mardi 30 septembre 2008

Minsk



Le lendemain, je pris le temps de redécouvrir la ville. Minsk ne m’est pas inconnue, par le passé j’y avais séjourné à plusieurs reprises. Je retrouvai facilement mes repères.
J’avais prévu de passer quelques jours dans la capitale pour faire des recherches à la Bibliothèque nationale avant de repartir pour l’ouest du pays.
Minsk est une ville exceptionnelle, une sorte de musée grandeur nature de l’époque soviétique.

Chaque année, elle s'ouvre un peu plus au capitalisme, compte davantage de gros 4x4 dans les avenues mais elle a su préserver son âme. Dans le Minsk original, la cohérence architecturale est conservée. Les traditions demeurent solidement ancrées et les Minskois savent rester accueillants et chaleureux. Minsk continue de m'émouvoir, elle est loin du tumulte touristique de Prague et son atmosphère ni fiévreuse, ni excessive reste bienséante et magiquement soviétique.
Elle occupe une position géographique centrale et est aussi la plus grande ville du pays qui concentre près d'un habitant sur cinq. La ville est ceinturée par un périphérique à 4 voies qui distribue vers les quatre coins du pays.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, elle subissait d’importantes destructions. Après le 8 mai 1945, Staline fait redessiner la ville et pour la rebâtir, il réquisitionne des milliers de prisonniers allemands. C’est de cette époque que date l’allure de la ville avec de larges avenues et leurs immeubles de style stalinien. Ils sont construits parallèlement aux avenues et forment d’immenses blocs. Les façades donnant sur les avenues sont parfois richement décorées. Des voies secondaires permettent d’accéder, souvent par des porches à d’énormes espaces intérieurs. Ces derniers comportent des cours, des espaces verts et des aires de jeux où une partie de la vie sociale du bloc s’organise.

Mon immeuble était situé Oulitsa Kouibychev, non loin du marché Komarovski et de l’avenue Nezavisimosti qui traverse, en diagonale orientée nord-est, une bonne partie de la ville. L’avenue Nezavisimosti est la plus belle avenue de la ville, la plus fréquentée, on y trouve de nombreux bâtiments officiels mais également des boutiques de luxe et on peut la comparer aux Champs Elysées à Paris. Tout converge vers cette avenue, les Minskois qui souhaitent y déambuler ou s’y montrer, les automobilistes, les tramways et les bus des transports publics, le métro de la ligne bleue se satisfait de l’épouser et de filer sous elle. Elle nait dans le centre-ville, non loin de la gare ferroviaire, au bout de la place de l'Indépendance où siègent Lénine et diverses institutions gouvernementales. Elle passe ensuite à Oktyabrskaya où l'on voit du côté gauche le Palais de la République et du côté droit le palais présidentiel abrité derrière un parc. Elle plonge ensuite la côte, où certains bus surchargés s’essoufflent, pour arriver au cirque d’état. C’est à cet endroit que l’avenue change de décor sur quelques centaines de mètres. A droite s’étale le parc Gorki avec sa grande roue, à gauche le parc Yanka Koupala, tous deux traversés perpendiculairement par la Svislotch aux nombreux méandres. L’avenue est mise en valeur sur cette partie par des balustrades blanches de tradition néo-classique du meilleur effet. Droit devant on aperçoit déjà la place de la Victoire et son obélisque surmontée de l'étoile rouge de l'Ordre de la Victoire pour commémorer celle du 8 mai 1945. Les bâtiments officiels et les immeubles, autrefois habités par les apparatchiks du régime, se succèdent jusqu’au parc Tcheliuskintsev et l’avenue s’en va mourir dans les faubourgs de la ville derrière le boulevard périphérique.


mardi 23 septembre 2008

Bloqué à Goudagaye



On m’emmena derrière le bâtiment de la douane, à l’intérieur d’une cabane située au fond d’une cour. On me montra un tabouret à côté de la porte et je pris place. Dans la pièce un téléviseur accroché au mur monopolisait l’attention des occupants. Il passait une course de Formule 1, le grand prix de Grande-Bretagne. A côté de moi, un couple de touristes était déjà installé. Un douanier entra suivi d’une femme en pleurs âgée d'une cinquantaine d'années. Elle s’installa sur un tabouret sans s’arrêter de verser des larmes. Elle devait être Russe ou Biélorusse et je me demandai quelle était la raison de sa venue. Son passeport n’était-il pas en règle ?
Les douaniers entraient et sortaient de la pièce. A chaque venue, ils profitaient de l’occasion pour suivre la course pendant quelques instants. Il pleuvait à Silverstone et les bolides entraînaient des nuages d’eau dans leur sillage. Les douaniers finirent par quitter tous la pièce. Je questionnai mes voisins.
Ils venaient de Stockholm. Elle était Italienne, fine et jolie, le teint hâlé par le soleil. Lui était Suédois, grand et blond. Le profil scandinave lui collait à la peau.
Nous osâmes une sortie dans la cour pour profiter du soleil et poursuivre notre discussion. Ils voyageaient depuis une quinzaine de jours en Ukraine, dans l’est de la Pologne et les Pays Baltes. Le matin même, ils avaient acheté à l’ambassade de Vilnius un visa pour la Biélorussie. Ils comptaient profiter de la proximité de Minsk pour y passer une journée avant de retourner à Stockholm. Pour chasser l'ennui, nous discutions de nos voyages respectifs, ils me parlèrent de Stockholm et moi de la capitale biélorusse.
Cela faisait environ deux heures que nous étions arrivés à Goudagaye et nous restions sans aucune information, à attendre à proximité du cabanon. On se sentait un peu en prison. Nos gardiens étaient réunis autour d’une table placée sous une pergola, à une dizaine de mètres de nous. On entendait leurs rires et leurs discussions bruyantes. Nous attendions probablement l’arrivée du prochain train pour Vilnius. Je décidai d’aller parler au chef des douaniers.
C’était un homme plus jeune que ses collègues, dans d’autres circonstances je l’aurais certainement trouvé sympathique. Je lui expliquai qu’à chacun de mes voyages en Biélorussie, j’achetais mon assurance sur place et que je ne demandais qu’à faire de même. Mais à Brest par exemple, le flux des voyageurs est plus important et une compagnie d’assurance a son bureau sur place. Nous n'étions pas à Brest, ici il y avait trop peu de voyageurs étrangers ce qui ne justifiait pas la présence d’un tel bureau.
Je lui demandai s’il lui était possible d’appeler une compagnie d’assurance mais il ne pouvait le faire pour moi. Il me prêta tout de même son téléphone portable pour appeler une connaissance à Minsk. Je réussis à la joindre et elle se chargea de contacter la compagnie d’assurance. Elle me rappela sur le téléphone du douanier pour me dire qu’un agent viendrait à Goudagaye. Une heure plus tard, la représentante de la compagnie d’assurance arriva.
Les Suédois payèrent un dollar américain chacun pour pouvoir passer une journée à Minsk. Pour mon séjour de vingt jours, la jeune femme me demanda dix dollars américains. Je n’avais pas de dollars et je lui tendis un billet de dix euros. Mais elle n’acceptait pas les euros ! Je lui proposai alors de ne pas me rendre la monnaie, sachant que dix euros représentent seize dollars américains, mais rien n’y fit. Même en Europe, l'euro n'avait pas encore supplanté la monnaie américaine ! Finalement, je résolus le problème en la payant en litas, la monnaie lituanienne.
A 19 heures, nous étions, les Suédois et moi, sur le quai à attendre le train dont l’entrée en gare était imminente. Le chef des douaniers s’approcha de nous à pas vifs et nous interpella. Il y avait un nouveau problème !
- Vous ne pouvez pas prendre le train. Votre billet n’est plus valable et vous n’avez pas de roubles biélorusses pour payer votre voyage!
Comment avait-il deviné ? L’exportation de roubles étant interdite, cela allait de soi.
- Je vous suggère de prendre un taxi pour vous rendre à Minsk ! il nous montra de sa main trois taxis garés à l’arrière de la gare. Les chauffeurs devaient s’ennuyer ferme. L'un d'eux s’avançait déjà vers nous, trop content de sortir de son inactivité.
Cela sentait l’entourloupe et je ne m’étonnais plus de rien mais de toute façon nous n’avions pas d'autre choix. Nous discutâmes le prix avec le chauffeur, il nous annonça un prix approximatif de 250.000 roubles mais précisa que la valeur exacte sera celle donnée par le compteur.
Nous embarquâmes trop contents de quitter les lieux.
Le taxi filait à toute allure, bien au-delà des limites autorisées. Je n’étais pas rassuré. Dans ces cas-là, ma recette habituelle est de sortir mon appareil photo et de shooter les paysages.
A quelques kilomètres de Minsk nous vîmes des gyrophares au loin devant nous. Le chauffeur ralentit craignant un contrôle de police. Un cycliste venait de se faire renverser par une voiture. Il gisait sur la route recouvert d’une couverture. Seules ses jambes dépassaient. Ses pieds étaient nus, il avait perdu ses tongs qui se trouvaient un peu plus loin sur la route, non loin de son vélo déformé sous la violence du choc.
Deux heures et demie après notre départ de Goudagaye, il nous déposa à la gare centrale de Minsk. Là, je changeai des devises pour payer ma part du taxi, puis passai un coup de fil au propriétaire du studio que j'avais réservé. Le couple de Suédois prit un taxi pour rejoindre l’hôtel et moi je me dirigeai vers mon lieu d'hébergement.

samedi 20 septembre 2008

En route pour la Biélorussie



Après quelques heures d’attente à la gare de Vilnius, je me dirigeai vers la plateforme pour prendre le train 306 Vilnius-Minsk de quatorze heures seize. Un court voyage de deux cents kilomètres qui nécessite tout de même quatre heures et quinze minutes.
Le train des chemins de fer biélorusses était déjà à quai, je remontai le convoi pour trouver le wagon numéro 2 où j’avais une place réservée. A l’arrière de chaque wagon, la provodnitsa en uniforme bleu se tenait au garde à vous au pied des trois hautes marches qui donnent accès au train. C'est elle qui dans chaque wagon des trains de l’ex-bloc soviétique contrôle la validité des billets, sert des boissons chaudes, distribue le pack couchage, veille à l'ordre et à la sécurité des voyageurs et s'occupe aussi du nettoyage.

Arrivé à sa hauteur, l'hôtesse me lança -Vach biliet!Je lui remis mon billet et mon passeport, elle vérifia mon titre de voyage, mon passeport et me pria de monter.
Mon wagon de type « platzkart » correspond à une troisième classe. C’est celle que je préfère. Elle est bien moins chère que les wagons de type « lux » de la première classe et presque aussi confortable que les « koupé » de la deuxième classe, et l’on peut plus facilement rencontrer des gens et entamer une discussion. Il reste la quatrième classe qui correspond au confort des trains régionaux mais on est assis sur une banquette en bois très inconfortable pour un long voyage.
Les trains même de grandes lignes sont souvent vieillots et datent encore de l’époque de la guerre froide. C’est avec émotion que j’emprunte ces trains vestiges d’un temps révolu.
Mon wagon restait à moitié vide. L’obligation de visa établi entre les deux pays ne facilite pas les déplacements. En 1989, le mur de Berlin tomba. Allemands de l’Est et de l’Ouest pouvaient à nouveau circuler librement. En 2004, l’Europe s’élargit et passe à vingt-cinq. Pendant plusieurs décennies les Polonais pouvaient rendre visite à leur famille habitant en Biélorussie et vice versa. Depuis, l’Europe pour laquelle la liberté est un symbole fort, a élevé de nouveaux murs et ces mêmes familles ne peuvent plus se voir car les visas sont chers et difficiles à obtenir.
Je m'installai à l'intérieur du box, composé de quatre couchettes en moleskine rouge, où j'avais ma place réservée. Dans le platzkart, les compartiments n'ont pas de séparation avec l'allée centrale car ils sont raccourcis pour permettre au couloir central d'accueillir une rangée supplémentaire de couchettes. Les personnes qui mesurent plus de un mètre soixante-quinze ont, en position étendue, les pieds qui dépassent légèrement dans l'allée. Cela donne, suivant le cas, une image plutôt amusante au couloir. Je m'installai confortablement sur ma couchette.

Le convoi ne tarda pas à s’ébranler. Rien de comparable avec les trains modernes d’Europe occidentale qui vous emmènent dans une atmosphère feutrée, avec des accélérations linéaires, sans la moindre secousse et à des vitesses vertigineuses vers votre destination. Ici, les trains sont des dinosaures en voie d’extinction qui se meuvent lourdement, avec des articulations grinçantes qui limitent leur vitesse. Au moment du départ, des secousses se transmettent de wagon à wagon. Ensuite, une fois la vitesse de croisière atteinte, le passage des roues sur les interstices non soudés des rails rythment bruyamment le voyage par des secousses. Elles bercent ou agacent selon les capacités du voyageur à trouver le sommeil car ces trains d’une autre époque offrent de la catégorie lux à platzkart des couchettes. Chacun dispose ainsi d’un emplacement réservé où il peut s’allonger. L’épaisseur de la couche est fonction de la classe choisie. Même pour un voyage de quelques heures le confort maximum est garanti, le voyageur reçoit un sachet scellé marqué à l'enseigne des chemins de fer contenant deux draps, une taie d’oreiller et une serviette propres mais également un savon, une nappe hygiénique pour les toilettes.
Ce service systématique dont bénéficient encore tous les voyageurs de l’ancienne URSS vient de l’étendue du pays. De Minsk à Vladivostok, il n’y a pas moins de onze fuseaux horaires. Le train Moscou-Vladivostok couvre plus de neuf mille kilomètres et mets deux cents heures pour arriver à destination, mieux vaut donc pouvoir voyager allongé.
Les voyages en Biélorussie m’ont toujours réservé des surprises, visa obtenu in extremis, attentes interminables et contrôles tatillons à la frontière. Allait-il en être autrement cette fois-ci ?
La provodnitsa passa une première fois pour distribuer le pack couchage. Je m'en servis comme simple coussin. D'autres voyageurs s'étaient déjà mis à l'aise et avaient dressé leur lit. Sur les tablettes, placées sous les fenêtres, des provisions faisaient leur apparition, gâteaux secs, boîtes de bière et tasses de thé. Le train roulait depuis un quart d’heure et déjà il ralentissait, puis stoppa pour un bref arrêt en gare de Naujoji Vilnia, ville de la banlieue de Vilnius.
L’hôtesse distribua aux ressortissants de l’Union européenne les classiques formulaires d’entrée et de sortie de la CEI à compléter.
L’arrêt suivant était à Kena au poste frontière ferroviaire situé à une dizaine de kilomètres de la frontière géographique. Les douaniers lituaniens, équipés de terminaux informatiques accrochés autour de la taille, firent glisser les passeports dans un lecteur pour interroger une base de données.
Au bout d’une demi-heure l’ensemble du train était vérifié et la rame se remit à rouler.
Vers quinze heures trente, le train s’arrêta au poste frontière ferroviaire de Goudagaye situé cette fois-ci à une dizaine de kilomètres à l’intérieur du territoire biélorusse. Une équipe de sept à huit douaniers montèrent dans le train. Après quelques minutes, un douanier s’approcha de moi. Spontanément, je lui tendis mon passeport et mon formulaire d’entrée-sortie. Il tamponna mon passeport et me dit :
- Meditzsinskaya strahovka !
Le douanier me réclamait une police d’assurance médicale.
Je n’en avais pas. Je lui expliquai qu’à chaque fois que je m’étais rendu en Biélorussie j’avais souscrit à l’assurance soit à la douane, soit à l’aéroport. Mais il ne voulut rien entendre et il partit en emportant mon passeport. Il revint quelques minutes plus tard accompagné de son chef qui s’exprimait et me dit :
- Vous devez retourner à Vilnius pour acheter une assurance médicale, et il me demanda de descendre du train.
Je voyais mes espoirs de rejoindre Minsk en fin d’après-midi s’évanouir, pire je devais retourner à Vilnius pour aller trouver cette assurance médicale on ne sait trop où.
Je rassemblai mes bagages en espérant jusqu'à la dernière minute que le douanier me dise de rester et qu’il s’agissait d’une plaisanterie. La situation était grotesque mais vraie. Je me retrouvai sur le quai et bientôt le train s’éloigna.

mercredi 17 septembre 2008

Kaunas - Le fort V

Après la colline Napoléon, nous rejoignîmes le fort V qui se trouve cinq kilomètres plus à l’est. Il est situé sur la rive du Niémen. Il présente une architecture dissymétrique avec une antenne fortifiée protégeant la voie d’accès au fort. Une partie du fort est aujourd’hui utilisée comme terrain de paint-ball. Il fait partie du programme initial et les constructions sont comme pour tous les forts du programme initial en briques rouges. Il a subi des transformations importantes à l’époque soviétique pour servir de dépôt logistique à l’armée.
Après la visite, nous nous rendîmes dans un immense centre commercial flambant neuf se trouvant le long de Karaliaus Mindaugo en bordure du Niémen pour y prendre un verre. Ce centre commercial avait été ouvert au mois de juin et est rapidement devenu l’endroit branché des citadins de Kaunas, où l'on se réunit pour se montrer. Patinoire, restaurants, discothèque, boutiques de luxe, parking souterrain aspirent les consommateurs et vident le centre-ville. L’explication du constat fait quelques heures plus tôt était toute trouvée.
Mon séjour en Lituanie touchait à sa fin. Le lendemain matin, je retournai à Vilnius en bus, plus rapide que le train et à peine plus cher. Vladimir m'avait expliqué qu'il n'était plus possible, et cela pour plusieurs mois, de prendre le train pour Vilnius à la gare centrale de Kaunas en raison d'un tunnel ferroviaire en travaux.

mardi 16 septembre 2008

Kaunas - La colline Napoléon

Sur le chemin de l’hôtel, j’ai fait connaissance avec Karina et Oleg, un couple d'étudiants. Nous avons sympathisé et après leur avoir exposé la raison de ma présence à Kaunas, ils me proposèrent de m’accompagner en début de soirée au fort V pour le visiter.
Kaunas me faisait penser à une ville sur le déclin. Je ne ressentais pas le dynamisme que pourrait afficher la deuxième ville du pays. Nous étions le samedi après-midi, le temps était ensoleillé et le centre-ville était désespérément vide. De nombreux commerces étaient déjà fermés et les rares passants étaient pressés de rentrer chez eux.
A dix-neuf heures, en sortant de l’hôtel, je tombai face à une limousine noire. Au volant, je reconnus Oleg, Karina était assise à sa droite. Je m’installai à l’arrière dans les fauteuils moelleux en cuir. Je fis part à Oleg de mon étonnement de voir un étudiant rouler dans une voiture d’aussi grosse cylindrée (il s’agissait d’une Mercedes 500 équipée d’un moteur V8 de plus de cinq litres de cylindrée). Il me répondit qu’il avait acheté la voiture aux Etats-Unis pour la faire livrer en Lituanie. Il avait fait transformer le véhicule pour le faire fonctionner au GPL qui coûtait deux fois moins cher que le carburant classique ! De plus en plus d’automobilistes lituaniens passent du carburant classique au GPL. Je m'interrogeai sur la raison pour laquelle on n'observait pas un phénomène identique en France. Le GPL y est aussi en moyenne deux fois moins cher. L'économie de marché ne posait visiblement aucun problème à Oleg, étudiant en école de commerce...
Oleg voulut me montrer la colline Napoléon qui se trouvait sur la route du fort V. Nous roulâmes en direction de l’est, le long des quais qui épousent les courbes du Niémen, un temps frontière naturelle entre le Royaume de Pologne et l’Empire de Russie. Sa conduite était nerveuse et les accélérations projetaient le véhicule vers l'avant. Tout cela contrastait avec les moyens de transport que j’utilisais depuis quelques jours. Il gara sa puissante limousine au pied de la colline et nous grimpâmes tous les trois au sommet. Celui-ci est plat et offre entre les arbres une belle vue sur la plaine à l’est de Kaunas. C’est à cet endroit que le Niémen fait un angle, coulant jusqu’à là du sud au nord, pour prendre ici la direction ouest vers la mer Baltique. De là, on voit le Niémen faire ses méandres, soulignant avec ses boucles bleutées la rive occidentale qui domine la rive orientale en contrebas. Le 23 juin 1812, Napoléon et son aide de camp étaient montés sur cette colline pour observer les environs. Pour ne pas se faire repérer par d’éventuels soldats russes placés sur la rive opposée, Napoléon avait revêtu une tunique polonaise. Cette position lui offrait une vue sur la plaine située de l’autre côté du Niémen en territoire russe. C’est là qu’il prit la décision de l’endroit où le général Eblé allait construire les quatre ponts qui permettraient à son armée de traverser le fleuve le 24 juin et de marquer le début de la campagne de Russie qui allait se solder par une catastrophe six mois plus tard.

lundi 15 septembre 2008

Kaunas - Le fort IX

Le lendemain, nous décidâmes de visiter le fort IX situé au nord-ouest de la ville de Kaunas. Dans la ville, Vladimir me montra de nombreux bâtiments témoignant de l’importance de cette forteresse qui compta jusqu’à 90000 hommes en 1915, l’imposant bâtiment du quartier général de la forteresse, les bâtiments de l’hôpital, les casernes et entrepôts divers. Sous l’empire, une voie ferrée spéciale longue d'une trentaine de kilomètres permettait aux trains le ravitaillement des forts en vivres et en munitions à partir des entrepôts de la ville.
Vladimir raconta que le fort IX fut construit entre 1903 et 1911 avec des techniques innovantes. Il fut ainsi le premier fort de ce type construit dans l’empire russe. Il disposait d’équipements modernes, systèmes de ventilation et de chauffage, générateurs électriques et d'une solidité accrue grâce à l’utilisation du béton armé. L’ouvrage est dissymétrique et présente six faces. Il est ceinturé par un fossé défendu par deux coffres simples et un coffre double de tête.

L’histoire de ce fort ne s’arrête pas au lendemain de la Première guerre mondiale. Durant l’entre deux guerres le fort sert de prison à la ville de Kaunas. Durant l’occupation soviétique, le NKVD investit les lieux et y interne les prisonniers politiques en partance pour les goulags de Sibérie. Puis en 1941, les Allemands prennent possession du fort. Epaulés par des miliciens lituaniens rassemblent 9000 hommes, femmes et enfants dans le ghetto juif de Kaunas. Ils sont emmenés au fort IX puis exécutés. Par la suite, plus de 5000 juifs y sont encore déportés depuis l’Europe centrale et la France.
En 1958, le fort IX est aménagé en musée en mémoire des victimes. Par la suite, les thèmes présentés sont étendus à l’histoire de la forteresse.

L’accès au fort IX est ici aisé. En s’approchant on aperçoit en premier lieu l’œuvre du sculpteur Alfonsas Ambraziunasn, un imposant mémorial en béton de plus de 30 mètres de haut dédié aux 50000 victimes. Il se trouve à quelques dizaines de mètres du fort IX. Le dessus du fort est accessible ce qui permet de visiter les tourelles d’observation escamotables pour le réglage des tirs d’artillerie.
L’entrée a été modifiée lors de la transformation du fort en prison. Hormis cette verrue, le fort a gardé son allure d’origine. La visite de l’intérieur est fort instructive. Les installations électriques, les portes blindées et autres installations de chauffage sont encore visibles. A l’intérieur des coffres, les murs des postes d’artillerie sont recouverts de liège pour atténuer la résonance des tirs de canon. Les longues galeries souterraines disposent de très peu de lumière naturelle et sont parfois en pente pour permettre le passage d’un niveau à un autre.

Nous nous quittâmes, en nous promettant d’échanger des informations sur nos recherches respectives.

samedi 13 septembre 2008

Kaunas - Le fort VI

Fort VI - Le casernement

Le lendemain matin, Vladimir vint de bonne heure à l’hôtel pour m’emmener visiter et photographier le premier fort. La veille, nous avions décidé de porter notre choix sur le fort VI situé à l’est de Kaunas. Nous traversâmes la ville encore calme à cette heure-ci de la journée et arrivés dans les faubourgs de la ville, nous nous engageâmes sur une route étroite qui nous mena au bout d’un chemin de terre. Nous abandonnâmes la voiture devant une haute grille métallique attaquée par la rouille. A pied, nous contournâmes l’obstacle et j’allai découvrir, grâce à Vladimir, les secrets de ce fort. Sa construction dura de 1883 à 1889 et fit partie du programme initial de huit forts. L’architecture repose sur la technique classique des forts russes de cette période. Les constructions en briques rouges sont complétées sur le dessus par des couches de terre de plusieurs mètres d’épaisseur. L’ouvrage est symétrique et présente six faces. Il est ceinturé par un fossé défendu par deux coffres simples et un coffre double de tête. Les coffres sont reliés entre eux par des galeries distribuant vers l’intérieur du fort. L’arrière du fort est inversé pour n’offrir aucune prise aux tirs ennemis et l’entrée se trouve au milieu des deux faces arrière. Un pont-levis et une casemate double protègent cet unique accès (le deuxième accès étant neutralisé en période de crise) ainsi que le fossé dans ses parties arrière. Après le tunnel d’entrée, on débouche sur un espace central à ciel ouvert donnant sur le casernement. Les vastes chambres destinées aux troupes sont disposées en deux lignes symétriques d’une dizaine de chambres chacune. Elles donnent accès directement à l’espace extérieur mais communiquent également entre elles. Il est ainsi possible de rejoindre à partir de chaque chambre la galerie centrale. Celle-ci distribue en son milieu à gauche et à droite vers une cour au bout de laquelle se trouvent une poudrière, les abris des canons ainsi que le départ des rampes d’accès aux plateformes d’artillerie disposées sur le dessus du fort. Au fond de la galerie se trouve le coffre double de tête. Une pluie fine tombait et rendait difficile notre progression sur les talus détrempés et envahis par les herbes folles. Vladimir me dit en souriant :
- C’est un temps normal ! En Lituanie, il s’arrête de pleuvoir tous les quarts d’heure !
Le dessus du fort a quelque peu perdu son aspect d’origine et laisse davantage penser par ici, à une butte boisée par des bosquets d’arbres et par là, à une colline recouverte par des hautes herbes et des broussailles. La nature a repris ses droits.
Hormis les plateformes destinées aux pièces d’artillerie chargées de produire un tir de barrage frontal, le fort remplissait sa mission de flanquement en direction des forts voisins grâce à quatre casemates équipées de canons et situées sur chacune des faces avant. C’est à la lumière d’une lampe torche que nous progressâmes à l’intérieur des ouvrages. Les galeries, les poudrières et les abris à canons sont humides et sombres. Le sol est recouvert de nombreux débris mais la structure de l’ouvrage résiste très bien à l’usure du temps. Je photographiai sur les voûtes des dessins et décorations réalisés par les soldats allemands ou russes, rares traces visibles d'une présence humaine. Après plusieurs heures passées à explorer le fort VI, nous reprîmes la route du centre-ville.
Nous nous sommes garés à proximité de l’église catholique de l’Archange Saint-Michel. Cette église au départ orthodoxe avait été érigée sous l’empire russe pour les besoins de la garnison. Nous déjeunâmes dans un restaurant situé dans une rue adjacente pour déguster des galettes de pommes de terre accompagnées d’une excellente sauce aux champignons qui me firent penser aux draniki biélorusses.
Après la pause déjeuner, nous rejoignîmes notre véhicule pour nous diriger vers un ouvrage secondaire construit peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale et chargé de renforcer le système de défense principal. Il s'agissait d'une imposante casemate de béton longue d’une trentaine de mètres et destinée à accueillir une compagnie entière et quelques pièces d'artillerie. La technique utilisée pour cet ouvrage tenait compte des dernières évolutions en matière d’artillerie. Les plafonds sont protégés pas une double rangée de poutrelles d’acier juxtaposées qui renforcent l’imposante épaisseur de béton.

samedi 6 septembre 2008

La forteresse de Kaunas



J’avais réservé à l’hôtel Kauno Arkivyskupijos situé au cœur même de la vieille ville. Je descendis du trolleybus à Kauno Pilis. A pied et harnaché de tout mon barda je me dirigeai vers le château de la ville datant du XVIe siècle, pour le longer et je débouchai sur la place Rotušės où je devais me rendre. Je scrutai les bâtiments pour localiser l’hôtel. Je ne l’aperçus pas tout de suite car il s’agissait d’une bâtisse un peu inattendue. Coincé entre une église et un porche qui donne accès à une belle cour intérieure, l’hôtel se trouve être un bâtiment appartenant au diocèse de Kaunas. Après avoir trouvé la discrète porte d'entrée, je sonnai et la réceptionniste vint m'ouvrir. La chambre est propre, fraîchement rénovée et d'une sobriété toute religieuse digne d’un monastère. La réceptionniste qui fait également office d’administrateur est une étudiante en biologie qui partage son temps entre la faculté et son travail à l’hôtel. La personne est agréable et son décolleté tranche merveilleusement avec les lieux un peu austères. Elle me parla de Kaunas, de ses études, de ses ambitions…
Le soir, j’avais rendez-vous avec Vladimir Orlov, directeur du Karo Paveldo Centras. Il dirige un organisme chargé de faire des propositions pour une mise en valeur des vestiges militaires. Nous avons dîné au Medšiotoju Ušeiga, un restaurant situé sur la place Rotušės et spécialisé dans les plats de gibier et la cuisine lituanienne. Les bières locales sont excellentes et la cuisine riche et savoureuse. Ce soir-là, je goûtai à une karbonadas, escalope de porc panée et frite accompagnée d’une sauce aux champignons et des cepelinai, boulettes de pomme de terre en forme de zeppelin, d'où leur nom. Vladimir me fit, nombreux document à l’appui, un brillant topo sur la forteresse de Kaunas. Son origine, son évolution, son système de défense, les infrastructures, les techniques utilisées pour la construction et le contexte historique furent abordés.
La ville de Kaunas est ceinturée de neuf forts qui constituaient l’essentiel du système de défense de la forteresse impériale russe. Sa construction débute en 1882 et se poursuit jusqu’en 1915, année où l’armée allemande fait tomber un à un les forts pour finalement prendre toute la ville. Le système de défense est inspiré des techniques mises au point par Vauban. L’histoire des forts ne s’arrête cependant pas là. Les Allemands font des travaux mineurs de renforcement jusqu'en 1918. Après la Première Guerre mondiale, la Lituanie gagne son indépendance et la forteresse abrite des éléments de la nouvelle armée lituanienne. Sa reconstruction n’est néanmoins plus à l’ordre du jour en raison du coût jugé trop important et des nouvelles techniques militaires réduisant considérablement l’intérêt de tels ouvrages.
En 1938, le pacte Molotov-Ribbentrop jette la Lituanie dans la sphère d'influence soviétique. C’est alors tout naturellement que l’armée rouge investit les lieux en juin 1940 et transforme certains forts en prison pour y interroger et interner les prisonniers politiques. Un an plus tard, l’Allemagne rompt le pacte et l’armée allemande reprend possession de la forteresse. Les nazis convertissent certains forts en camp de concentration, près de 50.000 personnes sont exterminées, en grande partie des juifs issus du ghetto de Kaunas ou originaires de différents pays d’Europe centrale.

jeudi 4 septembre 2008

En route vers Kaunas



Pour me rendre à Kaunas, j’empruntai un train régional. Les trains régionaux sont lents et effectuent de nombreux arrêts pour desservir par-ci par-là, une gare symbolique située en rase campagne et éloignée de tout village. Pour parcourir la centaine de kilomètres séparant Vilnius de Kaunas, il ne faut pas loin de 2 heures. Par la fenêtre, j'observai, en pensant à ma prochaine étape, les paysages plats de Lituanie. La nature était belle avec des verts profonds et des ciels bas étirant des nuages cotonneux.
Le train entra en gare de Kaunas, je descendis du wagon et surpris je constatai que l’unique voie ferrée se trouvait à flanc d’une colline verdoyante. L'endroit ressemble davantage à la gare d’un village plutôt qu'à celle d'une agglomération de 400.000 habitants. Une femme portant l’uniforme des chemins de fer lituaniens marchait un peu plus loin en direction du seul bâtiment visible des quais, un bungalow préfabriqué faisant office de local administratif. Je la rejoignis pour recevoir des explications. Malheureusement, elle ne s'exprimait qu'en lituanien. Afin de pouvoir m'orienter, je lui demandai de m’accompagner vers un large panneau sur lequel était placardé un plan de la ville. Deux compères, l’un taillé comme une armoire à glace, l’autre de corpulence plus modeste se sont joints à notre conversation car ils parlaient tant bien que mal l’anglais. J'étais non pas à la gare de Kaunas mais à celle de Kaunas1 située à l’est de la ville à l’opposé du lieu où je devais me rendre. Pour rejoindre le centre-ville, il me fallait rejoindre l’arrêt de bus situé à une centaine de mètres en contrebas, puis emprunter le trolleybus de la ligne 5. Je pris congé et me dirigeai vers l’arrêt de bus pour me joindre à un petit groupe de 3 ou 4 personnes en attente. Aucune des personnes ne parlait l’anglais et ne pouvait de ce fait me confirmer la direction que je voulais emprunter. Une pluie fine s’était mise à tomber. Rien d’inattendu puisque Lituanie signifie « le pays de la pluie ». Un trolleybus apparut au loin et s'arrêta près de moi. Ce n’était pas la ligne 5. Les voyageurs disparurent avalés pas le trolleybus et je me retrouvai seul à l’arrêt. Une voiture blanche s’arrêta à son tour au niveau de l'arrêt et je reconnus à l’intérieur du véhicule les deux compères vus précédemment à la gare. Ils me firent signe de monter. Content de cette opportunité, je ne me fis pas prier et je pris place à l’arrière du véhicule avec mes bagages et le véhicule démarra. Ils proposèrent de m’emmener au centre-ville. Le véhicule s’engouffra vers une station-service et s'arrêta non loin des pompes. Le conducteur saisit son téléphone pour passer un coup de fil. Sa conversation resta un mystère mais j'étais convaincu qu'il parla de moi. Le temps s’écoulait, je ne comprenais plus rien aux intentions des deux compères car les réponses à mes questions étaient confuses. Perplexe, je décidai de quitter le véhicule. Je les remerciai et sorti du véhicule, non sans qu’ils m’aient fait part de leurs protestations. Je retournai à pied vers l’arrêt de bus. La voiture blanche revint dans ma direction, stoppa à quelques dizaines de mètres de moi. A distance, on s’observait. Un bus s’arrêta, l’unique personne présente à l’arrêt monta. Je me retrouvai à nouveau seul et la voiture avança doucement pour s’arrêter à ma hauteur. Je commençai à trouver cette attention bien étrange. Ils insistèrent pour me faire monter argumentant que l’arrêt de bus où j’attendais n’était pas le bon. Prenant en compte cette information, je les saluai une nouvelle fois et je traversai la route pour rejoindre l’arrêt de bus 50 mètres plus loin. La voiture démarra et disparu. La pluie se transforma en violente averse. La seule possibilité, si je voulais rester à proximité de l’arrêt de bus était de m’abriter sous l’auvent d’un fabricant de meubles. Une fois à l'abri, j’interpellai les employés pour leur demander vers quel côté il fallait se diriger pour se rendre au centre-ville. Quelle ne fut ma surprise de constater qu’aucune des personnes ne pouvait me répondre. Quel contraste avec Prague, où toutes les personnes rencontrées parlaient une, voire plusieurs langues étrangères. De plus, la seule personne qui parlait l'anglais était incapable de me dire de quel côté se trouvait la ville !
La pluie se fit moins violente et je rejoignis à nouveau l’arrêt de bus bien décidé à quitter au plus vite ce lieu curieux où les résidents eux-mêmes ne savent pas comment le situer. La voiture blanche de tout à l’heure réapparut et se rapprocha de moi à vitesse réduite, mais le bus finit par arriver. Soulagé, je montai à bord. Ces individus étaient-ils de bonne foi ou en voulaient-ils à mon matériel et mon argent ? Le doute persistait.
Une heure plus tard, je me trouvai dans le centre-ville. Il me restait à trouver l’hôtel.


voir les photos :
http://remybrauneisen.free.fr/cap_est/kaunas/

mercredi 3 septembre 2008

Vilnius


Tard dans la soirée, l’avion qui m’amenait de Prague à Vilnius atterrit à l’aéroport international. Pendant que celui-ci effectuait sa descente, je pus apercevoir par le hublot les larges étendues planes de Lituanie parsemées de nombreux plans d’eau que le soleil couchant faisait scintiller. Il s’agissait probablement de bassins piscicoles ou d’étangs. Vilnius est encore loin du cercle arctique mais la luminosité et l’allongement des journées sont nettement perceptibles par rapport à la France.
Un taxi m’amena à mon hôtel situé à quelques centaines de mètres de la gare, sur un ancien site industriel soviétique se transformant le soir venu en un lieu de rencontre pour les jeunes de la ville. L’hôtel est neuf, très bien tenu et doté d'équipements modernes. Une installation wifi est disponible gratuitement. La Lituanie a fait de gros efforts pour égaler, voir dépasser le standard hôtelier des villes d’Europe de l’ouest. Elle n’a rien à envier à une ville comme Rome qui dispose encore d’une infrastructure hôtelière obsolète et très chère.
De bonne heure le lendemain, j’entrepris l’exploration du centre historique de la ville. Cette partie, située entre la rivière Néris au nord et la gare au sud, concentre un riche patrimoine architectural et historique.
Je déambulai le long de Gedimino Propektas, une avenue presque haussmannienne bordée de beaux immeubles cossus. Celle ci débouche à la place de la Cathédrale. L’imposant édifice est d’un blanc immaculé, son origine remonte au XIIIe siècle mais il a subi de nombreuses transformations pour arriver à l’apparence actuelle. Un beffroi d'une blancheur parfaite et séparé du bâtiment de la cathédrale complète l’ensemble. Après la place, j'arrivai au parc situé au pied du mont Gediminas. Les serpentements des allées ombragées incitent à la flânerie, la ville semble déjà loin.
Après avoir visité le quartier d’Uzipis, le Petit Montmartre, je traversai le pont enjambant la Vilnia pour revenir sur mes pas en direction de la vieille ville. Cette fois-ci, la balustrade en fer forgé du pont que j'avais ignoré lors de mon premier passage, attira mon attention. Des dizaines de cadenas sont verrouillés sur les colliers décoratifs. Je m’assis sur le banc face à l’ouvrage pour contempler cet enchevêtrement original d’anneaux métalliques. Au moment où je levai mon Nikon pour prendre une photo, j’entendis une voix féminine dire en anglais « Ce sont les couples qui au moment de leurs noces fixent un cadenas sur la balustrade pour sceller leur union. C’est une mode qui nous vient de St-Petersburg !» Je tournai la tête vers la voix et je vis une jeune femme à la chevelure brune et aux yeux noirs et brillants. Elle s’appelle Alissa et elle est ballerine à l’opéra de Vilnius. Le théâtre étant fermé depuis quelques jours pour la pause d’été, elle aime profiter de son temps libre pour se promener en ville. Nous avons sympathisé et je lui ai demandé si elle avait un peu de temps à me consacrer pour me faire découvrir quelques endroits de la ville. Elle acquiesça et m'entraîna vers la rue Maironio. Nous passâmes à côté de l'église Sainte-Anne, de style gothique, étonnante sous sa parure intégrale en brique rouge mais malheureusement en travaux. Nous traversâmes le parc pour arriver non loin de l’entrée de la cathédrale. Elle me montra une plaque métallique scellée dans le sol, le Stebuklas qui signifie miracle en lituanien. Elle m’expliqua qu’il fallait monter sur la plaque et tourner en rond tout en pensant à son voeu. Pour en faire la démonstration, elle se plaça au milieu de la plaque puis pirouetta avec une grâce toute naturelle et formula son vœu secret.
Elle m’emmena ensuite vers le square Rotušės pour me montrer une autre plaque métallique scellée cette fois dans le mur de ce qui pouvait être l’hôtel de ville. Une citation de G.W. Bush annonce : « Quiconque deviendra ennemi de la Lituanie deviendra ennemi des Etats-Unis d’Amérique ». Message rassurant pour cette jeune démocratie et prenant tout son sens pour un petit pays de moins de 4 millions d’habitants qui a souffert d’une soviétisation violente, avec la déportation en Sibérie d’un habitant sur 10 dans les années qui suivirent la Deuxième Guerre mondiale
En fin d’après-midi, je quittai Alissa près de la gare pour prendre le train pour Kaunas.

mardi 2 septembre 2008

Prague




Début juillet, je me suis rendu à Prague, première étape de mon voyage. De l’aéroport, je rejoignis aisément le centre ville en bus d'abord, puis en métro. Les infrastructures et les transports sont modernes. La vieille ville est en partie ceinturée à l'ouest par la Moldau. Le cours d’eau est traversé par plusieurs ponts dont l’emblématique pont Saint-Charles, en travaux cet été.
Séduisante par ses splendeurs architecturales épargnées par les guerres, son style est très varié, le roman côtoie le gothique et le baroque, témoins d'une grande richesse historique. La ville est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Au cœur même de la cité se trouve la place principale Staroměstské náměstí , une pure merveille.
De là, je remontai l'avenue Pařížská où se trouvent quelques beaux immeubles baroques et au bout de celle-ci, le pont Čechův enjambant la Moldau.
Depuis le Čechův most, je descendis la rue 17. Listopadu. A hauteur du Rudolfinum, je bifurquai à droite pour voir la façade de la salle de concert dont le bâtiment de style néo renaissance se trouve mis en valeur par l’espace offert par la proximité de la Moldau et la place Jan Palach. Je venais de traverser cette dernière et me retournant pour jeter un dernier regard vers le Rudolfinum, je vis une jeune femme blonde assise sur un banc. J’eus un flash, le tableau me faisait penser à une photographie de Helmut Newton ou de David Lachapelle. La fille était vêtue d’une robe rouge écarlate qui tranchait avec la blancheur de sa peau et les tonalités neutres de l'arrière-plan. Elle lisait un livre, les jambes légèrement écartées ce qui conférait à la scène un brin d’érotisme. J’ai cadré avec mon Nikon et j’ai déclenché. J’aurai dû demander à la jeune femme de m’autoriser à faire quelques prises de vue mais déjà je m’éloignai de la place avec des regrets et une photo volée sur ma carte mémoire...
L’ambiance originale de Prague est brouillée par une masse grouillante de touristes et tous les inconvénients qui peuvent en résulter. Je peine à entrer en communion avec cette ville de Bohème qui pourtant a tout pour inciter le voyageur à la désirer, la sentir et l'aimer...
Prague misa très tôt sur un important développement du tourisme. La rénovation de la ville débuta dès la Révolution de Velours de 1990 achevée.
La ville est en effervescence, la libre entreprise, la modernité, l'économie de marché prospèrent dans la sérénité retrouvée depuis sa contribution active au rêve européen.

Tout cela est bien loin de l’ambiance pragoise des romans de Milan Kundera mais qui le regretterait…

lundi 1 septembre 2008

Mon blog

Aujourd'hui voit naître mon blog. C'est une première pour moi, un nouveau défi, un coup d'essai qui je l'espère sera transformé. Ma première intention est de mettre en ligne les chroniques de mes voyages dans les pays d’Europe centrale et de l’est. Dans ce domaine, l’écriture reste un complément intéressant à l'image photographique. Les textes apporteront couleurs et éclaircissements supplémentaires.
Je viens à peine de poser mes doigts sur le clavier et déjà les premiers questionnements apparaissent. Quels thèmes aborder ? Comment les traiter ? Quel ton utiliser ? Serai-je assidu et régulier dans la publication des posts ? J’ai choisi d’écrire à visage découvert, sans utiliser de pseudonyme, avec le risque d'essuyer un refus d'attribution de visa dans un avenir proche.
Pour commencer, je vais revenir sur mes périples de l’été. Mon voyage initialement prévu en Russie venait de tomber à l’eau pour des raisons sur lesquelles je reviendrai un peu plus tard. En toute hâte, j’ai mis sur pied un projet de substitution qui devait m’emmener, près de 90 ans plus tard, sur les traces de mon grand-père, soldat dans l’armée allemande de 1914 jusqu’à fin 1918. L’Alsace, sa région natale était alors annexée par le Reich allemand depuis la défaite de la France de 1871. Depuis plusieurs mois, je peinais à reconstituer, à partir des fragments en ma possession, son histoire personnelle lorsque les affres de la Première Guerre mondiale l’avait jeté sur les champs de bataille d’Artois, de Russie et de Roumanie. Les destinations furent rapidement trouvées, me réservant la Roumanie pour plus tard, je choisis d'investiguer la forteresse de Kaunas en Lituanie, puis une partie de la ligne de front de 1916 entre le lac Narotch au nord et Krewo au sud, endroits situés tous deux en Biélorussie où mon grand-père passa plusieurs mois dans les tranchées boueuses.