Grodno - Premier contact



De Lida, le train m’emmena à Grodno, ville de 320.000 habitants située à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière polonaise. Une importante minorité polonaise y vit. Dans la voblast de Grodno, elle représente près du quart de la population. La ville s’étale sur un plateau surplombant le Niémen, à une position stratégique qui la ballotta successivement d’un état à un autre. Rien qu'au siècle dernier, elle était au début attachée à l’Empire russe, puis elle fût conquise par l’Empire allemand lors de la Première Guerre mondiale, cédée par la Russie bolchévique à l’Allemagne en 1918, proclamée capitale du premier état biélorusse indépendant, intégrée à l’état polonais, incorporée à l’Union soviétique et depuis 1993 à la République de Biélorussie.
A mon arrivée, je ne suis pas tombé immédiatement sous le charme de la ville. L’intérieur du bâtiment de la gare a une atmosphère froide, peu de lumière naturelle y pénètre, la décoration est faite de motifs géométriques aux couleurs flashy et donne une ambiance vieillotte très seventies. En sortant du hall, on tombe face à une grande place faisant usage de parking. Des kiosques, où il est possible de se restaurer, sont alignés sur les trottoirs. Les immeubles face à la gare ont des façades mornes et tristes accentuant la grisaille du temps. Le reste de la ville était-il à l’image du quartier de la gare ? Je devais me soucier de l’hébergement et je repoussai le questionnement au sujet de la ville à plus tard. En bus, je me rendis à l’appartement que j’avais loué à l’opposé de la ville, dans un quartier populaire habillé d’immeubles de logements collectifs d’une dizaine d’étages.
Le lendemain, je voulus en savoir davantage concernant la forteresse. Selon les informations en ma possession à ce moment, Grodno est une ancienne forteresse impériale russe. J’avais décidé de venir ici suite à une conversation durant laquelle, Vladimir m’avait proposé de me mettre en relation avec son homologue biélorusse, historien de la forteresse. Depuis mon arrivée en Biélorussie, je guettai l’arrivée d’un courrier électronique me précisant les modalités de mon rendez-vous. Le courrier n’arrivant pas, la meilleure chose à faire était de trouver par mes propres moyens le spécialiste en me rendant à la bibliothèque de la ville.
Cette dernière occupe le nouveau château construit au XVIIIe siècle, autrefois palais du roi de Pologne. Celui-ci a été construit au sommet de la colline, vis-à-vis de l’ancien château. L’endroit offre une très belle vue sur le Niémen et la rive opposée en contre-bas. Grodno se présentait à moi sous une perspective nouvelle et révélait un potentiel qui ne demandait qu’à être découvert. Je décidai de prolonger mon séjour pour mieux la cerner. L’accueil à la bibliothèque était chaleureux. En passant par une inscription, je pouvais bénéficier des services de la bibliothèque. J’appris ainsi que l’historien que je souhaitais rencontrer était parti en vacances et ne serait pas de retour avant plusieurs semaines. Les renseignements les plus intéressants concernaient la forteresse, souvent confondue par les habitants de Grodno avec le château, dont certaines parties datent du XIIIe siècle. La conception de la forteresse impériale est plus moderne que celle de Kaunas puisqu'il était prévu de remplacer les ouvrages provisoires, construits à partir de 1887, par un ensemble de treize forts, vingt-trois ouvrages secondaires, un fossé, un aérodrome. Le tsar Nicolas II lança le projet en 1912. Il fut contrarié par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Seuls quatorze ouvrages furent commencés et aucun terminé au déclenchement des hostilités. Mon intérêt pour les forts devint moindre d’autant que leurs positions n’apparaissaient pas sur les cartes consultées de la ville et ne sont pas davantage connues du grand public. Je partis vers la vieille ville.

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