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Crimée, les faux espoirs ?

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par Rémy Brauneisen L'épave d'un sous-marin Bentos 300 à proximité de Sébastopol E n bon tacticien, Vladimir Poutine a annexé la Crimée. Tout était réglé comme du papier à musique pour son deuxième coup de main, le premier étant celui de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie en 2008. Comme un hippopotame bien gras, qui comme tout le monde le sait est un animal lent et à large bouche, l’Union européenne a juste eu le temps de pousser quelques beuglements d’étonnement et d’indignation en voyant l’ours saisir la Crimée dans sa gueule et l’emporter dans sa tanière. Barack Obama a donné de la voix,  mais en ajoutant immédiatement que toute réponse militaire était exclue. Pour les Criméens, les lendemains sont parfois douloureux avec les prix de l’immobilier qui flambent, les touristes qui ne s’annoncent pas, et puis, il y a aussi pénurie d’eau, d’électricité, de liquidités et même de produits alimentaires. Si le résultat du référendum parait indiscutable, rappelez-vous ...

Comme les temps ont changé

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par Rémy Brauneisen La base navale de Sébastopol avec ses grues aux couleurs blanc, bleu, rouge de la Russie et les grues aux couleurs jaune et bleu de l'Ukraine. « C omme les temps ont changé », c’est ce que je me suis dit en photographiant, depuis le train qui m’emmenait de Simferopol à Sébastopol, les bâtiments de la flotte russe. C’était en 2007, lors d’un voyage qui m’a fait traverser l’Ukraine du nord au sud, et plus particulièrement la Crimée. Cette ingénuité prévalait encore puisque l’ennemi d’hier semblait toujours sur les genoux, et avait besoin de l’Occident pour se remettre de la faillite du système. Gamin, j’avais connu l’époque de la Guerre froide, et l’ours russe me foutait la trouille bien que je le susse très loin. Dans le train régional, les voyageurs assis sur les inconfortables banquettes en bois me regardaient, impassibles, mitrailler tous azimuts les navires de guerre russes. Je m’attendais à entendre « Arrêtez-vous, c’est interdit ! ». Personne n’a b...

Devoir de mémoire (10)

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Le professeur Nikolaï Tushin montre l'atlas recensant les zones contaminées en Europe Pripiat, vestige lugubre d’une authentique ville de l’ère soviétique, est figée à tout jamais depuis cette année 1986. Il s’agit d’une ville unique en son genre, datant de l’époque communiste, une ville-fantôme faisant office de musée. Des experts annoncent que la ville est contaminée aux isotopes de plutonium dont la durée de vie est de 48.000 ans. Avec Tchernobyl, nous avons passé un point de non-retour et nous vivons dans un monde différent, l’ancien monde s’est évanoui. Mais l’homme a la mémoire courte et n’a pas envie de réfléchir à cela. Il n’y a même jamais réfléchi, il a été pris de court. Le bilan de cette catastrophe est terrible mais malheureusement, il ne sera toujours que provisoire. Les effets de la contamination se constateront encore sur plusieurs générations. Dans la zone contaminée (au-delà d’un certain seuil car les trois quarts de l’Europe sont contaminés à des val...

Pripiat, la maternité (9)

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La maternité et la polyclinique sont comme la plupart des constructions de la ville difficilement accessibles tant la végétation s’est développée. C’est à la polyclinique que sont arrivés les pompiers irradiés lors de leur intervention à la centrale de Tchernobyl. Je me remémore le prologue de   La Supplication de Svetlana Alexievitch quand la jeune femme démarre le terrible récit de la lente agonie de son mari pompier. Le lieu est particulièrement sinistre du fait du délabrement et de l’obscurité qui y règnent. Mon souci est d’éviter les gouttes d’eau potentiellement contaminées tombant des plafonds et provenant des infiltrations. Après deux jours passés à errer dans cet environnement hostile, la peur d’une contamination grandit. Bien que passant les portiques de détection   pour me rendre à la cantine de la centrale ou pour retourner le soir à Slavoutitch, je m’interroge. Est-ce que les équipements de mesure sont correctement étalonnés ? Ne les aurait-on pas réglés trop bas pour n...

Pripiat, l'école (8)

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Non loin de ce bâtiment se trouve une école maternelle. Dans la cour, l’aire de jeux disparaît sous les herbes folles. Dans un coin se trouve une fusée construite en tiges métalliques. Pour s’amuser, les enfants pouvaient se faufiler dans cet enchevêtrement de ferraille. L’émotion monte d’un cran, une fois à l’intérieur. Une salle de jeux offre un spectacle particulièrement saisissant. Des étagères regorgent de cubes colorés à l’éclat fatigué, le sol est jonché de jouets métalliques et en bois. Par-ci par-là, des modèles réduits de camions militaires et de chars d’assaut témoignent de l’admiration forcée des garçonnets pour la puissante armée rouge. Des poupées désarticulées au visage figé et meurtri laissent penser aux victimes bien réelles de la catastrophe. Plus loin, une pièce attenante contient de nombreux petits lits métalliques dont les rares matelas encore présents avaient comme explosé. Ici, les bambins effectuaient leur sieste. Cette fois, d’authentiques masques à gaz p...

Pripiat, la piscine (7)

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De retour à Pripiat, nous explorons l’édifice abritant l’ancienne piscine. Parmi les liquidateurs se trouvait un athlète ukrainien de haut niveau. Chaque jour après son travail, il venait faire des longueurs de bassin pour entretenir sa forme. Ses équipiers, au contraire, profitaient du temps libre pour ingurgiter des quantités impressionnantes de vodka. Celle-ci était fournie en abondance aux liquidateurs et on lui attribuait des vertus purificatrices par rapport à la contamination radioactive. Ils le raillaient mais il s’obstinait à s’entraîner. Ses collègues survécurent et lui fut atteint d’un cancer qui devait l’emporter.

Tchernobyl, la ville (6)

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Dans la zone d’exclusion et particulièrement à Pripiat, il est déconseillé de consommer toute nourriture, même emportée. Une jigouli vient nous récupérer pour nous emmener à la cantine de la centrale. Au-dessus de la porte d’entrée, un cadran digital affiche en permanence la radioactivité. Il marque la valeur 90 qui varie toutes les quelques secondes de quelques unités. Pour prendre son repas, il faut au préalable passer un sas de mesure de la radioactivité. On passe un portillon, on se place face au portique en plaçant ses mains de chaque côté, bien à plat sur les deux tablettes verticales situées à hauteur d’épaule. On reste immobile dans cette position quelques secondes, si aucun élément contaminé n’est détecté un voyant vert s’allume et le second portillon se déverrouille pour vous donner accès à la zone de restauration. Dans le cas contraire, des alarmes lumineuses rouges s’allument et les portillons restent bloqués. A mon passage, les portillons ne se déverrouillent pas. Fa...