadines des autres villes du pays. Les campagnes se dépeuplent progressivement et la capitale ne cesse de s’étendre par des quartiers périphériques nouveaux. Un phénomène universellement connu qui se répète depuis des décennies sur tous les continents mais qui ici est régulé par l’état.
Arrivé dans le vaste hall d’entrée, je passai au guichet pour m’inscrire. En quelques minutes la préposée me délivra une carte magnétique avec ma photo scannée à partir du passeport. Je devins ainsi le lecteur n° 107492 de la Bibliothèque nationale de Biélorussie. Le bâtiment présente plusieurs niveaux avec différentes salles de lecture, salles de conférence, des espaces dédiés à l’art et à la musique, un restaurant, tous situés en périphérie extérieure d’un couloir circulaire. Au centre se trouve un immense espace dédié aux demandes d’ouvrages. J’étais un peu désorienté mais une sympathique étudiante me servit de guide le temps de trouver mes repères.
C’est confortablement installé au fond de la salle de lecture réservée aux diplômés de l'enseignement supérieur, juste en face des rayonnages que j’entrepris de feuilleter la pile de livres que j’avais sélectionnés. L’endroit est agréable, le calme qui y règne propice au travail. L’ambiance est d’autant plus bonace qu’en cette période de vacances d’été Minsk se vide de sa population estudiantine jusqu’à la rentrée de septembre.
J’espérais trouver une carte détaillée de la ligne de front de 1916, avec des indications de position des régiments allemands ou toute information permettant de reconstituer les événements survenus. Bien vite, je me rendis compte qu’il s’agissait d’un travail de longue haleine et après une deuxième matinée passée à éplucher une quantité impressionnante d’ouvrages et à demander toutes sortes de cartes je dus me rendre à l’évidence. Je ne trouverai pas le document convoité ici. Les ouvrages disponibles sont trop généralistes ou destinés à l’enseignement. Ceux dédiés à la voblast de Grodno couvrent une période trop vaste allant de l’apparition des premières tribus protoslaves à la fin de l'Antiquité jusqu’à la fin du XXe siècle. Mes recherches n’étaient pas efficaces et tant bien même elles l’auraient été, je n’étais pas assuré que la bibliothèque était en possession des informations. Pourtant lors de la Première Guerre mondiale le quartier général des armées impériales russes était basé à Minsk mais sitôt la paix signée, tout avait dû être rapatrié à Moscou. Finalement, la solution n’était-elle pas de me rendre sur place, soit aux archives à Moscou, soit sur le théâtre même des opérations dans la voblast de Grodno ?

mardi 30 septembre 2008

Minsk



Le lendemain, je pris le temps de redécouvrir la ville. Minsk ne m’est pas inconnue, par le passé j’y avais séjourné à plusieurs reprises. Je retrouvai facilement mes repères.
J’avais prévu de passer quelques jours dans la capitale pour faire des recherches à la Bibliothèque nationale avant de repartir pour l’ouest du pays.
Minsk est une ville exceptionnelle, une sorte de musée grandeur nature de l’époque soviétique.

Chaque année, elle s'ouvre un peu plus au capitalisme, compte davantage de gros 4x4 dans les avenues mais elle a su préserver son âme. Dans le Minsk original, la cohérence architecturale est conservée. Les traditions demeurent solidement ancrées et les Minskois savent rester accueillants et chaleureux. Minsk continue de m'émouvoir, elle est loin du tumulte touristique de Prague et son atmosphère ni fiévreuse, ni excessive reste bienséante et magiquement soviétique.
Elle occupe une position géographique centrale et est aussi la plus grande ville du pays qui concentre près d'un habitant sur cinq. La ville est ceinturée par un périphérique à 4 voies qui distribue vers les quatre coins du pays.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle subissait d’importantes destructions. Après le 8 mai 1945, Staline fait redessiner la ville et pour la rebâtir, il réquisitionne des milliers de prisonniers allemands. C’est de cette époque que date l’allure de la ville avec de larges avenues et leurs immeubles de style stalinien. Ils sont construits parallèlement aux avenues et forment d’immenses blocs. Les façades donnant sur les avenues sont parfois richement décorées. Des voies secondaires permettent d’accéder, souvent par des porches à d’énormes espaces intérieurs. Ces derniers comportent des cours, des espaces verts et des aires de jeux où une partie de la vie sociale du bloc s’organise.

Mon immeuble était situé Oulitsa Kouibychev, non loin du marché Komarovski et de l’avenue Nezavisimosti qui traverse, en diagonale orientée nord-est, une bonne partie de la ville. L’avenue Nezavisimosti est la plus belle avenue de la ville, la plus fréquentée, on y trouve de nombreux bâtiments officiels mais également des boutiques de luxe et on peut la comparer aux Champs Elysées à Paris. Tout converge vers cette avenue, les Minskois qui souhaitent y déambuler ou s’y montrer, les automobilistes, les tramways et les bus des transports publics, le métro de la ligne bleue se satisfait de l’épouser et de filer sous elle. Elle nait dans le centre-ville, non loin de la gare ferroviaire, au bout de la place de l'Indépendance où siègent Lénine et diverses institutions gouvernementales. Elle passe ensuite à Oktyabrskaya où l'on voit du côté gauche le Palais de la République et du côté droit le palais présidentiel abrité derrière un parc. Elle plonge ensuite la côte, où certains bus surchargés s’essoufflent, pour arriver au cirque d’état. C’est à cet endroit que l’avenue change de décor sur quelques centaines de mètres. A droite s’étale le parc Gorki avec sa grande roue, à gauche le parc Yanka Koupala, tous deux traversés perpendiculairement par la Svislotch aux nombreux méandres. L’avenue est mise en valeur sur cette partie par des balustrades blanches de tradition néo-classique du meilleur effet. Droit devant on aperçoit déjà la place de la Victoire et son obélisque surmontée de l'étoile rouge de l'Ordre de la Victoire pour commémorer celle du 8 mai 1945. Les bâtiments officiels et les immeubles, autrefois habités par les apparatchiks du régime, se succèdent jusqu’au parc Tcheliuskintsev et l’avenue s’en va mourir dans les faubourgs de la ville derrière le boulevard périphérique.


mardi 23 septembre 2008

Bloqué à Goudagaye



On m’emmena derrière le bâtiment de la douane, à l’intérieur d’une cabane située au fond d’une cour. On me montra un tabouret à côté de la porte et je pris place. Dans la pièce un téléviseur accroché au mur monopolisait l’attention des occupants. Il passait une course de Formule 1, le grand prix de Grande-Bretagne. A côté de moi, un couple de touristes était déjà installé. Un douanier entra suivi d’une femme en pleurs âgée d'une cinquantaine d'années. Elle s’installa sur un tabouret sans s’arrêter de verser des larmes. Elle devait être Russe ou Biélorusse et je me demandai quelle était la raison de sa venue. Son passeport n’était-il pas en règle ?
Les douaniers entraient et sortaient de la pièce. A chaque venue, ils profitaient de l’occasion pour suivre la course pendant quelques instants. Il pleuvait à Silverstone et les bolides entraînaient des nuages d’eau dans leur sillage. Les douaniers finirent par quitter tous la pièce. Je questionnai mes voisins.
Ils venaient de Stockholm. Elle était Italienne, fine et jolie, le teint hâlé par le soleil. Lui était Suédois, grand et blond. Le profil scandinave lui collait à la peau.
Nous osâmes une sortie dans la cour pour profiter du soleil et poursuivre notre discussion. Ils voyageaient depuis une quinzaine de jours en Ukraine, dans l’est de la Pologne et les Pays Baltes. Le matin même, ils avaient acheté à l’ambassade de Vilnius un visa pour la Biélorussie. Ils comptaient profiter de la proximité de Minsk pour y passer une journée avant de retourner à Stockholm. Pour chasser l'ennui, nous discutions de nos voyages respectifs, ils me parlèrent de Stockholm et moi de la capitale biélorusse.
Cela faisait environ deux heures que nous étions arrivés à Goudagaye et nous restions sans aucune information, à attendre à proximité du cabanon. On se sentait un peu en prison. Nos gardiens étaient réunis autour d’une table placée sous une pergola, à une dizaine de mètres de nous. On entendait leurs rires et leurs discussions bruyantes. Nous attendions probablement l’arrivée du prochain train pour Vilnius. Je décidai d’aller parler au chef des douaniers.
C’était un homme plus jeune que ses collègues, dans d’autres circonstances je l’aurais certainement trouvé sympathique. Je lui expliquai qu’à chacun de mes voyages en Biélorussie, j’achetais mon assurance sur place et que je ne demandais qu’à faire de même. Mais à Brest par exemple, le flux des voyageurs est plus important et une compagnie d’assurance a son bureau sur place. Nous n'étions pas à Brest, ici il y avait trop peu de voyageurs étrangers ce qui ne justifiait pas la présence d’un tel bureau.
Je lui demandai s’il lui était possible d’appeler une compagnie d’assurance mais il ne pouvait le faire pour moi. Il me prêta tout de même son téléphone portable pour appeler une connaissance à Minsk. Je réussis à la joindre et elle se chargea de contacter la compagnie d’assurance. Elle me rappela sur le téléphone du douanier pour me dire qu’un agent viendrait à Goudagaye. Une heure plus tard, la représentante de la compagnie d’assurance arriva.
Les Suédois payèrent un dollar américain chacun pour pouvoir passer une journée à Minsk. Pour mon séjour de vingt jours, la jeune femme me demanda dix dollars américains. Je n’avais pas de dollars et je lui tendis un billet de dix euros. Mais elle n’acceptait pas les euros ! Je lui proposai alors de ne pas me rendre la monnaie, sachant que dix euros représentent seize dollars américains, mais rien n’y fit. Même en Europe, l'euro n'avait pas encore supplanté la monnaie américaine ! Finalement, je résolus le problème en la payant en litas, la monnaie lituanienne.
A 19 heures, nous étions, les Suédois et moi, sur le quai à attendre le train dont l’entrée en gare était imminente. Le chef des douaniers s’approcha de nous à pas vifs et nous interpella. Il y avait un nouveau problème !
- Vous ne pouvez pas prendre le train. Votre billet n’est plus valable et vous n’avez pas de roubles biélorusses pour payer votre voyage!
Comment avait-il deviné ? L’exportation de roubles étant interdite, cela allait de soi.
- Je vous suggère de prendre un taxi pour vous rendre à Minsk ! il nous montra de sa main trois taxis garés à l’arrière de la gare. Les chauffeurs devaient s’ennuyer ferme. L'un d'eux s’avançait déjà vers nous, trop content de sortir de son inactivité.
Cela sentait l’entourloupe et je ne m’étonnais plus de rien mais de toute façon nous n’avions pas d'autre choix. Nous discutâmes le prix avec le chauffeur, il nous annonça un prix approximatif de 250.000 roubles mais précisa que la valeur exacte sera celle donnée par le compteur.
Nous embarquâmes trop contents de quitter les lieux.
Le taxi filait à toute allure, bien au-delà des limites autorisées. Je n’étais pas rassuré. Dans ces cas-là, ma recette habituelle est de sortir mon appareil photo et de shooter les paysages.
A quelques kilomètres de Minsk nous vîmes des gyrophares au loin devant nous. Le chauffeur ralentit craignant un contrôle de police. Un cycliste venait de se faire renverser par une voiture. Il gisait sur la route recouvert d’une couverture. Seules ses jambes dépassaient. Ses pieds étaient nus, il avait perdu ses tongs qui se trouvaient un peu plus loin sur la route, non loin de son vélo déformé sous la violence du choc.
Deux heures et demie après notre départ de Goudagaye, il nous déposa à la gare centrale de Minsk. Là, je changeai des devises pour payer ma part du taxi, puis passai un coup de fil au propriétaire du studio que j'avais réservé. Le couple de Suédois prit un taxi pour rejoindre l’hôtel et moi je me dirigeai vers mon lieu d'hébergement.

samedi 20 septembre 2008

En route pour la Biélorussie



Après quelques heures d’attente à la gare de Vilnius, je me dirigeai vers la plateforme pour prendre le train 306 Vilnius-Minsk de quatorze heures seize. Un court voyage de deux cents kilomètres qui nécessite tout de même quatre heures et quinze minutes.
Le train des chemins de fer biélorusses était déjà à quai, je remontai le convoi pour trouver le wagon numéro 2 où j’avais une place réservée. A l’arrière de chaque wagon, la provodnitsa en uniforme bleu se tenait au garde à vous au pied des trois hautes marches qui donnent accès au train. C'est elle qui dans chaque wagon des trains de l’ex-bloc soviétique contrôle la validité des billets, sert des boissons chaudes, distribue le pack couchage, veille à l'ordre et à la sécurité des voyageurs et s'occupe aussi du nettoyage.

Arrivé à sa hauteur, l'hôtesse me lança -Vach biliet!Je lui remis mon billet et mon passeport, elle vérifia mon titre de voyage, mon passeport et me pria de monter.
Mon wagon de type « platzkart » correspond à une troisième classe. C’est celle que je préfère. Elle est bien moins chère que les wagons de type « lux » de la première classe et presque aussi confortable que les « koupé » de la deuxième classe, et l’on peut plus facilement rencontrer des gens et entamer une discussion. Il reste la quatrième classe qui correspond au confort des trains régionaux mais on est assis sur une banquette en bois très inconfortable pour un long voyage.
Les trains même de grandes lignes sont souvent vieillots et datent encore de l’époque de la guerre froide. C’est avec émotion que j’emprunte ces trains vestiges d’un temps révolu.
Mon wagon restait à moitié vide. L’obligation de visa établi entre les deux pays ne facilite pas les déplacements. En 1989, le mur de Berlin tomba. Allemands de l’Est et de l’Ouest pouvaient à nouveau circuler librement. En 2004, l’Europe s’élargit et passe à vingt-cinq. Pendant plusieurs décennies les Polonais pouvaient rendre visite à leur famille habitant en Biélorussie et vice versa. Depuis, l’Europe pour laquelle la liberté est un symbole fort, a élevé de nouveaux murs et ces mêmes familles ne peuvent plus se voir car les visas sont chers et difficiles à obtenir.
Je m'installai à l'intérieur du box, composé de quatre couchettes en moleskine rouge, où j'avais ma place réservée. Dans le platzkart, les compartiments n'ont pas de séparation avec l'allée centrale car ils sont raccourcis pour permettre au couloir central d'accueillir une rangée supplémentaire de couchettes. Les personnes qui mesurent plus de un mètre soixante-quinze ont, en position étendue, les pieds qui dépassent légèrement dans l'allée. Cela donne, suivant le cas, une image plutôt amusante au couloir. Je m'installai confortablement sur ma couchette.

Le convoi ne tarda pas à s’ébranler. Rien de comparable avec les trains modernes d’Europe occidentale qui vous emmènent dans une atmosphère feutrée, avec des accélérations linéaires, sans la moindre secousse et à des vitesses vertigineuses vers votre destination. Ici, les trains sont des dinosaures en voie d’extinction qui se meuvent lourdement, avec des articulations grinçantes qui limitent leur vitesse. Au moment du départ, des secousses se transmettent de wagon à wagon. Ensuite, une fois la vitesse de croisière atteinte, le passage des roues sur les interstices non soudés des rails rythment bruyamment le voyage par des secousses. Elles bercent ou agacent selon les capacités du voyageur à trouver le sommeil car ces trains d’une autre époque offrent de la catégorie lux à platzkart des couchettes. Chacun dispose ainsi d’un emplacement réservé où il peut s’allonger. L’épaisseur de la couche est fonction de la classe choisie. Même pour un voyage de quelques heures le confort maximum est garanti, le voyageur reçoit un sachet scellé marqué à l'enseigne des chemins de fer contenant deux draps, une taie d’oreiller et une serviette propres mais également un savon, une nappe hygiénique pour les toilettes.
Ce service systématique dont bénéficient encore tous les voyageurs de l’ancienne URSS vient de l’étendue du pays. De Minsk à Vladivostok, il n’y a pas moins de onze fuseaux horaires. Le train Moscou-Vladivostok couvre plus de neuf mille kilomètres et mets deux cents heures pour arriver à destination, mieux vaut donc pouvoir voyager allongé.
Les voyages en Biélorussie m’ont toujours réservé des surprises, visa obtenu in extremis, attentes interminables et contrôles tatillons à la frontière. Allait-il en être autrement cette fois-ci ?
La provodnitsa passa une première fois pour distribuer le pack couchage. Je m'en servis comme simple coussin. D'autres voyageurs s'étaient déjà mis à l'aise et avaient dressé leur lit. Sur les tablettes, placées sous les fenêtres, des provisions faisaient leur apparition, gâteaux secs, boîtes de bière et tasses de thé. Le train roulait depuis un quart d’heure et déjà il ralentissait, puis stoppa pour un bref arrêt en gare de Naujoji Vilnia, ville de la banlieue de Vilnius.
L’hôtesse distribua aux ressortissants de l’Union européenne les classiques formulaires d’entrée et de sortie de la CEI à compléter.
L’arrêt suivant était à Kena au poste frontière ferroviaire situé à une dizaine de kilomètres de la frontière géographique. Les douaniers lituaniens, équipés de terminaux informatiques accrochés autour de la taille, firent glisser les passeports dans un lecteur pour interroger une base de données.
Au bout d’une demi-heure l’ensemble du train était vérifié et la rame se remit à rouler.
Vers quinze heures trente, le train s’arrêta au poste frontière ferroviaire de Goudagaye situé cette fois-ci à une dizaine de kilomètres à l’intérieur du territoire biélorusse. Une équipe de sept à huit douaniers montèrent dans le train. Après quelques minutes, un douanier s’approcha de moi. Spontanément, je lui tendis mon passeport et mon formulaire d’entrée-sortie. Il tamponna mon passeport et me dit :
- Meditzsinskaya strahovka !
Le douanier me réclamait une police d’assurance médicale.
Je n’en avais pas. Je lui expliquai qu’à chaque fois que je m’étais rendu en Biélorussie j’avais souscrit à l’assurance soit à la douane, soit à l’aéroport. Mais il ne voulut rien entendre et il partit en emportant mon passeport. Il revint quelques minutes plus tard accompagné de son chef qui s’exprimait et me dit :
- Vous devez retourner à Vilnius pour acheter une assurance médicale, et il me demanda de descendre du train.
Je voyais mes espoirs de rejoindre Minsk en fin d’après-midi s’évanouir, pire je devais retourner à Vilnius pour aller trouver cette assurance médicale on ne sait trop où.
Je rassemblai mes bagages en espérant jusqu'à la dernière minute que le douanier me dise de rester et qu’il s’agissait d’une plaisanterie. La situation était grotesque mais vraie. Je me retrouvai sur le quai et bientôt le train s’éloigna.

mercredi 17 septembre 2008

Kaunas - Le fort V

Après la colline Napoléon, nous rejoignîmes le fort V qui se trouve cinq kilomètres plus à l’est. Il est situé sur la rive du Niémen. Il présente une architecture dissymétrique avec une antenne fortifiée protégeant la voie d’accès au fort. Une partie du fort est aujourd’hui utilisée comme terrain de paint-ball. Il fait partie du programme initial et les constructions sont comme pour tous les forts du programme initial en briques rouges. Il a subi des transformations importantes à l’époque soviétique pour servir de dépôt logistique à l’armée.
Après la visite, nous nous rendîmes dans un immense centre commercial flambant neuf se trouvant le long de Karaliaus Mindaugo en bordure du Niémen pour y prendre un verre. Ce centre commercial avait été ouvert au mois de juin et est rapidement devenu l’endroit branché des citadins de Kaunas, où l'on se réunit pour se montrer. Patinoire, restaurants, discothèque, boutiques de luxe, parking souterrain aspirent les consommateurs et vident le centre-ville. L’explication du constat fait quelques heures plus tôt était toute trouvée.
Mon séjour en Lituanie touchait à sa fin. Le lendemain matin, je retournai à Vilnius en bus, plus rapide que le train et à peine plus cher. Vladimir m'avait expliqué qu'il n'était plus possible, et cela pour plusieurs mois, de prendre le train pour Vilnius à la gare centrale de Kaunas en raison d'un tunnel ferroviaire en travaux.

mardi 16 septembre 2008

Kaunas - La colline Napoléon

Sur le chemin de l’hôtel, j’ai fait connaissance avec Karina et Oleg, un couple d'étudiants. Nous avons sympathisé et après leur avoir exposé la raison de ma présence à Kaunas, ils me proposèrent de m’accompagner en début de soirée au fort V pour le visiter.
Kaunas me faisait penser à une ville sur le déclin. Je ne ressentais pas le dynamisme que pourrait afficher la deuxième ville du pays. Nous étions le samedi après-midi, le temps était ensoleillé et le centre-ville était désespérément vide. De nombreux commerces étaient déjà fermés et les rares passants étaient pressés de rentrer chez eux.
A dix-neuf heures, en sortant de l’hôtel, je tombai face à une limousine noire. Au volant, je reconnus Oleg, Karina était assise à sa droite. Je m’installai à l’arrière dans les fauteuils moelleux en cuir. Je fis part à Oleg de mon étonnement de voir un étudiant rouler dans une voiture d’aussi grosse cylindrée (il s’agissait d’une Mercedes 500 équipée d’un moteur V8 de plus de cinq litres de cylindrée). Il me répondit qu’il avait acheté la voiture aux Etats-Unis pour la faire livrer en Lituanie. Il avait fait transformer le véhicule pour le faire fonctionner au GPL qui coûtait deux fois moins cher que le carburant classique ! De plus en plus d’automobilistes lituaniens passent du carburant classique au GPL. Je m'interrogeai sur la raison pour laquelle on n'observait pas un phénomène identique en France. Le GPL y est aussi en moyenne deux fois moins cher. L'économie de marché ne posait visiblement aucun problème à Oleg, étudiant en école de commerce...
Oleg voulut me montrer la colline Napoléon qui se trouvait sur la route du fort V. Nous roulâmes en direction de l’est, le long des quais qui épousent les courbes du Niémen, un temps frontière naturelle entre le Royaume de Pologne et l’Empire de Russie. Sa conduite était nerveuse et les accélérations projetaient le véhicule vers l'avant. Tout cela contrastait avec les moyens de transport que j’utilisais depuis quelques jours. Il gara sa puissante limousine au pied de la colline et nous grimpâmes tous les trois au sommet. Celui-ci est plat et offre entre les arbres une belle vue sur la plaine à l’est de Kaunas. C’est à cet endroit que le Niémen fait un angle, coulant jusqu’à là du sud au nord, pour prendre ici la direction ouest vers la mer Baltique. De là, on voit le Niémen faire ses méandres, soulignant avec ses boucles bleutées la rive occidentale qui domine la rive orientale en contrebas. Le 23 juin 1812, Napoléon et son aide de camp étaient montés sur cette colline pour observer les environs. Pour ne pas se faire repérer par d’éventuels soldats russes placés sur la rive opposée, Napoléon avait revêtu une tunique polonaise. Cette position lui offrait une vue sur la plaine située de l’autre côté du Niémen en territoire russe. C’est là qu’il prit la décision de l’endroit où le général Eblé allait construire les quatre ponts qui permettraient à son armée de traverser le fleuve le 24 juin et de marquer le début de la campagne de Russie qui allait se solder par une catastrophe six mois plus tard.

lundi 15 septembre 2008

Kaunas - Le fort IX

Le lendemain, nous décidâmes de visiter le fort IX situé au nord-ouest de la ville de Kaunas. Dans la ville, Vladimir me montra de nombreux bâtiments témoignant de l’importance de cette forteresse qui compta jusqu’à 90000 hommes en 1915, l’imposant bâtiment du quartier général de la forteresse, les bâtiments de l’hôpital, les casernes et entrepôts divers. Sous l’empire, une voie ferrée spéciale longue d'une trentaine de kilomètres permettait aux trains le ravitaillement des forts en vivres et en munitions à partir des entrepôts de la ville.
Vladimir raconta que le fort IX fut construit entre 1903 et 1911 avec des techniques innovantes. Il fut ainsi le premier fort de ce type construit dans l’empire russe. Il disposait d’équipements modernes, systèmes de ventilation et de chauffage, générateurs électriques et d'une solidité accrue grâce à l’utilisation du béton armé. L’ouvrage est dissymétrique et présente six faces. Il est ceinturé par un fossé défendu par deux coffres simples et un coffre double de tête.

L’histoire de ce fort ne s’arrête pas au lendemain de la Première guerre mondiale. Durant l’entre deux guerres le fort sert de prison à la ville de Kaunas. Durant l’occupation soviétique, le NKVD investit les lieux et y interne les prisonniers politiques en partance pour les goulags de Sibérie. Puis en 1941, les Allemands prennent possession du fort. Epaulés par des miliciens lituaniens rassemblent 9000 hommes, femmes et enfants dans le ghetto juif de Kaunas. Ils sont emmenés au fort IX puis exécutés. Par la suite, plus de 5000 juifs y sont encore déportés depuis l’Europe centrale et la France.
En 1958, le fort IX est aménagé en musée en mémoire des victimes. Par la suite, les thèmes présentés sont étendus à l’histoire de la forteresse.

L’accès au fort IX est ici aisé. En s’approchant on aperçoit en premier lieu l’œuvre du sculpteur Alfonsas Ambraziunasn, un imposant mémorial en béton de plus de 30 mètres de haut dédié aux 50000 victimes. Il se trouve à quelques dizaines de mètres du fort IX. Le dessus du fort est accessible ce qui permet de visiter les tourelles d’observation escamotables pour le réglage des tirs d’artillerie.
L’entrée a été modifiée lors de la transformation du fort en prison. Hormis cette verrue, le fort a gardé son allure d’origine. La visite de l’intérieur est fort instructive. Les installations électriques, les portes blindées et autres installations de chauffage sont encore visibles. A l’intérieur des coffres, les murs des postes d’artillerie sont recouverts de liège pour atténuer la résonance des tirs de canon. Les longues galeries souterraines disposent de très peu de lumière naturelle et sont parfois en pente pour permettre le passage d’un niveau à un autre.

Nous nous quittâmes, en nous promettant d’échanger des informations sur nos recherches respectives.

samedi 13 septembre 2008

Kaunas - Le fort VI

Fort VI - Le casernement

Le lendemain matin, Vladimir vint de bonne heure à l’hôtel pour m’emmener visiter et photographier le premier fort. La veille, nous avions décidé de porter notre choix sur le fort VI situé à l’est de Kaunas. Nous traversâmes la ville encore calme à cette heure-ci de la journée et arrivés dans les faubourgs de la ville, nous nous engageâmes sur une route étroite qui nous mena au bout d’un chemin de terre. Nous abandonnâmes la voiture devant une haute grille métallique attaquée par la rouille. A pied, nous contournâmes l’obstacle et j’allai découvrir, grâce à Vladimir, les secrets de ce fort. Sa construction dura de 1883 à 1889 et fit partie du programme initial de huit forts. L’architecture repose sur la technique classique des forts russes de cette période. Les constructions en briques rouges sont complétées sur le dessus par des couches de terre de plusieurs mètres d’épaisseur. L’ouvrage est symétrique et présente six faces. Il est ceinturé par un fossé défendu par deux coffres simples et un coffre double de tête. Les coffres sont reliés entre eux par des galeries distribuant vers l’intérieur du fort. L’arrière du fort est inversé pour n’offrir aucune prise aux tirs ennemis et l’entrée se trouve au milieu des deux faces arrière. Un pont-levis et une casemate double protègent cet unique accès (le deuxième accès étant neutralisé en période de crise) ainsi que le fossé dans ses parties arrière. Après le tunnel d’entrée, on débouche sur un espace central à ciel ouvert donnant sur le casernement. Les vastes chambres destinées aux troupes sont disposées en deux lignes symétriques d’une dizaine de chambres chacune. Elles donnent accès directement à l’espace extérieur mais communiquent également entre elles. Il est ainsi possible de rejoindre à partir de chaque chambre la galerie centrale. Celle-ci distribue en son milieu à gauche et à droite vers une cour au bout de laquelle se trouvent une poudrière, les abris des canons ainsi que le départ des rampes d’accès aux plateformes d’artillerie disposées sur le dessus du fort. Au fond de la galerie se trouve le coffre double de tête. Une pluie fine tombait et rendait difficile notre progression sur les talus détrempés et envahis par les herbes folles. Vladimir me dit en souriant :
- C’est un temps normal ! En Lituanie, il s’arrête de pleuvoir tous les quarts d’heure !
Le dessus du fort a quelque peu perdu son aspect d’origine et laisse davantage penser par ici, à une butte boisée par des bosquets d’arbres et par là, à une colline recouverte par des hautes herbes et des broussailles. La nature a repris ses droits.
Hormis les plateformes destinées aux pièces d’artillerie chargées de produire un tir de barrage frontal, le fort remplissait sa mission de flanquement en direction des forts voisins grâce à quatre casemates équipées de canons et situées sur chacune des faces avant. C’est à la lumière d’une lampe torche que nous progressâmes à l’intérieur des ouvrages. Les galeries, les poudrières et les abris à canons sont humides et sombres. Le sol est recouvert de nombreux débris mais la structure de l’ouvrage résiste très bien à l’usure du temps. Je photographiai sur les voûtes des dessins et décorations réalisés par les soldats allemands ou russes, rares traces visibles d'une présence humaine. Après plusieurs heures passées à explorer le fort VI, nous reprîmes la route du centre-ville.
Nous nous sommes garés à proximité de l’église catholique de l’Archange Saint-Michel. Cette église au départ orthodoxe avait été érigée sous l’empire russe pour les besoins de la garnison. Nous déjeunâmes dans un restaurant situé dans une rue adjacente pour déguster des galettes de pommes de terre accompagnées d’une excellente sauce aux champignons qui me firent penser aux draniki biélorusses.
Après la pause déjeuner, nous rejoignîmes notre véhicule pour nous diriger vers un ouvrage secondaire construit peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale et chargé de renforcer le système de défense principal. Il s'agissait d'une imposante casemate de béton longue d’une trentaine de mètres et destinée à accueillir une compagnie entière et quelques pièces d'artillerie. La technique utilisée pour cet ouvrage tenait compte des dernières évolutions en matière d’artillerie. Les plafonds sont protégés pas une double rangée de poutrelles d’acier juxtaposées qui renforcent l’imposante épaisseur de béton.

samedi 6 septembre 2008

La forteresse de Kaunas



J’avais réservé à l’hôtel Kauno Arkivyskupijos situé au cœur même de la vieille ville. Je descendis du trolleybus à Kauno Pilis. A pied et harnaché de tout mon barda je me dirigeai vers le château de la ville datant du XVIe siècle, pour le longer et je débouchai sur la place Rotušės où je devais me rendre. Je scrutai les bâtiments pour localiser l’hôtel. Je ne l’aperçus pas tout de suite car il s’agissait d’une bâtisse un peu inattendue. Coincé entre une église et un porche qui donne accès à une belle cour intérieure, l’hôtel se trouve être un bâtiment appartenant au diocèse de Kaunas. Après avoir trouvé la discrète porte d'entrée, je sonnai et la réceptionniste vint m'ouvrir. La chambre est propre, fraîchement rénovée et d'une sobriété toute religieuse digne d’un monastère. La réceptionniste qui fait également office d’administrateur est une étudiante en biologie qui partage son temps entre la faculté et son travail à l’hôtel. La personne est agréable et son décolleté tranche merveilleusement avec les lieux un peu austères. Elle me parla de Kaunas, de ses études, de ses ambitions…
Le soir, j’avais rendez-vous avec Vladimir Orlov, directeur du Karo Paveldo Centras. Il dirige un organisme chargé de faire des propositions pour une mise en valeur des vestiges militaires. Nous avons dîné au Medšiotoju Ušeiga, un restaurant situé sur la place Rotušės et spécialisé dans les plats de gibier et la cuisine lituanienne. Les bières locales sont excellentes et la cuisine riche et savoureuse. Ce soir-là, je goûtai à une karbonadas, escalope de porc panée et frite accompagnée d’une sauce aux champignons et des cepelinai, boulettes de pomme de terre en forme de zeppelin, d'où leur nom. Vladimir me fit, nombreux document à l’appui, un brillant topo sur la forteresse de Kaunas. Son origine, son évolution, son système de défense, les infrastructures, les techniques utilisées pour la construction et le contexte historique furent abordés.
La ville de Kaunas est ceinturée de neuf forts qui constituaient l’essentiel du système de défense de la forteresse impériale russe. Sa construction débute en 1882 et se poursuit jusqu’en 1915, année où l’armée allemande fait tomber un à un les forts pour finalement prendre toute la ville. Le système de défense est inspiré des techniques mises au point par Vauban. L’histoire des forts ne s’arrête cependant pas là. Les Allemands font des travaux mineurs de renforcement jusqu'en 1918. Après la Première Guerre mondiale, la Lituanie gagne son indépendance et la forteresse abrite des éléments de la nouvelle armée lituanienne. Sa reconstruction n’est néanmoins plus à l’ordre du jour en raison du coût jugé trop important et des nouvelles techniques militaires réduisant considérablement l’intérêt de tels ouvrages.
En 1938, le pacte Molotov-Ribbentrop jette la Lituanie dans la sphère d'influence soviétique. C’est alors tout naturellement que l’armée rouge investit les lieux en juin 1940 et transforme certains forts en prison pour y interroger et interner les prisonniers politiques. Un an plus tard, l’Allemagne rompt le pacte et l’armée allemande reprend possession de la forteresse. Les nazis convertissent certains forts en camp de concentration, près de 50.000 personnes sont exterminées, en grande partie des juifs issus du ghetto de Kaunas ou originaires de différents pays d’Europe centrale.

jeudi 4 septembre 2008

En route vers Kaunas



Pour me rendre à Kaunas, j’empruntai un train régional. Les trains régionaux sont lents et effectuent de nombreux arrêts pour desservir par-ci par-là, une gare symbolique située en rase campagne et éloignée de tout village. Pour parcourir la centaine de kilomètres séparant Vilnius de Kaunas, il ne faut pas loin de 2 heures. Par la fenêtre, j'observai, en pensant à ma prochaine étape, les paysages plats de Lituanie. La nature était belle avec des verts profonds et des ciels bas étirant des nuages cotonneux.
Le train entra en gare de Kaunas, je descendis du wagon et surpris je constatai que l’unique voie ferrée se trouvait à flanc d’une colline verdoyante. L'endroit ressemble davantage à la gare d’un village plutôt qu'à celle d'une agglomération de 400.000 habitants. Une femme portant l’uniforme des chemins de fer lituaniens marchait un peu plus loin en direction du seul bâtiment visible des quais, un bungalow préfabriqué faisant office de local administratif. Je la rejoignis pour recevoir des explications. Malheureusement, elle ne s'exprimait qu'en lituanien. Afin de pouvoir m'orienter, je lui demandai de m’accompagner vers un large panneau sur lequel était placardé un plan de la ville. Deux compères, l’un taillé comme une armoire à glace, l’autre de corpulence plus modeste se sont joints à notre conversation car ils parlaient tant bien que mal l’anglais. J'étais non pas à la gare de Kaunas mais à celle de Kaunas1 située à l’est de la ville à l’opposé du lieu où je devais me rendre. Pour rejoindre le centre-ville, il me fallait rejoindre l’arrêt de bus situé à une centaine de mètres en contrebas, puis emprunter le trolleybus de la ligne 5. Je pris congé et me dirigeai vers l’arrêt de bus pour me joindre à un petit groupe de 3 ou 4 personnes en attente. Aucune des personnes ne parlait l’anglais et ne pouvait de ce fait me confirmer la direction que je voulais emprunter. Une pluie fine s’était mise à tomber. Rien d’inattendu puisque Lituanie signifie « le pays de la pluie ». Un trolleybus apparut au loin et s'arrêta près de moi. Ce n’était pas la ligne 5. Les voyageurs disparurent avalés pas le trolleybus et je me retrouvai seul à l’arrêt. Une voiture blanche s’arrêta à son tour au niveau de l'arrêt et je reconnus à l’intérieur du véhicule les deux compères vus précédemment à la gare. Ils me firent signe de monter. Content de cette opportunité, je ne me fis pas prier et je pris place à l’arrière du véhicule avec mes bagages et le véhicule démarra. Ils proposèrent de m’emmener au centre-ville. Le véhicule s’engouffra vers une station-service et s'arrêta non loin des pompes. Le conducteur saisit son téléphone pour passer un coup de fil. Sa conversation resta un mystère mais j'étais convaincu qu'il parla de moi. Le temps s’écoulait, je ne comprenais plus rien aux intentions des deux compères car les réponses à mes questions étaient confuses. Perplexe, je décidai de quitter le véhicule. Je les remerciai et sorti du véhicule, non sans qu’ils m’aient fait part de leurs protestations. Je retournai à pied vers l’arrêt de bus. La voiture blanche revint dans ma direction, stoppa à quelques dizaines de mètres de moi. A distance, on s’observait. Un bus s’arrêta, l’unique personne présente à l’arrêt monta. Je me retrouvai à nouveau seul et la voiture avança doucement pour s’arrêter à ma hauteur. Je commençai à trouver cette attention bien étrange. Ils insistèrent pour me faire monter argumentant que l’arrêt de bus où j’attendais n’était pas le bon. Prenant en compte cette information, je les saluai une nouvelle fois et je traversai la route pour rejoindre l’arrêt de bus 50 mètres plus loin. La voiture démarra et disparu. La pluie se transforma en violente averse. La seule possibilité, si je voulais rester à proximité de l’arrêt de bus était de m’abriter sous l’auvent d’un fabricant de meubles. Une fois à l'abri, j’interpellai les employés pour leur demander vers quel côté il fallait se diriger pour se rendre au centre-ville. Quelle ne fut ma surprise de constater qu’aucune des personnes ne pouvait me répondre. Quel contraste avec Prague, où toutes les personnes rencontrées parlaient une, voire plusieurs langues étrangères. De plus, la seule personne qui parlait l'anglais était incapable de me dire de quel côté se trouvait la ville !
La pluie se fit moins violente et je rejoignis à nouveau l’arrêt de bus bien décidé à quitter au plus vite ce lieu curieux où les résidents eux-mêmes ne savent pas comment le situer. La voiture blanche de tout à l’heure réapparut et se rapprocha de moi à vitesse réduite, mais le bus finit par arriver. Soulagé, je montai à bord. Ces individus étaient-ils de bonne foi ou en voulaient-ils à mon matériel et mon argent ? Le doute persistait.
Une heure plus tard, je me trouvai dans le centre-ville. Il me restait à trouver l’hôtel.


voir les photos :
http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/kaunas/

mercredi 3 septembre 2008

Vilnius


Tard dans la soirée, l’avion qui m’amenait de Prague à Vilnius atterrit à l’aéroport international. Pendant que celui-ci effectuait sa descente, je pus apercevoir par le hublot les larges étendues planes de Lituanie parsemées de nombreux plans d’eau que le soleil couchant faisait scintiller. Il s’agissait probablement de bassins piscicoles ou d’étangs. Vilnius est encore loin du cercle arctique mais la luminosité et l’allongement des journées sont nettement perceptibles par rapport à la France.
Un taxi m’amena à mon hôtel situé à quelques centaines de mètres de la gare, sur un ancien site industriel soviétique se transformant le soir venu en un lieu de rencontre pour les jeunes de la ville. L’hôtel est neuf, très bien tenu et doté d'équipements modernes. Une installation wifi est disponible gratuitement. La Lituanie a fait de gros efforts pour égaler, voir dépasser le standard hôtelier des villes d’Europe de l’ouest. Elle n’a rien à envier à une ville comme Rome qui dispose encore d’une infrastructure hôtelière obsolète et très chère.
De bonne heure le lendemain, j’entrepris l’exploration du centre historique de la ville. Cette partie, située entre la rivière Néris au nord et la gare au sud, concentre un riche patrimoine architectural et historique.
Je déambulai le long de Gedimino Propektas, une avenue presque haussmannienne bordée de beaux immeubles cossus. Celle ci débouche à la place de la Cathédrale. L’imposant édifice est d’un blanc immaculé, son origine remonte au XIIIe siècle mais il a subi de nombreuses transformations pour arriver à l’apparence actuelle. Un beffroi d'une blancheur parfaite et séparé du bâtiment de la cathédrale complète l’ensemble. Après la place, j'arrivai au parc situé au pied du mont Gediminas. Les serpentements des allées ombragées incitent à la flânerie, la ville semble déjà loin.
Après avoir visité le quartier d’Uzipis, le Petit Montmartre, je traversai le pont enjambant la Vilnia pour revenir sur mes pas en direction de la vieille ville. Cette fois-ci, la balustrade en fer forgé du pont que j'avais ignoré lors de mon premier passage, attira mon attention. Des dizaines de cadenas sont verrouillés sur les colliers décoratifs. Je m’assis sur le banc face à l’ouvrage pour contempler cet enchevêtrement original d’anneaux métalliques. Au moment où je levai mon Nikon pour prendre une photo, j’entendis une voix féminine dire en anglais « Ce sont les couples qui au moment de leurs noces fixent un cadenas sur la balustrade pour sceller leur union. C’est une mode qui nous vient de St-Petersburg !» Je tournai la tête vers la voix et je vis une jeune femme à la chevelure brune et aux yeux noirs et brillants. Elle s’appelle Alissa et elle est ballerine à l’opéra de Vilnius. Le théâtre étant fermé depuis quelques jours pour la pause d’été, elle aime profiter de son temps libre pour se promener en ville. Nous avons sympathisé et je lui ai demandé si elle avait un peu de temps à me consacrer pour me faire découvrir quelques endroits de la ville. Elle acquiesça et m'entraîna vers la rue Maironio. Nous passâmes à côté de l'église Sainte-Anne, de style gothique, étonnante sous sa parure intégrale en brique rouge mais malheureusement en travaux. Nous traversâmes le parc pour arriver non loin de l’entrée de la cathédrale. Elle me montra une plaque métallique scellée dans le sol, le Stebuklas qui signifie miracle en lituanien. Elle m’expliqua qu’il fallait monter sur la plaque et tourner en rond tout en pensant à son voeu. Pour en faire la démonstration, elle se plaça au milieu de la plaque puis pirouetta avec une grâce toute naturelle et formula son vœu secret.
Elle m’emmena ensuite vers le square Rotušės pour me montrer une autre plaque métallique scellée cette fois dans le mur de ce qui pouvait être l’hôtel de ville. Une citation de G.W. Bush annonce : « Quiconque deviendra ennemi de la Lituanie deviendra ennemi des Etats-Unis d’Amérique ». Message rassurant pour cette jeune démocratie et prenant tout son sens pour un petit pays de moins de 4 millions d’habitants qui a souffert d’une soviétisation violente, avec la déportation en Sibérie d’un habitant sur 10 dans les années qui suivirent la Deuxième Guerre mondiale
En fin d’après-midi, je quittai Alissa près de la gare pour prendre le train pour Kaunas.