samedi 25 octobre 2008

Retour par Vilnius



Mon séjour en Biélorussie se terminait. A six heures trente du matin, le train numéro 305 en provenance de Moguilev quitta la gare de Minsk pour Vilnius. Je partageais le compartiment platzkart avec un couple de Biélorusses. Âgés tous deux d’une trentaine d’années, ils partaient en Lituanie pour une semaine de vacances. Lui était cadre dans une banque biélorusse rachetée par une banque russe appartenant elle-même à une banque française. Il me raconta que quelques jours avant, il avait fait visiter, à travers le pays, les succursales biélorusses à un groupe de cadres français.
Il n’était pas sept heures du matin que ce même voisin prit son petit déjeuner sous la forme d’un demi-litre de bière.
Le passage des douanes biélorusse et lituanienne se fit cette fois-ci sans surprise.
De la gare de Vilnius, je rejoignis l’aéroport en bus. Après avoir embarqué, je constatai au travers du hublot un attroupement autour du réacteur droit de l’avion de la Czech Airlines qui devait me ramener en France. Après un premier report de quinze minutes du décollage suivi d’un second de trente minutes, on nous demanda de descendre de l’avion. La compagnie aérienne répartit tous les passagers sur les vols du lendemain et nous transporta vers différents hôtels pour la nuit. Le mien était situé dans une tour de verre du quartier de Šnipiškės, la ville nouvelle de Vilnius située sur la rive nord de la rivière Néris. Le bar panoramique m’offrait une vue superbe sur la ville. Sur le Baltasis titlas (le Pont blanc), je rencontrai un groupe de jeunes filles élégamment vêtues. Elles fêtaient l’enterrement de vie de jeune fille d’une amie.

vendredi 24 octobre 2008

Zaslavl



Zaslavl est située sur la ligne ferroviaire Minsk-Molodetchno à environ une demi-heure de la capitale.
A l’entrée du bourg se trouvent réunies trois habitations traditionnelles de la fin du XIXe siècle reconstituées selon les maisons traditionnelles de Russie blanche.

Je pénétrai dans la pièce discrètement éclairée par une lampe à pétrole reconvertie par les circonstances en lampe électrique. Cette isba, comme les autres, est entièrement meublée et restitue l’ambiance campagnarde qui pouvait y régner un siècle auparavant. Par ici se trouve un samovar posé sur une épaisse table en bois massif dressée devant les banquettes-lits et par-là, un four traditionnel et un vaisselier entièrement garni. Un escalier grinçant me mène au premier étage où se trouve un moulin à grains. Seule l’absence de quelques moujiks nous ramène à la réalité.

La ville s’étend sur une colline et possède deux belles églises. La première est catholique et malgré une façade à la peinture écaillée elle se dresse fièrement dans le ciel dégagé. La seconde, orthodoxe se trouve à proximité des ruines d’un château entouré d’une légende mystérieuse, dont seules des traces restent visibles. L’église est cernée d’un curieux talus de hauteur variable.


mercredi 22 octobre 2008

Viazynka



Viazynka est un village situé à trente kilomètres au nord-ouest de Minsk. C’est à cet endroit que le poète biélorusse, Yanka Koupala naquit et passa son enfance.
De son vrai nom Ivan Loutsévitch (1882-1942), le poète est célébré dans toute la Biélorussie pour son œuvre et est considéré comme le père fondateur de la langue littéraire biélorusse. Universités et parcs portent son nom dans tout le pays. A Minsk, dans le parc Yanka Koupala se trouve, outre une monumentale sculpture en bronze à sa gloire, le musée fondé par son épouse et qui lui est dédié.
A la gare de Minsk, je pris le train régional en direction de Molodetchno. Le tortillard roula durant une bonne heure avant qu'il ne se soit arrêté à la gare de Viazynka, réduite à un simple arrêt, perdue dans une forêt; seules quelques babouchkas venues du village voisin bavardaient sur le quai. Une énorme pierre polie sur laquelle est gravée une citation de Yanka Koupala m’indiqua la direction.
En arrivant par le chemin, un puits à balancier attira mon attention. C’était le premier du genre que je voyais. Très courant depuis le moyen-âge on les trouvait de la France au Japon et cette technique est encore utilisée de nos jours en Afrique. Actuellement, les puits dans les villages sont plutôt à poulie ou équipés d’une pompe à main. Plus loin en retrait se trouvait la maison familiale du poète. Elle a été restaurée en respectant les techniques originales et transformée en musée. L’isba date du XIXe siècle et est construite avec des rondins de bois superposés et emboîtés. La toiture est recouverte de bardeaux et la demeure est, par endroits, entourée d’une palissade en bois qui complète le tableau.
L’endroit est idyllique et devait favoriser l’inspiration du jeune poète. L’isba est construite à quelques pas d’un étang. La verdure éclatante met en valeur le plan d’eau. Quelques beaux saules pleureurs et autres arbres tortueux produisent des reflets magnifiques dans l’eau.
L’intérieur de l’isba est constitué de plusieurs pièces en enfilade. Les deux premières faisaient office de dégagement et de stockage d’outils et des provisions. La pièce du fond plus grande concentrait le coin-cuisine, le coin-repas et le couchage de la famille.

dimanche 19 octobre 2008

Narotch




Le taxi me laissa au cimetière militaire allemand qui se trouve à l’extérieur du village. Un carré délimité par des chaines concentre les croix militaires. 1200 soldats allemands y sont enterrés mais seule une partie des croix sont restées en place. Au bout de ce carré se trouve un monument en grès sur lequel se trouve l’aigle impérial en bronze, ailes déployées. Une plaque datée de juillet 1916 dédie ce monument aux soldats du XXIe Corps d’armée tombés pour la mère patrie. J’investiguai les tombes pour déterminer les régiments d’origine des victimes. Elles étaient issues principalement de régiments de chasseurs montés.
Le village de Narotch se trouve à trois kilomètres au nord du lac du même nom. L’état-major allemand de la division se trouvait là au moment où fut lancée l’offensive du lac Narotch en mars 1916. C’est pour répondre aux appels du général Joffre que le tsar Nicolas II choisit la région du lac Narotch pour faire baisser la pression à Verdun. L’armée russe concentrait à cet endroit 350.000 hommes et seulement 75.000 Allemands de la Xe Armée leur faisaient face.
Mais depuis des mois les Allemands avaient fortifié leurs positions en vue d’une offensive ennemie.
Le 18 mars 1916, les tirs d’artillerie russes débutèrent. Pendant deux jours, mille canons pilonnèrent les positions allemandes mais leurs tirs imprécis ne causèrent pas de dégâts importants. Il s'en suivit l’offensive par les fantassins. Les Russes sortirent des tranchées, avancèrent par groupes serrés sur des terrains à découvert et se firent balayer par les mitrailleuses allemandes. Le premier jour, les Russes accusèrent la perte de 15.000 hommes. En quelques jours de combat, les Russes n’arrivèrent à progresser que de quelques kilomètres sans réussir à enfoncer complètement les lignes de défense allemandes.
La tactique réussit car les Allemands cessèrent leur avancée vers Verdun et envoyèrent massivement depuis le front ouest des renforts vers le front est dans la région de Narotch. Paris était sauvé. Mais l’offensive se solda par une cuisante défaite des forces impériales russes et de lourdes pertes. Les Russes perdirent 120.000 hommes contre 20.000 aux Allemands.
Au cours des mois qui suivirent, grâce aux renforts provenant du front ouest, les Allemands reprirent tout le territoire si chèrement acquis par les Russes.
Le ciel était chargé de nuages et une pluie fine tombait. C’est chargé d’émotion que je rejoignis le village de Narotch. Je passai à côté d’une église catholique, reconnaissable à ses briques rouges, et allai trouver l’arrêt de bus au centre du village. Le manège des habitants passant à pied ou à vélo en tirant une boille de lait montée sur roue m’intrigua. Ils ne transportaient pas le produit de la traite mais revenaient de la laiterie située au bout de la rue avec du sérum de lait destiné à nourrir les cochons.
Le bus qui me ramenait, via Molodetchno, à Minsk longea sur plusieurs kilomètres le lac Narotch que le mauvais temps faisait disparaître au loin dans la brume.

voir les photos :http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/narotch/

samedi 18 octobre 2008

Postavy



Postavy est une ville de 20.000 habitants située dans la voblast de Vitiebsk. Le bus passa à côté d’un chasseur Mig-23 exposé à l’entrée de la ville rappelant qu’une ancienne base aérienne soviétique passée sous contrôle biélorusse s’y trouve.
Le seul hôtel de la ville était complet. Il avait été réquisitionné le jour même pour accueillir des sportifs et les clients tout simplement renvoyés… Une importante compétition devait avoir lieu durant la semaine.
La réceptionniste eut pitié de moi et essaya de trouver une solution pour me loger. Elle passa plusieurs coups de fil pour négocier mon gîte. La perspective de devoir passer une nuit à la belle étoile s’éloigna mais l’affaire ne semblait pas acquise. Ma nationalité posait-elle problème ? Elle raccrocha le combiné, griffonna une adresse sur une feuille de papier et me la tendit. Satisfait, je rejoignis la place centrale Alleya Plochad pour prendre le bus en direction du lieu indiqué, situé à l’autre bout de la ville.
Le centre-ville est construit autour de la rivière Madielka. A cet endroit, son lit s’élargit pour former deux petits lacs séparés par un goulet d’étranglement qui servait autrefois à alimenter la roue à aubes d’un moulin. L’église catholique Saint Antoine de Padoue, construite toute en briques rouges se trouve non loin du rivage du plus petit des plans d’eau.
Ici, le réseau de transport en commun est desservi par quelques autobus, et plus couramment par des camionnettes transformées en minibus. Celui dans lequel je pris place m’amena non loin d’une caserne. Un ancien tank de l’armée rouge était exposé au milieu de la place. Je sonnai à la porte et c’est un militaire en tenue qui m’ouvrit. Je réglai le prix de la nuitée et le militaire me guida vers la chambre. Celle-ci était vaste et comptait quatre lits et une salle d’eau.
Le soir, je pris mon dîner dans un restaurant de la place Alleya. J’étais l’unique client ce qui confirmait l’impression de semi-léthargie de la ville ressentie plus tôt dans la journée. Une crise économique était-elle responsable de cette situation ? La serveuse n’avait pas vingt ans et pouvait être la fille et la nièce des deux femmes corpulentes qui dégustaient des crèmes glacées en attendant d’hypothétiques clients. La serveuse, étant davantage préoccupée par la lecture de son livre que par le chiffre d’affaires du restaurant, prit son temps à prendre la commande et à me servir. La carte proposée était variée mais plusieurs plats n’étaient pas disponibles, les prix étaient par contre surprenants, bien inférieurs à ceux pratiqués dans les grandes villes. Je quittai le restaurant sans qu’aucun client supplémentaire ne fit son apparition.
Le lendemain, je me rendis au musée de la ville. La ville était encore endormie. C’était le week-end et la directrice ne travaillait pas. J’avais essayé de me rendre au bord du lac Spory mais j’abandonnai rapidement cette idée car je ne trouvai aucun moyen de transport pour m’y rendre rapidement. Je quittai Postavy en taxi pour me rendre dans le village de Narotch.


vendredi 17 octobre 2008

Miadel




Le matin de bonne heure, je partis en bus pour Miadel.
Le ciel chargé de cumulus dispersés laissait largement apercevoir sa couleur bleue et le soleil. L’espace infini s’étendait à perte de vue pour se perdre au-delà de la ligne d’horizon et donnait l’impression d’un ciel vaste mais bas.
Le bus arriva à la gare routière située à l’extérieur de la ville. Miadel compte 20.000 habitants et se trouve sur le bord du lac Batorin. Ce lac fait partie du groupe des lacs Narotch qui se trouve dans le raïon de Miadel. Le lac Narotch est, quant à lui, le plus grand du pays et couvre une surface de 80 km².
Je rejoignis le centre-ville à pied. De là, j’aperçus le lac Batorin. Les bâtiments de la ville ne se trouvent pas directement en bordure du lac mais un peu en retrait et la distance qui me resta à parcourir pour atteindre le rivage me surprit. Les larges espaces entre la ville et le rivage me firent davantage penser à une ville nouvelle avec une configuration urbaine à l'opposé de celle de Grodno façonnée au fil des siècles.
La bibliothèque était fermée. J’improvisai un déjeuner sur le bord du lac constitué de calmars séchés accompagnés de bière, puis de pain de seigle et de kolbassa, le saucisson sec local, ramenés de Minsk.
A 14h00, je me rendis à la bibliothèque d'où on me renvoya vers le musée. Svetlana Tcherniavskaya, la directrice du musée me montra rapidement un document en rapport avec mes recherches. Celui-ci listait les régiments des forces en présence entre Postavy et le lac Narotch, et précisait également leur lieu d’affectation. Le régiment R.I.R. 249 dans lequel servait mon grand-père était basé un peu plus au nord, peut être à proximité du lac Spory.



voir les photos :http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/miadel/

mercredi 15 octobre 2008

Smorgon - La ligne de front



Lorsque du musée nous revînmes à la bibliothèque, Vladimir Ligouta informé par Boumaï de mon arrivée nous attendait dans le bureau. Nous avons échangé nos points de vue avant de se quitter en fin d’après-midi. J’en ai profité pour visiter le centre-ville. L’église calviniste de l’archange St-Michel que j’avais vue complètement détruite sur les photos prises après les bombardements a été reconstruite à l’identique et se trouve au bout de l’avenue principale. A une encablure de là se trouve l’église orthodoxe magnifiquement située dans un parc à proximité d’un plan d’eau.
En début de soirée, nous partîmes visiter un cimetière militaire allemand situé dans la forêt de Smorgon. Boumaï s’était débrouillé pour emprunter la voiture à son fils et il tenait à me faire visiter quelques endroits qu'il jugeait en rapport avec mes recherches. L’hospitalité et la gentillesse des Biélorusses n’étaient pas mises en défaut.
Le cimetière se trouvait dans une petite clairière entourée par une forêt de pins. Les tombes étaient entre autres celles de soldat du Reserve-Infanterie-Regiment Nr. 2 et datées principalement de début 1916. Le soleil déjà bas à cette heure-ci de la journée rallongeait l'ombre des croix sur le sol. Le calme et la lumière douce entouraient le lieu d'une douce sérénité.
Plus tard dans la soirée, nous parcourûmes en voiture une partie des lignes allemandes. A l’époque, les militaires allemands fortifiaient leurs positions avec des ouvrages en béton dont la plupart restent encore visibles. En particulier dans les surfaces cultivées où la vue est dégagée. Les ouvrages russes qui étaient construits avec du bois disparurent rapidement.
Le lendemain, je rencontrai Vladimir Prikhatch, professeur de mathématiques. Depuis plusieurs années, il effectuait des recherches sur les fortifications allemandes et s’occupait tout particulièrement de recenser les inscriptions présentes sur les ouvrages. Vladimir Ligouta nous rejoignit également. Ils étaient passionnés tous deux par cette période sombre de l’histoire et chacun me faisait part de ses connaissances sur la question. Vladimir Prikhatch me confirma qu’aucune trace n’existait de la présence des régiments F.R. 40 et R.I.R. 249 dans la région au sein desquels mon grand-père fut blessé en juillet 1916.
Il en déduisit qu’il devait probablement stationner près du Lac Narotch car, argumenta-t-il :
- En juillet 1916, la région de Smorgon était calme. Allemands et Russes campaient sur leurs positions. Par contre, près du Lac Narotch plusieurs attaques furent lancées par les Allemands pour reconquérir le terrain perdu en mars et avril 1916.
La réponse à mes recherches se trouvait peut être près du lac Narotch, et ma destination suivante fut toute trouvée, Miadel le chef-lieu du raïon.
Après avoir remercié et salué mes amis, je me rendis à la gare ferroviaire pour prendre le train de la ligne Vilnius-Moguilev pour un bref retour à Minsk. Je quittai Smorgon satisfait de mes découvertes et ravi des rencontres effectuées.

mardi 14 octobre 2008

Smorgon



Molodetchno et Smorgon sont distants d’une quarantaine de kilomètres à peine. Le bus filait sur une route secondaire traversant des paysages de prairies avec par-ci par-là quelque troupeau de vaches. Aux pâturages succèdent des forêts aux maigres bouleaux. On passe quelques rares villages aux isbas colorées. Ces maisons traditionnelles en bois et aux couleurs vives sont ornées de boiseries sculptées. Des palissades en bois entourent demeures et potagers. A un arrêt, une femme monta à bord, avec à chaque main un seau rempli à ras bord de baies rouges. Elle resta debout à côté du chauffeur, contente de soulager ses bras de son lourd chargement. Elle revenait peut-être des bois pour aller vendre les fruits de sa cueillette ou en faire de la confiture.
Le soleil fit son apparition et tapait contre les vitres du bus. La chaleur devenait suffocante. Déjà, le bus pénétrait le bourg. Smorgon est une ville de 40.000 habitants. Elle avait été entièrement détruite par l’artillerie allemande durant la Première Guerre mondiale. Je me rapprochai de l’endroit visé avec des doutes et seulement une certitude.
Doutes quant à la qualité des informations que j’allai pouvoir glaner sur place et la certitude que mon grand-père avait passé plusieurs mois, terré dans les tranchées quelque part sur la ligne Krewo-Smorgon-Lac Narotch-Tweretch longue d’une centaine de kilomètres. C'est quelque part sur cette ligne de front que mon grand-père fut blessé par un éclat d’obus en juillet 1916.
En 1916, la ligne de front formait un demi-cercle autour de Smorgon. La ville était tenue par les Russes mais les tranchées allemandes étaient à quelques centaines de mètres seulement de la ville et la touchaient même dans sa partie nord.
De l’arrêt de bus à la bibliothèque, j’avais marché sous un soleil de plomb. Arrivé devant la bibliothèque, je trouvai porte close. Elle était fermée pour la pause-déjeuner. Passablement déshydraté, je traversai la route pour m’installer à la table d’une terrasse. Elle se composait d’une tente en matière plastique rouge aux couleurs d’une marque de bière locale. La tireuse à bière était en panne. La serveuse avait les mains empêtrées dans les flexibles et je devinai à sa mine déconfite qu’un choix de substitution s’imposait. Je me rabattis sur un grand verre de kvas. Comme les faucheurs dans Anna Karénine de Tolstoï, je me désaltérai avec cette boisson fermentée à base de pain qu’on trouve couramment depuis le moyen-âge dans les territoires de l’ancienne Russie.
A la bibliothèque de Grodno, on m’avait conseillé de rencontrer Vladimir Ligouta, ex-colonel de l’armée et auteur de plusieurs livres ayant pour thème la Première guerre mondiale dans la région de Smorgon. J’espérai le trouver par l’intermédiaire de la directrice du musée du raïon de Smorgon ou du directeur de la bibliothèque.
Au lendemain de la Grande Guerre, la Tchéka avait été abritée dans le bâtiment de l’actuelle bibliothèque. Boumaï Alexeï Mikhailavitch, son directeur me reçut dans son bureau qui datait peut-être de cette période. Le pupitre en bois massif accusait l'âge, il supportait des tas de documents et un vieux téléphone à cadran en bakélite. Même celui de la chambre d’hôtel à Lida paraissait moderne en comparaison. Je me demandai s’il était encore fonctionnel mais il n’était pas enterré sous les piles de dossiers ou de livres qui se trouvaient tout autour. La réponse ne tarda pas à arriver car Boumaï décrocha le combiné et téléphona à deux reprises. Peu de temps après, une jeune femme, professeur de français dans une école des environs, nous rejoignit. Elle était venue à la demande du directeur et nous proposa ses services d’interprète. Le directeur suggéra de nous rendre au musée du raïon afin d’y rencontrer la directrice, Nadejda Markova. Le directeur, l’interprète et moi, nous fûmes reçus dans la salle d’exposition du musée.
En 1916, mon grand-père avait quitté le front de l’Artois pour le front russe. A cette occasion, il fut affecté au Füsilier-Regiment Fürst Karl-Anton von Hohenzollern Nr. 40 puis au Reserve Infanterie Regiment Nr. 249, formé la même année. Nadjda Markova n’a pas pu me confirmer que l’un ou l’autre de ces régiments était stationné autour de Smorgon par contre elle alla chercher avec son assistante un énorme panneau sur lequel figurait le plan du système de défense de l’armée russe. Il était riche d'enseignement, les lignes de défense successives et chaque tranchée y étaient représentées. Il avait été réalisé par les cartographes de l'état major russe et le tampon siékreti apparaissait visiblement.
La carte ne concernait que la partie sud allant du nord de Smorgon à Krewo. Il s’agissait d’une copie du plan dont l’original est conservé à Moscou aux Archives d’état de la guerre. La directrice m’expliqua que les combats entre 1915 et 1917 avaient été violents entraînant des pertes par dizaines de milliers.
voir les photos :

lundi 13 octobre 2008

Molodetchno



De Grodno, je retournai à Minsk pour aller à Smorgon, ma destination suivante. Minsk est le centre routier et ferroviaire à partir de laquelle la distribution en étoile se fait. Ainsi, il est parfois judicieux, voire nécessaire, de retourner dans la capitale pour repartir sur une autre branche de l’étoile. Molodetchno n’a été qu’une ville de transit. Hormis quelques églises et bâtiments publics dont le Palais de la Culture, elle ne m'a pas particulièrement séduite.
Molodetchno se trouve sur la route qu’emprunta l’armée napoléonienne lors de la retraite de Russie après son passage de la Berezina. A cet endroit, eurent lieu de violents accrochages entre les cosaques russes et l’arrière-garde française.
C'est en taxi, partagé avec d'autres voyageurs, que j'arrivai dans cette ville et quelques heures plus tard, je repartis en bus, pour Smorgon.

jeudi 9 octobre 2008

Grodno - Perle du Niémen

Maison où le poète biélorusse Maksim Bogdanovitch a grandi.

De la bibliothèque, je déambulai les rues étroites et j’aboutis sur la place Sovietskaya démesurément grande. Cette perception était d’autant accentuée que la place venait d’être refaite et les arbres qu’on y avait plantés étaient encore de taille modeste. De l’autre côté de la place, j’aperçus la cathédrale Saint François Xavier, majestueuse avec sa façade baroque blanche, construite par les Jésuites et toujours dévolue au culte catholique. Du côté droit la place verse vers le Niémen et les voilures en béton du théâtre dramatique se dressent avec arrogance vers le ciel. La place est fréquentée à toute heure de la journée et jusqu’à tard dans la nuit. Le soir venu, des groupes de jeunes se forment par-ci, par-là pour discuter ou pour des moments plus festifs.
Le parc Gilibert commence non loin du Théâtre. Le soleil et la verdure éclatante participent avec les nombreuses familles en promenade à son animation. Ses allées s’inspirent davantage du jardin à la française tandis que du côté de la place Lénine, « la vallée suisse » se termine en jardin à l’anglaise avec ses promenades sinueuses et paisibles le long de la rivière Gorodnitchanka.
Le parc porte le nom de Jean-Emmanuel Gilibert (1741-1814), médecin français qui fonda le Jardin botanique de Grodno, alors polonaise, durant la période où il fut chargé par le roi de Pologne Stanislas II de fonder une école moderne d’enseignement de la médecine.

mardi 7 octobre 2008

Grodno - Premier contact



De Lida, le train m’emmena à Grodno, ville de 320.000 habitants située à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière polonaise. Une importante minorité polonaise y vit. Dans la voblast de Grodno, elle représente près du quart de la population. La ville s’étale sur un plateau surplombant le Niémen, à une position stratégique qui la ballotta successivement d’un état à un autre. Rien qu'au siècle dernier, elle était au début attachée à l’Empire russe, puis elle fût conquise par l’Empire allemand lors de la Première Guerre mondiale, cédée par la Russie bolchévique à l’Allemagne en 1918, proclamée capitale du premier état biélorusse indépendant, intégrée à l’état polonais, incorporée à l’Union soviétique et depuis 1993 à la République de Biélorussie.
A mon arrivée, je ne suis pas tombé immédiatement sous le charme de la ville. L’intérieur du bâtiment de la gare a une atmosphère froide, peu de lumière naturelle y pénètre, la décoration est faite de motifs géométriques aux couleurs flashy et donne une ambiance vieillotte très seventies. En sortant du hall, on tombe face à une grande place faisant usage de parking. Des kiosques, où il est possible de se restaurer, sont alignés sur les trottoirs. Les immeubles face à la gare ont des façades mornes et tristes accentuant la grisaille du temps. Le reste de la ville était-il à l’image du quartier de la gare ? Je devais me soucier de l’hébergement et je repoussai le questionnement au sujet de la ville à plus tard. En bus, je me rendis à l’appartement que j’avais loué à l’opposé de la ville, dans un quartier populaire habillé d’immeubles de logements collectifs d’une dizaine d’étages.
Le lendemain, je voulus en savoir davantage concernant la forteresse. Selon les informations en ma possession à ce moment, Grodno est une ancienne forteresse impériale russe. J’avais décidé de venir ici suite à une conversation durant laquelle, Vladimir m’avait proposé de me mettre en relation avec son homologue biélorusse, historien de la forteresse. Depuis mon arrivée en Biélorussie, je guettai l’arrivée d’un courrier électronique me précisant les modalités de mon rendez-vous. Le courrier n’arrivant pas, la meilleure chose à faire était de trouver par mes propres moyens le spécialiste en me rendant à la bibliothèque de la ville.
Cette dernière occupe le nouveau château construit au XVIIIe siècle, autrefois palais du roi de Pologne. Celui-ci a été construit au sommet de la colline, vis-à-vis de l’ancien château. L’endroit offre une très belle vue sur le Niémen et la rive opposée en contre-bas. Grodno se présentait à moi sous une perspective nouvelle et révélait un potentiel qui ne demandait qu’à être découvert. Je décidai de prolonger mon séjour pour mieux la cerner. L’accueil à la bibliothèque était chaleureux. En passant par une inscription, je pouvais bénéficier des services de la bibliothèque. J’appris ainsi que l’historien que je souhaitais rencontrer était parti en vacances et ne serait pas de retour avant plusieurs semaines. Les renseignements les plus intéressants concernaient la forteresse, souvent confondue par les habitants de Grodno avec le château, dont certaines parties datent du XIIIe siècle. La conception de la forteresse impériale est plus moderne que celle de Kaunas puisqu'il était prévu de remplacer les ouvrages provisoires, construits à partir de 1887, par un ensemble de treize forts, vingt-trois ouvrages secondaires, un fossé, un aérodrome. Le tsar Nicolas II lança le projet en 1912. Il fut contrarié par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Seuls quatorze ouvrages furent commencés et aucun terminé au déclenchement des hostilités. Mon intérêt pour les forts devint moindre d’autant que leurs positions n’apparaissaient pas sur les cartes consultées de la ville et ne sont pas davantage connues du grand public. Je partis vers la vieille ville.

dimanche 5 octobre 2008

Lida - J2



Le lendemain, je remontai à pied Oulitsa Sovietskaya, l’artère centrale de Lida. En partant de l’hôtel on passe une église sur la droite, puis l'école pour enfants des Beaux Arts sur la gauche.
Au bout de l’avenue, je bifurquai à droite et j’arrivai une centaine de mètres plus loin au lac artificiel dont une partie du rivage a été aménagé pour l'agrément et la baignade. Le temps était au beau fixe depuis mon arrivée à Lida, et de nombreuses familles s’adonnaient aux joies de la baignade, les enfants jouant au ballon pendant que les parents prenaient un bain de soleil sur la plage de sable. Sur le plan d’eau quelques barques fendaient les eaux plates. A côté de la plage, un coin de forêt aménagé en promenade, avec des allées bordées de marches disjointes en béton et des bancs aux lattes tordues par les rigueurs du climat, accueillait quelques rares promeneurs.
Lida est une ville qui donne l’impression d’avoir souffert d’hypertrophie lors de la période soviétique et puis la faillite du système communiste l’a laissée sombrer dans un état de lente dégénérescence. Sans doute la ville n’aurait pas réussi à maintenir son outil industriel entrainant un retard à la modernisation.

samedi 4 octobre 2008

Lida



L’après-midi, j’arrivai à Lida en train. C’est une ville de 100.000 habitants située dans l’ouest du pays entre Grodno et Minsk, elle fait partie de la voblast de Grodno. Après avoir quitté la gare, je traversai des quartiers populaires pour me rendre à la gastinitsa Lida, le seul hôtel de la ville, où j’avais prévu de séjourner. L’espace d’un instant, je me crus dans une ville d’Ukraine. Le contraste entre Minsk et Lida était saisissant.
L’hôtel Lida est une barre parallélépipédique de six étages à la façade terne et monotone . A l’époque de sa construction, Staline devait être oublié et les architectes revenus sous le diktat de Khrouchtchev à un social réalisme tenant compte des besoins immédiats du peuple réalisent des constructions et oublient les considérations esthétiques. La marque qui fait la particularité de Minsk n’est quasiment pas visible ici.
J’accédai au hall d’entrée de l’hôtel par un large escalier en fin de rénovation. Je m'approchai de la réception. Les réceptionnistes au nombre de trois étaient retranchées à l’intérieur d’un aquarium vitré façon bureau de poste avec hygiaphone des années soixante-dix. Je demandai une chambre. La dame à qui je m’étais adressé, me réclama mon passeport. Je lui tendis la pièce, la réceptionniste se trouva occupée un bon quart d’heure par les contraintes administratives que je venais de lui imposer. Elle me délivra un laissez-passer à mon nom en forme de carte à doubles volets, document qui semblait revêtir un rôle important et qui pourtant ne m’a été d’aucune utilité durant le séjour. Elle me remit la clé de la chambre et m’indiqua la direction de l’ascenseur se trouvant au fond du hall. Les portes automatiques se refermèrent derrière moi, l’ascenseur trembla comme les trains russes au démarrage mais il fonctionnait. A l’étage, un long couloir central et rectiligne filait sur toute la longueur du bâtiment et distribuait des deux côtés vers les chambres.
La chambre était décorée dans un style soviétique remarquable. Un parquet en chêne massif usé par le temps était par endroits recouvert par des tapis russes aux motifs géométriques. Au mur était fixé un poste radio archaïque dépourvu d’interrupteur dont la mise en marche se faisait simplement en branchant la prise au secteur. Sur le bureau près de la fenêtre trônait un vieux téléphone à cadran en matière plastique rouge. La chambre comportait deux lits étroits. Des rideaux de couleur rose tamisaient agréablement la lumière. Je me dirigeai vers la fenêtre et tirai les rideaux. En raison de la chaleur, la fenêtre était ouverte. A l’extérieur, j’apercevais en face un immeuble d’habitation avec des commerces au rez-de-chaussée, à gauche la tour et le mur d’enceinte du château de Lida et à droite la longue Oulitsa Sovietskaya qui se perdait au loin.
Les origines du château de Lida remontent au XIVe siècle mais il a été reconstruit plus récemment suite à sa destruction au XVIIIe siècle.
Le soir, j’allai dîner au restaurant de l’hôtel. La salle paraissait immense et avait des airs de salle des fêtes communale. Je m’installai à une table au fond du restaurant, j’avais le choix, seule une table était occupée par le personnel du restaurant qui dînait et une autre par un couple. Lida est connue pour la qualité de ses bières, et je choisis une brune pour accompagner mon dîner. Je dégustai de délicieux zrazy. Il s’agit d’un plat préparé avec des pommes de terre, de la viande de porc et des champignons, puis cuit au four dans une terrine émaillée recouverte d’un couvercle façonné avec de la pâte à pain.


jeudi 2 octobre 2008

Minsk - Le marché Komarovski



En revenant de la bibliothèque, je passai au marché Kamarovski. C’est un marché alimentaire permanent ouvert tous les jours sauf le lundi.
A l’extérieur se trouve le marché aux fruits et aux légumes. L’organisation n’est pas laissée au hasard, les marchands s’installent à des étals fixes parfaitement alignés en plusieurs rangées. En cette saison, les étalages sont colorés et richement achalandés. Les produits sont frais et odorants, on y trouve en quantité pommes de terre, carottes et choux, les principaux ingrédients de la cuisine traditionnelle biélorusse mais également des herbes, des poivrons, des tomates, des fraises, des cerises, des champignons et toutes sortes de baies. Quelques stands proposent des produits préparés, à l’un, j’ai goûté aux cornichons Malossol qui se déclinent sous différentes formes, à l'autre j'ai testé des salades de choucroute différemment préparées.
Une petite zone regroupe quelques babouchkas portant des fichus colorés noués autour de la tête. Elles vendent les produits de leur cueillette dans les bois, essentiellement des baies et des champignons.
D’un étal à l’autre, les prix sont sensiblement les mêmes. Le consommateur choisit son étal en fonction de la qualité des pommes de terre ou de la taille des choux. Les étalages sont principalement tenus par des femmes vêtues d’un tablier bleu.
A l’intérieur du bâtiment se passe le marché à la viande et aux poissons mais on y trouve toutes sortes d’autres produits alimentaires, de la volaille, des saucissons secs et des fromages. C’est une immense halle où les étals réfrigérés forment de grands îlots à l’intérieur desquels s’activent les vendeuses aux tenues aux couleurs du stand. Tout autour de la partie centrale se trouvent des petites épiceries aux devantures surchargées dans lesquelles est empilé un échantillon de chaque produit en vente chez le commerçant.

mercredi 1 octobre 2008

Minsk - La Bibliothèque nationale



Le lendemain matin, je me rendis à la Bibliothèque nationale pour démarrer les investigations. De la station de métro Plostchad Pobedy, la ligne bleue m’emmena à la station Vostok située à proximité de la bibliothèque. Dès la sortie du métro, on aperçoit le bâtiment surnommé par les Minskois « le Diamant ». L’imposant édifice, un bâtiment circulaire surmonté d'un polyèdre complexe, a été inauguré courant 2006.
Le quartier de la bibliothèque est récent et la construction de nouveaux immeubles d’habitation se poursuit. Minsk possède un formidable pouvoir d’attraction sur les populations rurales et citadines des autres villes du pays. Les campagnes se dépeuplent progressivement et la capitale ne cesse de s’étendre par des quartiers périphériques nouveaux. Un phénomène universellement connu qui se répète depuis des décennies sur tous les continents mais qui ici est régulé par l’état.
Arrivé dans le vaste hall d’entrée, je passai au guichet pour m’inscrire. En quelques minutes la préposée me délivra une carte magnétique avec ma photo scannée à partir du passeport. Je devins ainsi le lecteur n° 107492 de la Bibliothèque nationale de Biélorussie. Le bâtiment présente plusieurs niveaux avec différentes salles de lecture, salles de conférence, des espaces dédiés à l’art et à la musique, un restaurant, tous situés en périphérie extérieure d’un couloir circulaire. Au centre se trouve un immense espace dédié aux demandes d’ouvrages. J’étais un peu désorienté mais une sympathique étudiante me servit de guide le temps de trouver mes repères.
C’est confortablement installé au fond de la salle de lecture réservée aux diplômés de l'enseignement supérieur, juste en face des rayonnages que j’entrepris de feuilleter la pile de livres que j’avais sélectionnés. L’endroit est agréable, le calme qui y règne propice au travail. L’ambiance est d’autant plus bonace qu’en cette période de vacances d’été Minsk se vide de sa population estudiantine jusqu’à la rentrée de septembre.
J’espérais trouver une carte détaillée de la ligne de front de 1916, avec des indications de position des régiments allemands ou toute information permettant de reconstituer les événements survenus. Bien vite, je me rendis compte qu’il s’agissait d’un travail de longue haleine et après une deuxième matinée passée à éplucher une quantité impressionnante d’ouvrages et à demander toutes sortes de cartes je dus me rendre à l’évidence. Je ne trouverai pas le document convoité ici. Les ouvrages disponibles sont trop généralistes ou destinés à l’enseignement. Ceux dédiés à la voblast de Grodno couvrent une période trop vaste allant de l’apparition des premières tribus protoslaves à la fin de l'Antiquité jusqu’à la fin du XXe siècle. Mes recherches n’étaient pas efficaces et tant bien même elles l’auraient été, je n’étais pas assuré que la bibliothèque était en possession des informations. Pourtant lors de la Première Guerre mondiale le quartier général des armées impériales russes était basé à Minsk mais sitôt la paix signée, tout avait dû être rapatrié à Moscou. Finalement, la solution n’était-elle pas de me rendre sur place, soit aux archives à Moscou, soit sur le théâtre même des opérations dans la voblast de Grodno ?