mardi 11 novembre 2014

Voyages d'Andersen : Berlin




Après avoir poussé jusqu’en Bavière, Andersen sur le chemin du retour s’arrête à Berlin.
Au contraire des autres villes visitées, la capitale de la Prusse, ne séduit guère Andersen, jugez-en plutôt : « Des rues tirées au cordeau, des palais à l’infini. On est fatigué de tant marcher, de tant de choses à voir. » Pas plus il n’apprécie l’humour berlinois : « On trouve ici le vrai Witz berlinois, et il vaut son pesant d’or, vous pouvez m’en croire surtout s’il fallait l’acheminer par la "schnellpost", il serait tellement lourd qu’il coûterait trop cher, hé oui ! hélas !
Je n’y puis rien mais la vérité est que Berlin, ne m’a pas plu du tout ! »
Ses rencontres lui font un peu oublier ses déceptions. Il fréquente Adelbert von Chamisso, né Louis Charles Adélaïde de Chamissot de Boncourt, ayant fui avec sa famille la Révolution pour s’installer à Berlin comme beaucoup de nobles français, et devenu successivement page d’une reine, officier dans l’armée prussienne, puis poète et écrivain à succès de langue allemande et même botaniste. Andersen se régale de la profusion de représentations théâtrales, visite le musée, où il est choqué par le triptyque de Jérôme Bosch et particulièrement le panneau central où « le jour du jugement était représenté par des images si affreuses et si repoussantes que leur laideur m’ôte toute envie de les décrire ici. »
En quittant la capitale, il remonte "Unter den Linden", la célèbre avenue plantée de quatre rangées de tilleuls, arrive à la "Pariser Platz" et la porte de Brandebourg. Il jette un dernier coup d’œil sur le quadrige coiffant le monument néoclassique inspiré de l’Acropole d’Athènes :
« Je lançai un adieu à la déesse de la victoire qui, avec ses fringants chevaux d’airain, en a vu d’autres que moi. Au temps de sa prime jeunesse, on l’avait placée comme si elle devait conduire son attelage hors de Berlin. Mais comme elle avait vraiment pris la chose au sérieux et qu’elle était même partie jusqu’à Paris, on est allé la rechercher pour l’installer le visage tourné vers la ville. Il est certainement préférable, en effet, que la victoire entre en ville plutôt qu’elle ne sorte. »
Pour ma part et même si je regrette l'absence d'édifices médiévaux, je ne suis pas insensible aux charmes de la capitale, et à l’aube du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin, je vous souhaite une très belle journée.


Extraits de « Voyages » de H.C. Andersen, éditions Riveneuve, traduit par Michel Forget

lundi 27 octobre 2014

Voyages d'Andersen : Dresde



Après Hambourg et Meissen, Andersen arrive à « Dresde, la Florence allemande, avec ses coupoles et ses grands clochers », par la Neustadt et traverse le pont Auguste qu’il écrit bien connaitre par ses gravures. « Ce fut comme si je m’étais déjà trouvé ici, en rêve, auparavant. Il y avait de la vie et du mouvement sur le fleuve, mais plus encore sur le pont. Voitures et cavaliers circulaient au centre, à toute allure tandis que, sur les côtés, se pressait une foule bigarrée de piétons et de promeneurs ». Il réserve sa première visite au peintre norvégien Johan Christian Dahl, l’ami de Caspar David Friederich établit lui aussi à Dresde, dont la merveilleuse restitution dans ses paysages des ambiances brumeuses, des lumières irradiantes de fin d’après-midi et des ciels tourmentés m’émeut toujours. Avant de rencontrer, le soir même, Ludwig Tieck, le maître de la poésie romantique, il visite l’église catholique qui apparait sur la photo dans le prolongement du pont Auguste. Antoine Ier, roi de Saxe, participe à l’office. Le chant du chœur déferle sur Andersen qui ressent un étrange sentiment à l’écoute des castrats alors que l’orgue Silbermann, l’un des plus beaux d’Allemagne, reste étonnamment silencieux dans le récit de voyage.


Extraits de « Voyages » de H.C. Andersen, éditions Riveneuve, traduit par Michel Forget

dimanche 26 octobre 2014

Voyages d'Andersen : Hambourg


Au printemps 1831, Hans Christian Andersen arrive à Hambourg. Il écrit : « J’éprouvai vraiment un profond respect pour cette vieille ville, qui a conservé ses rues étroites et son fourmillement humain. […] La « Jungferstieg » grouille de promeneurs ; elle est, sur toute sa longueur, bordée d’hôtels dont les portes sont agrémentées de garçons de café, de garçons de café en chef et de chefs de garçons de café en chef. […] Ici, ainsi qu’autour du pavillon dit « de l’Alster » sont assis des groupes de gens qui avalent journaux et chocolats. Berlin ne possède aucune rue semblable à celle-ci. A leur « Unter den Linden » il manque d’avoir une vue sur l’eau or celle-ci est et sera toujours une condition sine qua non de la beauté d’une ville. »
Onze ans plus tard, un gigantesque incendie détruit en partie le Hambourg évoqué par Andersen. En 1943, un terrible bombardement au napalm détruit la ville et laisse 40 000 morts. De nos jours, les canaux et l’Alster sont toujours là, les rues étroites ont disparu. Dommage. Andersen a-t-il vu le long de ce canal ces quelques maisons rescapées ?

samedi 25 octobre 2014

Voyages d'Andersen : Lübeck




« Ici, parmi ces maisons aux pignons pointus, ces ruelles étroites et le souvenir des temps anciens qui jette sur toutes choses un voile d’histoire, on se croit transporté des siècles en arrière. » Ces mots, c’est Hans Christian Andersen qui les a écrits en 1831. Ils sont extraits de  Voyages  de H.C. Andersen, éditions Riveneuve, traduit par Michel Forget.


samedi 20 septembre 2014

La fin d’un cauchemar ?

- photo: Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine -



Depuis plusieurs mois, les mauvaises nouvelles se succèdent en Ukraine. Tôt ce matin, Leonid Kuchma, l’ancien président ukrainien (1994-2005) a annoncé que les participants aux discussions de Minsk sont tombés d’accord pour  la création d’une zone tampon d’au moins trente kilomètres autour de la zone de conflit. L’OSCE pourrait ainsi déployer des observateurs ces prochains jours. Le mémorandum suggérerait également que toute force étrangère devra quitter la zone de conflit. Il s’agit probablement d’une étape importante vers la paix et la résolution à l’amiable des différends.

jeudi 18 septembre 2014

Les troupes russes à Kiev, Riga, Vilnius, Tallinn, Varsovie et Buccarest ?

Selon la Süddeutsche Zeitung, le président russe Vladimir Poutine aurait dit au président ukrainien Petro Porochenko que s'il le voulait, les troupes russes pourraient être en deux jours, non seulement à Kiev mais aussi à Riga, Vilnius, Tallinn, Varsovie et Bucarest.




http://www.sueddeutsche.de/politik/berichte-des-ukrainischen-praesidenten-putin-soll-europa-massiv-gedroht-haben-1.2134168#

Point de vue - Mikhaïl Gorbatchev: "L’OTAN veut que tout le monde lui obéisse"

Dans une interview donnée à la Radio Télévision Suisse, Mikhaïl Gorbatchev critique très sévèrement l'OTAN et l'Union européenne.



http://www.rts.ch/info/monde/6151163-mikhail-gorbatchev-l-otan-veut-que-tout-le-monde-lui-obeisse.html

dimanche 7 septembre 2014

En Ukraine, on creuse des tranchées comme en 14


Peu de monde semble croire à un cessez-le-feu durable. A Zaporizhzhya, dans l’est de l’Ukraine, des centaines de civils se préparent au pire et creusent des tranchées pour tenter de contenir l’avancée des pro-russes.

vendredi 5 septembre 2014

Sommet de l'OTAN : citation du jour


"La politique n’est rien d’autre que l’art de la réalité, constatait en son temps le Général. Déconnectés des réalités les plus flagrantes quitte à voir des centaines de chars russes gagner le Donbass – demain ce seront des sous-marins survolant Kiev ! – les dirigeants occidentaux n’ont plus du tout le sens des alliances pragmatiques." La Voix de la Russie 5/9/2014

mardi 2 septembre 2014

« Si je veux, je prendrai Kiev en deux semaines. »

- Par Rémy Brauneisen -
photo Kay Nietfeld/AFP

Telle est la mise en garde faite par Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, à Manuel Barosso, le président de la Commission européenne, pas plus tard qu’hier.

Les événements d’Ukraine ressemblent étrangement à ceux qui précèdent la Deuxième Guerre mondiale.
Comme l’on craint Vladimir Poutine aujourd’hui, l’on a peur d’Adolphe Hitler à l’époque. En 1938, on concède au Führer l’annexion de l’Autriche et celle des Sudètes un peu plus tard la même année. Hitler regroupe ainsi les populations germaniques comme le fait Vladimir Poutine avec les populations russophones en Abkhazie et en Ossétie du Sud en 2008, en Crimée au début de cette année, et  c’est aussi ce qui se passe actuellement dans le Donbass.
Dans les deux années qui précédent le conflit 39-45, le Français Édouard Daladier et le Britannique Neville Chamberlain se fient aux promesses de Hitler. Et voilà que Hitler déclare le 12 septembre 1938 : « La condition des Allemands des Sudètes est indescriptible. On cherche à les annihiler. Ces êtres humains sont oppressés et traités d’une façon intolérable […] Il est temps que cesse cette privation de leurs droits. […] J’ai affirmé que le Reich ne tolèrera pas davantage l’oppression de ces trois millions et demi d’Allemands, et j’incite les dirigeants des autres nations à croire que ce ne sont pas là de simples paroles ». Si vous remplacez dans l’extrait du discours de Hitler « Allemands des Sudètes » par « Russes du Donbass », vous y verrez Vladimir Poutine.
En 1939, Hitler envahit la moitié de la Tchécoslovaquie et s’empare de Memel en Lituanie. Hitler s’en prend ensuite au couloir de Dantzig. La prise de cette bande de terrain lui permet de relier l’Allemagne à la Prusse orientale. C’est ce qui semble se profiler sur le troisième front ouvert la semaine passée par les séparatistes guidés par Moscou. La ville côtière de Novoasovsk située sur le bord de la mer d’Azov a été prise par les blindés russes. Marioupol pourrait être la prochaine ville à tomber, et le couloir qui relie la Russie à la Crimée se dessinerait alors de façon beaucoup plus évidente, s’il n’allait pas même jusqu’en Transnistrie dans une deuxième étape. En 1939, Hitler répète qu’il ne souhaite pas avaler la Pologne. C’est justement l’invasion de ce pays qui déclenche la Deuxième Guerre mondiale. En 2014, le Kremlin dit que l’Ukraine ne l’intéresse pas, et pourtant...
Reste l’idéologie chère à Hitler, et dont les analystes ne trouvent guère de signes chez Poutine. Pourtant l’expansionnisme est bien au rendez-vous. Hitler rêve d’un Reich de mille ans, Poutine rêve de voir son empire reprendre les limites de l’Union soviétique, et la Nouvelle Russie n’est qu’une première étape.  La haine que les nazis éprouvent pour les Juifs existe malheureusement aussi pour les Russes et les Ukrainiens. Vladimir Fedorowski, né d’un père ukrainien et d’une mère russe, disait récemment sur France Inter que « dans l'ouest du pays, les Ukrainiens vomissent les Russes. » L’histoire n’est pas étrangère à cela. Les crimes de masse et holodomor, l'extermination par la faim, restent encore présents dans la mémoire collective ukrainienne. Ces derniers jours, Alexandre Douguine, un théoricien politique russe, appelait sur sa page VK, le Facebook russe, « au génocide de cette race ukrainienne de bâtards ». Si les propos prononcés par Poutine après l’invasion sont rassurants, il ne faut pas se méprendre quand il dit que « Russes et Ukrainiens sont un même peuple, liés comme le sont des frères et des sœurs». Les revirements auxquels nous a habitués le président russe doivent nous rendre méfiants.

Les Européens écoutent aussi les paroles apaisantes de Poutine, ou plutôt se laissent endormir après chacun de ses coups de boutoir donné en Ukraine : Il n’y a pas de troupes russes en Crimée. Quelle belle comédie ! La Russie ne livre pas d’armes aux séparatistes du Donbass. Une belle feinte ! La Russie n’a pas de troupes en Ukraine. Oh, le vilain mensonge !
L’Union européenne, elle, déçoit, et sa passivité mine le peu de crédibilité qui lui reste si elle n’est pas clairement ridiculisée. Elle a toujours un temps de retard par rapport aux coups de force du Kremlin. Poutine utilise justement ce retard à l’allumage pour agir. Il gobe la Crimée, et en réponse l’Union européenne programme une réunion car il n’y a aucune autorité physique pour parler et décider au nom de l’Union. C’est cette faiblesse là que Poutine utilise. L’Union décide laborieusement de sanctionnettes qui amusent même les Russes. Entre temps la pression retombe et l’on se dit : Poutine a compris le message et même s’il ne va pas reculer il n’ira pas plus loin. Puis, un avion de ligne est abattu, probablement par ses protégés. Les sanctions sont maintenant plus sérieuses, mais les victimes, elles, tombent dans l’oubli chassées par le flot de nouvelles toujours plus terrifiantes. La Russie, en retour, annonce ses contre-sanctions.
Pour le polyvirat européen, la solution n’est pas militaire. C’est très bien de le croire, mais qu’est-ce qui dissuadera Poutine de pousser ses prétentions encore plus loin ? Les sanctions économiques sont peut-être efficaces mais uniquement dans le long terme, et encore, je ne me rappelle pas avoir vu un dictateur reculer pour si peu.
Depuis la plus lointaine genèse de cette affaire, les dirigeants européens se sont montrés fort médiocres. Ils ont laissé s’installer l’hégémonie énergétique russe. En quelque sorte nous avons-nous même fabriqué, avec nos euros, le monstre qui s’apprête maintenant à dévorer ses voisins. Pourtant tout le monde sait que Poutine est un autocrate, un dictateur qui se cache sous de faux airs de démocrate. Les valeurs de l’Union européenne ne sont pas les siennes. Les dirigeants européens ont aussi fait les choses à l’envers avec la Russie. Les discussions avec la Russie, que l’on essaye très tardivement de pousser maintenant sur la table des négociations, auraient dû être menées voilà des années entre l’Ukraine, la Russie et l’Union européenne, et en tout cas avant que nous devenions si dépendants du gaz russe. Encore une fois, seuls les aspects économiques ont été pris en compte et les intérêts politiques ignorés car le business de l’Europe ce n'est pas la politique étrangère et encore moins les affaires militaires.
Une différence avec 1938 et 1939, c’est que le camp occidental ne possède pour l’heure aucun Chamberlain ou Churchill, et dans cette cacophonie européenne des 28 chefs d’État, des présidents de la Commission européenne et du Parlement européen, les décisions ne sont que plus difficiles à prendre.
En remettant d’une semaine de possibles nouvelles sanctions, l’Europe, une fois de plus, montre sa faiblesse à Poutine. Pire, elle semble se donner du temps en attendant d’en discuter avec le président Obama lors du prochain sommet de l’OTAN alors que le temps presse. L’Europe a bien du mal à tenir un discours ferme face à Poutine et montre que l’une des plus fortes puissances économiques au monde compte plus que jamais sur les États-Unis pour la sécurité du monde et sa propre sécurité alors que le président Obama, lui, ne souhaite plus montrer autant de détermination à garantir l’ordre mondial. À chaque nouvelle poussée de fièvre en Ukraine, le président américain confirme son soutien à l’Ukraine mais ne peut s’empêcher de rajouter qu’il exclue toute opération militaire. Est-il obligé de la dire ?

La présidente lituanienne Dalia Grybauskaite, dont le pays s’inquiète de l'agressivité russe et craint pour ses propres frontières, dit que l’Union européenne devrait fournir du matériel militaire à Kiev. Au sommet des chefs d’État européens du 30 août 2014, elle s’est exprimée ainsi :
« La Russie est en guerre avec l’Ukraine et contre un pays qui veut faire partie de l’Europe. La Russie est pratiquement dans un état de guerre contre l’Europe ».

Angela Merkel, la chancelière allemande, est opposée à ce que l’Ouest fournisse des armes à l’Ukraine car dit-elle, à ce même sommet :
« Nous ne devrions pas donner l’impression qu’en envoyant des armes et en renforçant l’armée ukrainienne nous pourrions apporter une solution. »

Pendant ce temops Vladimir Poutine sert la terreur à des étudiants russes : « Il vaut mieux ne pas jouer avec nous… La Russie est l’une des principales puissances nucléaires ».

Ces propos sont aussi un aveu de faiblesse de la part de Vladimir Poutine qui est par ailleurs mis en évidence par certaines voix dissonantes russes. Ainsi Gary Kasparov, le champion d’échec et opposant au président russe dit :
« Poutine est en Ukraine car il a besoin de la guerre et de la propagande pour rassembler chez lui, pour distraire d’une économie en mauvaise situation et d’une société civile moribonde ».

Nous allons donc clairement vers de nouvelles sanctions économiques. Le problème c’est que la maison Ukraine est en feu et que les pompiers européens en sont seulement à réfléchir à la marque et à la couleur du camion qu’ils achèteraient pour éteindre l’incendie. Les sanctions n’ont qu’un effet à long terme, et même si elles entrainent une hausse des prix en Russie, ou une baisse significative de la croissance, elles ne provoqueront pas un effondrement de l’économie russe que personne ne souhaite par ailleurs. Il y a d’autres moyens plus rapides et qui auraient davantage d’impact sur le président Poutine. Exclure la Russie à la fois du G20, du système de paiement international SWIFT –l’idée a été reprise le week-end dernier par David Camron- et retirer à la Russie le droit d’organiser la coupe du monde de football 2018 pourraient être des sanctions avec des effets à plus court terme.

Sauf à renier ses valeurs, l’Union européenne se voit maintenant acculée à faire un choix car les forces gouvernementales n’ont plus aucun espoir de l’emporter à court et à moyen terme. Chaque jour qui passe le chaos s’installe davantage en Ukraine, chaque jour des civils et des militaires meurent, et chaque jour le pays s’enfonce dans une crise économique dont il aura beaucoup de peine à s’extraire. L’Union européenne s’est réjouie du rapprochement de l’Ukraine, elle a vivement encouragé ce long processus lancé voilà des années pour arriver à ce partenariat économique qui devrait être ratifié ces prochains jours. À défaut d’avoir su anticiper, il faut maintenant en fonction du  niveau de honte que l’on est prêt à assumer, soit pousser le président Porochenko à négocier l’abandon d’au moins une partie du Donbass, soit proposer la finlandisation de l’Ukraine ou encore  livrer très rapidement des armes antichars pour les bataillons de volontaires qui se battent avec des kalachnikovs contre des blindés russes, fournir du renseignement militaire car les séparatistes bénéficient du support des images satellites russes, doter les Ukrainiens de systèmes de communication cryptée car les Russes écoutent les téléphones mobiles utilisés par les combattants ukrainiens. Il ne s’agit pas d’envoyer des troupes en Ukraine, mais de donner la possibilité aux Ukrainiens de mieux se défendre face à l’agresseur russe.
À défaut l’Union européenne sera traitée de lâcheté, d’esbroufe, tant par les Ukrainiens que les Russes, et ne pourra que se féliciter d’avoir donné des espérances à l’Ukraine pour l’abandonner ensuite pour qu’elle soit démembrée et redevienne un état vassal de la Russie. Tiens ! Du coup, je pense à la trahison de l’Ouest et aux accords de Munich de septembre 1938 qui scellent le sort de la Tchécoslovaquie.



jeudi 28 août 2014

Étonnante France...



L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe semble avoir commencé depuis hier.  Ce matin, la presse internationale est en effervescence et les leaders politiques s’agitent dans le monde entier. Chose curieuse ! En France, l’on parle surtout des 35 heures...


Il lève des fonds pour financer un bataillon de volontaires ukrainiens


Il y a quelques jours Mustang Wanted, un "roofer" ukrainien, a fait parler de lui à Moscou. Il a escaladé la tour principale d'un immeuble stalinien dominant la capitale russe avec ses 176 mètres de haut pour peindre aux couleurs du drapeau ukrainien l'étoile à cinq branches symbole du communisme.


Voici une compilation vidéo trouvée sur le net. Sujet au vertige ? Abstenez-vous !!!

https://www.youtube.com/watch?v=kpS7vhvkIQM&list=UU9EVu0niTW_GOmCc8E7mL6A

samedi 2 août 2014

Deux, trois bonnes raisons pour ne pas abandonner l’Ukraine - (2) Prolifération et terreur nucléaires

par Rémy Brauneisen

Le Kremlin est resté attaché à quelques vieux schémas soviétiques datant de la Guerre froide ce qui n’est pas étonnant en soi. En tant qu’ancien officier du KGB, Vladimir Poutine n’aurait-il pas été formaté pour penser que même si tout poussait à croire le contraire, il fallait se méfier de ses voisins occidentaux et américains en particulier. Il voit bien entendu l’Union européenne comme un partenaire économique incontournable, mais également comme un conglomérat de pays décadents et une menace du fait de la présence des États membres dans l’OTAN.
Du point de vue russe, depuis la chute de l’Union soviétique, l’OTAN se rapproche dangereusement de ses frontières, et menace directement son glacis défensif, l’Ukraine a fortiori depuis la destitution du président prorusse Yanoukovitch.
Si l’Union européenne n’a pas vocation à annexer ni ses voisins ni tout territoire ailleurs dans le monde, la Russie bien au contraire a encouragé les séparatistes de différents états d'Europe de l'Est. L’Ossétie du Sud, une région de la Géorgie, se trouve dans ce cas. À partir de 1991, des séparatistes armés revendiquent son rattachement à l’Ossétie du Nord faisant partie de la Russie, et depuis la Deuxième Guerre d’Ossétie du Sud de 2008, l’armée russe occupe la région.  L’Abkhazie, un autre territoire géorgien a subi un scénario similaire. En Transnistrie, territoire largement russophone situé dans l’est de la Moldavie, la situation de statu quo qui prévalait est mise à mal par la demande de rattachement à la Fédération de Russie de mars 2014. La Crimée, elle, est purement et simplement annexée. Les États baltes et la Pologne se sentent directement menacés par les bruits de bottes et les canonnades qui se laissent entendre chez leur voisin. L’Estonie possède aussi une forte population russophone, et le Kremlin pourrait fomenter des troubles comme en Ukraine. Le risque semble cependant moins élevé car il n’est pas certain que les russophones d’Estonie veuillent échanger leur place dans une Europe démocratique plutôt riche pour retourner sous la coupe d’un régime autocratique limitant de plus en plus les libertés individuelles. Cela dit, quelques dizaines de citoyens russes lourdement armés réussiraient à créer de l’instabilité dans les Pays baltes en traversant la frontière. Les candidats à ces jeux ne manquent pas dans le Donbass. La Pologne au contraire est inquiète du déploiement de missiles Iskander dans l’enclave de Kaliningrad. Ces missiles balistiques à charge conventionnelle ou nucléaire ont une portée maximum de 500 kilomètres et constituent donc une menace directe pour les Polonais. Ces missiles sont la réponse directe de Poutine au bouclier antimissile américano-européen déployé à ce jour qui vise à sanctuariser les États-Unis en protégeant par la même occasion l’Union européenne d’un éventuel tir de missile iranien. Si telle est la version officielle, personne n’est dupe pour autant, et le système vise également les missiles russes, ce qui, selon Moscou, remet en question l’équilibre de la terreur. Par contre, le comportement agressif de la Russie en Ukraine donne raison à l’OTAN et au Pentagone. Le 30 juillet dernier, William G. Taylor, ancien ambassadeur américain en Ukraine, s’est exprimé devant la Chambre des représentants des États-Unis, et selon lui, « la Russie est la plus grande menace à la paix en Europe ».
missile Iskander russe - photo RIA Novosti

 En Russie, le rationnel s’efface poussé par la montée du nationalisme accompagnée d'une propagande clairement anti-occidentale des médias russes, tous pilotés par le Kremlin. Face aux sanctions économiques décidées par les États-Unis, l’Union européenne, le Canada, l’Australie et le Japon, Vladimir Poutine n’a pas cédé un pouce de terrain, ce qui est loin de déplaire pour l’heure à son opinion publique, car la Russie souffre d’un complexe d’infériorité depuis la chute de l’Union soviétique. D’acteur majeur d’un monde essentiellement bipolaire la Russie est passée à un second rôle. Elle conserve certes un vaste territoire, mais a été quelque peu oubliée en terme de politique étrangère par les principaux acteurs et la voilà qui rue maintenant violemment dans les brancards, un peu comme le mauvais élève d'une classe qui fait des coups pour se faire remarquer. Économiquement, elle ne peut guère prétendre mieux que d’être un bon fournisseur énergétique. Avec son PIB sensiblement équivalent à celui de l’Italie, la Russie est en effet encadrée par des mégapuissances, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne. Le bon sens aurait voulu qu'elle se rapproche de l'Union européenne pour arriver à terme à construire la vision de Charles de Gaule qui parlait d'une Europe de l'Atlantique à l'Oural.
De fait, la Russie n’existe sur la scène internationale ni par la grandeur de son pays et sa riche culture, mais pour ses réserves énergétiques et par la peur que le Kremlin entretient dans la mémoire collective occidentale avec son arsenal nucléaire. La grandeur d’une nation ne réside pas dans le nombre de têtes nucléaires dont elle dispose ou de sa capacité à organiser les Jeux olympiques ou la coupe du Monde de football, mais dans son aptitude à promouvoir la démocratie, à vivre en paix avec ses voisins, à améliorer le sort de ses citoyens, et cela sans les fanatiser à coup de propagande, et encore moins à les brimer.
Si la Russie effraye les dirigeants de l’Union européenne c’est qu’elle ne peut pas se passer, du moins à court et à moyen terme, du gaz russe, et si l’administration Obama fait tout pour éviter une escalade c’est qu’elle craint autant la prolifération de l’arme nucléaire dans le monde que les missiles nucléaires russes.
Ainsi, comment dissuader l’Iran et les autres prétendants de devenir une puissance nucléaire si la Russie, signataire du mémorandum de Budapest de 1994, agresse l’Ukraine et procède à un Anchluss d'une partie de son pays.
Le mémorandum de Budapest a privé l’Ukraine de l’arme nucléaire en échange d’une garantie internationale de respect de l’intégrité territoriale donnée par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie ! L’Ukraine s’est également débarrassée de son stock d’uranium enrichi à la suite d'un autre accord signé en septembre 2011 avec Washington. Les 90 kilogrammes de matière fissile qui auraient permis la fabrication de plusieurs bombes atomiques ont été entreposés en… Russie.
Le grand frère slave devenu soudainement son ennemi, l’Ukraine pourrait être tentée à l’avenir de se munir de l’arme nucléaire pour dissuader son voisin de toute agression future, et elle en a les capacités. Le nucléaire en Ukraine ne se résume pas à la catastrophe de Tchernobyl. Le pays dispose d’une quinzaine de réacteurs nucléaires, d’un savoir-faire, de gisements d’uranium. Même s'il reste un doute quant à ses capacités d’enrichissement de l'uranium, les principaux ingrédients sont réunis pour fabriquer de belles bombes atomiques.
Centrale nucléaire de Khmelnitski en Ukraine
Avec ses quinze réacteurs nucléaires, l’Ukraine est le 8e producteur mondial d’électricité d’origine nucléaire. À Khmelnitski, une ville située à mi-chemin entre Lviv (anciennement Lemberg,  une place forte austro-hongroise durant la Première Guerre mondiale) et Kiev, se trouve la centrale nucléaire la plus moderne du pays. Les deux premiers réacteurs achevés en 1988 et 2005 ont été financés en partie par la banque européenne pour suppléer à la fermeture de la centrale de Tchernobyl. Les réacteurs n°3 et 4 seront mis en service respectivement en 2015 et 2016. Un centre de recherches nucléaires se trouve à Kiev et l’Université Nationale Taras Shevchenko enseigne la physique nucléaire à ses étudiants. L’Iran a d’ailleurs largement recruté des ingénieurs atomistes en Ukraine…

Vue satellite de la centrale de Khmelnitski :

Dans l’oblast de Kirovohrad, à Novokonstantinovsk, l’exploitation d’une mine d’uranium  a commencé en 2011. Cette mine recèlerait le plus grand gisement d’uranium d’Europe.
On comprend donc que ni l’Union européenne ni les États-Unis n’ont intérêt à abandonner l’Ukraine. Cette dernière se trouve prise entre deux blocs, l’un se montrant ouvertement hostile l’autre un peu trop passif,  et elle pourrait de ce fait fort bien développer des armes nucléaires pour assurer, toute seule, sa sécurité.


Comprendre le bouclier antimissile avec Arte et Le Dessous des cartes : https://www.youtube.com/watch?v=xjVMMslHtCs

Vladimir Poutine évoque le bouclier anti-missile :

mercredi 30 juillet 2014

mardi 29 juillet 2014

Poutine se laissera-t-il convaincre ?


photo AP/Dmitry Lovetsky

Selon le journaliste russe Andrey Vladimirovich Kolesnikov, Vladimir Poutine abandonnerait les séparatistes s’il était convaincu de leur responsabilité dans le crash du MH17.

Regain de tension


La désescalade en Ukraine n’est pas pour tout de suite... Les sanctions européennes devraient être annoncées cet après-midi, alors que ce matin les États-Unis accusent la Russie de violer le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en procédant à des essais sur des missiles de croisière.



lundi 28 juillet 2014

Sergei Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe
Suite aux dernières sanctions européennes, un communiqué du ministère russe des Affaires étrangères indique : « La liste de sanctions supplémentaires est la preuve directe que les pays de l'UE ont mis le cap vers l’arrêt de la coopération avec la Russie pour les questions de sécurité internationale et régionale. Cela comprend la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, le terrorisme, le crime organisé, et d'autres nouveaux défis et dangers ». (RFE)
A la première lecture, on pourrait croire que ce qui est énuméré s’applique à la Russie, mais la CIA a probablement changé les termes du communiqué.

dimanche 27 juillet 2014

Deux, trois bonnes raisons pour ne pas abandonner l’Ukraine – (1) Le mémorandum de Budapest et l’enclave de Kaliningrad

par Rémy Brauneisen


photo - Le château de Königsberg vers 1890


Après le crash du MH 17, la communauté internationale n’a ressenti aucun signe de désescalade dans l’est de l’Ukraine. Mercenaires, tanks, véhicules de transport de troupes blindés et versions améliorées des orgues de Staline continuent de traverser la poreuse frontière avec la Russie, et selon le Pentagone et l’OTAN, les transferts concerneraient de l’artillerie de plus gros calibre. L’armée russe selon les accusations des États-Unis procéderait à des tirs d’artillerie depuis la Russie, et les forces ukrainiennes qui essaient de reprendre le contrôle de la frontière se trouvent prises entre deux feux.

A Bruxelle, les ambassadeurs des Vingt-Huit négocient depuis trois jours pour trouver de nouvelles sanctions envers la Russie. Elles iraient au-delà des quinze personnes physiques et dix-huit organisations rajoutées vendredi soir à la liste. Les négociations dureront probablement jusqu’à mardi. Les sanctions supplémentaires concerneraient les secteurs de l’énergie, des finances et de l’armement. La liste sera ensuite soumise pour validation aux chefs d’État de l’Union européenne. La réactivité n’est pas le point fort de l’Union européenne, et à moins d’une profonde réforme des institutions, l’on aura toujours du mal à parler rapidement d’une seule voix. Cette lenteur excessive à réagir a certainement facilité à Vladimir Poutine l’Anschluss de la Crimée.

Ce matin, Nick Clegg, le vice-premier ministre britannique relance l’idée de priver Vladimir Poutine de la coupe du monde de football en 2018. Il affirme qu’ « il est impensable d’offrir la coupe du monde à la Russie maintenant que l’Ouest sait qu'elle a fourni les armes aux rebelles séparatistes qui ont causé la mort des 298 passagers du vol MH 17 ». L’idée de déplacer la coupe du monde 2018 en Allemagne a été lancée par des hommes politiques allemands et néerlandais, deux jours plus tôt. Cette suggestion a été balayée d’un revers de la main par le président de la FIFA. Nick Clegg ajoute qu’il devrait en être de même pour le premier grand prix de Formule 1 prévu en octobre prochain à Sotchi.

Mais ni les États-Unis ni l’Union européenne ne reconnaitront l’annexion de la Crimée et les quelques voix dissonantes qui disent que la Crimée doit être Russe, car elle l’a toujours été, émettent un argument bien dangereux, car une fois de plus on créerait un fâcheux précédent qui justifierait des agressions futures. En fait, après avoir été grecque, byzantine, tatare, ottomane, la Crimée devient russe à l’issue de la guerre russo-turque de 1768-1774. Pour mieux russifier la presqu'île, Staline fait déporter des centaines de milliers de Tatares en Sibérie. C’est finalement Nikita Kroutchev qui offre à l’Ukraine la Crimée sur un plateau pour fêter le 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine. Après la dislocation de l’Union soviétique, le mémorandum de Budapest est signé le 5 décembre 1994. Celui-ci garantit la sécurité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. En échange de la protection des garants et signataires (USA, Royaume-Uni et Russie), l’Ukraine accepte d’abandonner un impressionnant arsenal de 1900 têtes nucléaire se trouvant sur son territoire.

Alors si nous laissons Vladimir Poutine annexer la Crimée, pourquoi Angela Merkel, plutôt que d’annexer l’Alsace-Lorraine comme l’avait fait Guillaume II puis Hitler, ne revendiquerait-elle pas à l’avenir le retour à l’Allemagne de l’enclave de Kaliningrad au bord de la mer Baltique, entre la Pologne et la Lituanie ? On imagine mal la chancelière allemande se lancer dans une telle aventure. Pourtant l’origine allemande remonte au XIIIe siècle, avec l’arrivée des chevaliers teutoniques appelés au secours par le duc polonais Konrad Ier de Mazovie en 1226. Des colons allemands arrivent au fil des siècles de tout le Saint-Empire pour peupler la région et jusqu’en 1945, Königsberg est la capitale de la Prusse Orientale peuplée par des Allemands. Les Soviétiques se chargent ensuite du nettoyage ethnique. Une grande partie des habitants de la Prusse orientale est expulsée, dont la totalité des habitants de l'enclave de Kaliningrad.

De même si demain Xi Jinping, le président chinois, envoie quelques dizaines de milliers de petits hommes verts ou jaunes de l’autre côté du fleuve Amour que pourrait répondre la communauté internationale ? Ce cas de figure n’est pourtant pas totalement extravagant. La Russie tsariste a en effet imposé à la Chine la cession au milieu du XIXe siècle de la Mandchourie extérieure. Cette région au bord de la mer du Japon compte comme la Crimée deux millions d’habitants mais pour un territoire six fois plus vaste. Vladimir Poutine risque fort bien d’être pris à son propre jeu, un jour plus ou moins proche. Une probabilité qui augmenterait avec l’affaiblissement de la Russie du fait de possibles troubles dans le Caucase, des sanctions américano-européennes et de l’isolement du pays si Vladimir Poutine venait à poursuivre la déstabilisation de l’Ukraine. Avec le gigantesque accord gazier de 400 milliards de dollars conclu récemment entre la Chine et la Russie sur une durée de trente ans, le Kremlin ne pourra se payer le luxe de se fâcher également avec l'Empire du Milieu.

Dire que les traités internationaux sont faits pour être respectés est une lapalissade. Ils peuvent en revanche être dénoncés avec l’unanimité des signataires, voire des Nations unies, et un véritable référendum (comme celui qui a ce qui n’a pas été le cas pour la Tchécoslovaquie en 1992) ce qui n'a pas été le cas pour le mémorandum de Budapest. En annexant la Crimée et en fomentant les troubles dans le Donbass, la Russie se comporte comme un État voyou hors du champ des valeurs du monde civilisé qui essaye de garder la main mise sur un pays qu’il considère comme un glacis défensif et une colonie.

Pour le moment, le triste jeu du président Poutine continuera de faire de nombreuses victimes civiles, les combats se situant dans des zones urbaines. Les rebelles utilisent des lance-roquettes multiples Grad contre les forces ukrainiennes ce qui inévitablement entraine une riposte de la même violence. Les civils, eux aussi, se trouvent pris entre deux feux.


mercredi 23 juillet 2014

Crash du MH17

Le commandant séparatiste du bataillon Vostok reconnait que les rebelles étaient en possession d'un lance-missiles BUK dans une interview de l'agence de presse Reuters.
http://www.reuters.com/article/2014/07/23/us-ukraine-crisis-commander-exclusive-idUSKBN0FS1V920140723

Le commandant du bataillon Vostok, Alexander Khodakovsky, a démenti plus tard avoir donné cette interview à Reuters…

dimanche 20 juillet 2014

David Cameron: This is an outrage made in Moscow

Like the horror of Lockerbie in 1988 when I was a young man, the images of the burnt-out Malaysian plane, 298 victims and their personal effects strewn across the wheatfields and villages around Grabovo in eastern Ukraine will never leave me.
Ten of our own citizens died; we grieve for them this weekend. So too did 27 Australians, including members of a family who had previously lost relatives on flight MH370; 43 Malaysians and 192 Dutch citizens also died — a huge blow to our friends and allies. We stand shoulder to shoulder with those countries and with all those affected by this outrage.
But alongside our sympathy there is also anger. Anger that this could happen; anger that a conflict that could have been stopped by Moscow has been fomented by Moscow; anger that some in the West, instead of finding the resolve to deal with this issue, have simply hoped it would go away.
We must establish the full facts of what happened. But the growing weight of evidence points to a clear conclusion: that flight MH17 was blown out of the sky by a surface-to-air missile fired from a rebel-held area.
If this is the case then we must be clear what it means: this is a direct result of Russia destabilising a sovereign state, violating its territorial integrity, backing thuggish militias and training and arming them.
We must turn this moment of outrage into a moment of action. Action to find those who committed this crime and bring them to justice. But this goes much wider than justice.
In Europe we should not need to be reminded of the consequences of turning a blind eye when big countries bully smaller countries. We should not need reminding of the consequences of letting the doctrine of “might is right” prevail. We should not need to be reminded of the lessons of European history.
But we do. For too long there has been a reluctance on the part of too many European countries to face up to the implications of what is happening in eastern Ukraine.
Sitting around the European Council table on Wednesday evening I saw that reluctance at work again.
Some countries, with Britain at the forefront, have consistently pushed for action that reflects the magnitude of the long-term threat. They tend to be the countries with the closest physical proximity to Russia and the most direct experience of what is at stake. Their own independence and nationhood have come at a high price. They never forget it. But others seem more anxious to make this a problem to be managed and contained, not a challenge to be met and mastered.
Elegant forms of words and fine communiqués are no substitute for real action. The weapons and fighters being funnelled across the border between Russia and eastern Ukraine; the support to the militias; the half-truths, the bluster, the delays. They have to stop.
Some international crises are insoluble. Not this one. If President Vladimir Putin stops the support to the fighters in eastern Ukraine and allows the Ukrainian authorities to restore order, this crisis can be brought to an end. Of course there must be proper protections for Russian-speaking minorities. These issues can be addressed. But the overriding need is for Russia to cease its support for violent separatists.
If President Putin does not change his approach to Ukraine, then Europe and the West must fundamentally change our approach to Russia.
This is not about military action, plainly. But it is time to make our power, influence and resources count.
Our economies are strong and growing in strength. And yet we sometimes behave as if we need Russia more than Russia needs us and the access we provide to European markets, European capital, our knowledge and technological expertise.
We don’t seek a relationship of confrontation with Russia. But we must not shrink from standing up for the principles that govern conduct between independent nations in Europe and which ultimately keep the peace on our continent.
So let us be clear about what needs to happen.
First, there must be immediate access to the crash site and the crime scene must be preserved. The remains of the victims must be identified, treated with proper respect and dignity and returned to their families. There must be a ceasefire. And there must be a full investigation into what happened. Russia will have plenty of information about these events which it must make fully available — and straight away.
Second, Russia must immediately halt supplies and training for the rebels. They do not represent the people of Ukraine. Without Russian support they will wither.
Finally, we must establish proper long-term relationships between Ukraine and the European Union; between Ukraine and Russia; and, above all, between Russia and the European Union, Nato and the wider West.
What form that relationship takes rests on how Russia responds to this appalling tragedy. Russia can use this moment to find a path out of this festering, dangerous crisis. I hope it will do so. But if that does not happen then we must respond robustly.
Nearly 25 years ago Britain hosted the Nato summit that ended the Cold War and began the process of ushering Russia back into the councils of the world.
In six weeks’ time Britain will host a Nato summit in Wales at which the relationship with Russia will again take centre stage. It is up to Russia which path that relationship now takes.
David Cameron is prime minister of Great Britain.

mardi 20 mai 2014

Crimée, les faux espoirs ?

par Rémy Brauneisen


L'épave d'un sous-marin Bentos 300 à proximité de Sébastopol

En bon tacticien, Vladimir Poutine a annexé la Crimée. Tout était réglé comme du papier à musique pour son deuxième coup de main, le premier étant celui de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie en 2008. Comme un hippopotame bien gras, qui comme tout le monde le sait est un animal lent et à large bouche, l’Union européenne a juste eu le temps de pousser quelques beuglements d’étonnement et d’indignation en voyant l’ours saisir la Crimée dans sa gueule et l’emporter dans sa tanière. Barack Obama a donné de la voix,  mais en ajoutant immédiatement que toute réponse militaire était exclue.

Pour les Criméens, les lendemains sont parfois douloureux avec les prix de l’immobilier qui flambent, les touristes qui ne s’annoncent pas, et puis, il y a aussi pénurie d’eau, d’électricité, de liquidités et même de produits alimentaires.

Si le résultat du référendum parait indiscutable, rappelez-vous tout de même Staline qui disait que l’important n’est pas celui qui vote, mais celui qui compte les voix, il y a aussi une minorité tatare qui se méfie des Russes et à raison. Les Tatars qui occupent la Crimée depuis le XIIIe siècle ont été accusés par Staline de collaboration avec les nazis et les a fait déporter en Sibérie. Près de la moitié d’entre eux sont morts dans les goulags, souvent de faim. En 1897, les Tatars représentaient 35% de la population criméenne. En 1959, il n’y avait officiellement plus de Tatars en Crimée. Depuis 1990, 250.000 Tatars sont revenus en Crimée. Le week-end dernier, la communauté tatare a voulu célébrer le 70e anniversaire de leur déportation en Sibérie. La manifestation interdite par les autorités s'est tout de même tenue et aurait été dispersée par les hélicoptères militaires. C’est à la Russie de garantir maintenant les droits de la minorité ukrainienne (22%) et de la minorité tatare (12%).

La Crimée subira cette année une chute importante du tourisme. Une personne sur deux travaille pour ce secteur. L’an passé, la Crimée a reçu 6 millions de touristes, dont 70% d’Ukrainiens. Pour le moment le taux de remplissage reste très bas et la saison est bien compromise. En effet, comment convaincre plus de 4 millions supplémentaires de Russes à se rendre en Crimée l’été prochain, et puis surtout comment les faire atterrir puisque la péninsule n’a aucune voie routière avec la Russie ?
Si bien que le Kremlin parle de confier à la Chine la construction d’un pont ferroviaire et routier dans le détroit de Kertch, mais même si les Chinois ont l’habitude des gros chantiers et seront nombreux à la tâche, cela prendra tout de même plusieurs années.

La Crimée est une presqu’ile avec peu de ressources en eau potable et largement dépendante du continent. Depuis que Kiev a pris la décision de suspendre l’alimentation du canal de la Crimée du Nord avec l’eau du Dniepr, les agriculteurs n'ont plus assez d'eau pour leurs cultures et les récoltes de cette année seraient déjà compromises. La parade a peut être été trouvée par Moscou qui prévoit d’alimenter ce même canal avec l’eau de la rivière Biyuk-Karasu et de celle du réservoir de Tayganskoye.

Dans tous les cas, le futur des Criméens dépendra surtout du bon vouloir du Kremlin et le cout de l’annexion sera lourd pour une économie russe à la limite de la récession. En revanche celui-ci pourrait dissuader Poutine de s’approprier le Dombass, le bassin houiller de l’est de l’Ukraine, avec ses industries obsolètes, car là aussi, il faudrait mettre la main à la poche.

Rémy Brauneisen

samedi 22 mars 2014

Comme les temps ont changé

par Rémy Brauneisen


La base navale de Sébastopol avec ses grues aux couleurs blanc, bleu, rouge de la Russie et les grues aux couleurs jaune et bleu de l'Ukraine.

« Comme les temps ont changé », c’est ce que je me suis dit en photographiant, depuis le train qui m’emmenait de Simferopol à Sébastopol, les bâtiments de la flotte russe. C’était en 2007, lors d’un voyage qui m’a fait traverser l’Ukraine du nord au sud, et plus particulièrement la Crimée. Cette ingénuité prévalait encore puisque l’ennemi d’hier semblait toujours sur les genoux, et avait besoin de l’Occident pour se remettre de la faillite du système. Gamin, j’avais connu l’époque de la Guerre froide, et l’ours russe me foutait la trouille bien que je le susse très loin. Dans le train régional, les voyageurs assis sur les inconfortables banquettes en bois me regardaient, impassibles, mitrailler tous azimuts les navires de guerre russes. Je m’attendais à entendre « Arrêtez-vous, c’est interdit ! ». Personne n’a bronché. Quelques années auparavant, photographier les carcasses rouillées de la flotte russe aurait pu me procurer les pires ennuis.

Mais voilà que depuis quelques semaines, les tensions entre les deux blocs nous plongent à nouveau dans l’ambiance d’une époque que tout le monde pensait révolue, et je ne peux m’empêcher de voir une vague ressemblance entre les événements de Crimée et ceux de 1938. Hitler voulait alors réunifier les populations germanophones, et réalisait, après celui de l’Autriche, l’Anschluss des Sudètes quelques mois plus tard. Je me disais, mais non, Poutine ne pourra pas nous refaire le même coup. Eh bien si ! Hitler, lui aussi, avait de bonnes raisons puisque la Tchécoslovaquie était un pays artificiel né à la suite de la décomposition de l'empire austro-hongrois. Auparavant, la République Tchèque avait fait partie, pendant mille ans, du Saint-Empire Romain germanique, puis de la maison d’Autriche, comme l’Alsace d’ailleurs s’il n’y avait eu le rapt par Louis XIV…

En 1918, après plus de quatre années de guerre, l’Allemagne était aussi sur les genoux. Vingt ans plus tard, voilà qu’Hitler était l’homme fort en Europe. Français et Anglais étaient puissants sur le papier, mais ils n’ont pas osé dire non à Hitler. Ils ont préféré abandonner la Tchécoslovaquie. De nos jours, il n’y a qu’un seul homme fort en Europe, c’est Poutine, car nous avons choisi d’être faibles. L’Union européenne est forte économiquement, si l’on additionne les chiffres des 28 états membres, mais inexistante militairement et politiquement - un peu dépendante du gaz russe quand même, cela dit en passant.

L’avenir nous dira qui des instigateurs de l’Europe des marchés ou du nouvel homme de fer a vu juste. Entre-temps, Poutine augmente considérablement le budget militaire. Il prépare également son opinion publique, et cela lui réussit plutôt bien.

Alors après l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie en 2008, puis la Crimée en 2014, quelle sera l’étape suivante ? Il a le choix entre annexer l’Est de l’Ukraine ; il pourrait le faire en évoquant cette fois-ci, hormis la protection des minorités russes –les Russes de souche étant parfois majoritaires comme en Crimée- la nécessaire continuité du territoire entre la Russie et la Crimée qui se sent un peu orpheline sur sa péninsule. Pourquoi ne pas annexer également la Biélorussie, histoire de se refaire un beau glacis courant de la Baltique à la mer Noire ? Il trouverait ensuite prétexte à revendiquer - comme Hitler en son temps avec le couloir de Dantzig- une partie de la Lituanie pour relier l’enclave de Kaliningrad tellement isolée dans l’Union Européenne, à la nouvelle annexée biélorusse. Cette option est néanmoins la plus dangereuse, car le couloir passerait par la Lituanie, et ce pays est membre de l’OTAN. Préférera-t-il mettre sa main définitivement sur la Transnistrie, voire la Moldavie tout entière, qui au regard de sa petite taille serait bien vite croquée et digérée. D’une façon ou d’une autre, Poutine veut montrer au monde que la Russie est redevenue une grande puissance, et pour l’étape suivante, il pourra patienter quelque temps encore, histoire de faire tomber la pression des Occidentaux pour repartir ensuite de plus belle. Mais pour la Crimée, quelles pourraient être les autres motivations de Vladimir ? En superficie, la Fédération de Russie est déjà quatre fois plus grande que l’Union européenne, et la Crimée représente à peine plus d’un millième de sa surface totale, c'est-à-dire par grand-chose, surtout que Sébastopol que l’on dit si stratégique ne sera plus la seule base navale en mer Noire avec la toute nouvelle Novorossiïsk. La grande valeur que le président Poutine attache à la vie des autres est un mystère pour personne, alors il serait étonnant que la Crimée ne s’inscrive pas dans un plan global. À moins qu’il ne craigne que ce qui s’est passé en Ukraine fasse tache d’huile en Fédération de Russie. Pour éviter cela, Poutine sait caresser son peuple dans le sens du poil, en utilisant toutes les vieilles recettes, y compris celles de la propagande et de la répression. Il reste néanmoins une autre hypothèse : le gaz d’Ukraine. Pas celui coulant dans les gazoducs à destination de l’Europe, mais celui des gisements de la mer Noire, au large de la Crimée, et dont l’extraction devait monter en puissance ces prochaines années. Les pauvres Criméens ne seraient alors qu’un prétexte, des épouvantails à moineaux pour se garantir les beaux fruits bien croquants, pour couvrir le rapt des gisements de gaz dans le but de conserver le monopole. Il y a un signe qui ne trompe pas, car la Crimée à peine annexée, la société Gazprom manifeste son intérêt pour reprendre l’exploitation à son compte.

Rémy Brauneisen